Montpellier : buteurs en folie au MHSC

09/10/2026

Roger Milla, Laurent Blanc, Souleymane Camara : les chiffres ne donnent pas le même meilleur buteur du Montpellier HSC. Enquête sur un record sans version officielle.

À Montpellier, la question du meilleur buteur ne reçoit pas toujours la même réponse selon la source consultée. Les bases statistiques, les archives de presse et les souvenirs de la Mosson ne placent pas les mêmes noms en tête. Entre Roger Milla, Laurent Blanc et Souleymane Camara, les totaux varient avec le périmètre retenu. Au-delà des chiffres, cette divergence dessine une manière particulière de garder la mémoire offensive du club.

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Un coup franc et une question

Montpellier, un soir de printemps, et la Mosson retient son souffle devant un coup franc placé plein axe. Sur la pelouse, Téji Savanier recule de quelques pas, fixe le ballon et ajuste sa course. Le milieu héraultais décroche une frappe qui retombe sous la barre, au même endroit où il a déjà marqué plusieurs fois depuis son retour en 2019. La clameur monte, mais le tableau d’affichage ne raconte qu’une partie de l’histoire. Dans les travées, une interrogation revient : quel nom devra un jour figurer tout en haut de la liste des buteurs du Montpellier HSC ?

Quelques jours plus tard, dans une salle de réunion du centre d’entraînement de Grammont, un analyste branche son ordinateur sur un écran accroché au mur. La page affichée rappelle que Souleymane Camara compte 52 buts en Ligue 1 avec Montpellier, Laurent Blanc 47, Téji Savanier 42. Sur une autre fenêtre, un classement toutes compétitions confondues affiche un nom venu des années 1980 en tête : Roger Milla, avec 80 buts selon ce tableau historique. Un dossier imprimé d’archives du quotidien sportif L’Équipe indique par ailleurs que Laurent Blanc a longtemps été crédité de 84 buts officiels avec Montpellier, devant les 76 buts attribués à Souleymane Camara, même si ces totaux globaux reposent sur des compilations antérieures. Pour un même club, plusieurs sources de référence peuvent ainsi produire des « meilleurs buteurs » différents.

Dans les bureaux où sont conservées les archives, des classeurs contiennent encore les feuilles de matches de Division 2, le deuxième niveau du championnat national, des années 1980, tandis que les saisons récentes sont stockées sur des serveurs. Les bases statistiques internationales ont chacune défini leur périmètre : certaines additionnent les buts en championnat et en coupes nationales, d’autres se limitent à la Ligue 1, la première division, d’autres encore incluent les barrages et les rencontres de Division 2. Le site officiel du MHSC publie les résultats saison par saison et les palmarès, mais ne propose pas de classement public unique des meilleurs buteurs toutes compétitions confondues. Entre ces grilles de lecture, la réponse à la question « qui est le meilleur buteur de l’histoire du club ? » dépend de la source que l’on choisit. C’est ce décalage que l’article va explorer.

Des tableaux qui ne coïncident pas

La base statistique la plus utilisée par les clubs pour suivre carrières et performances place Roger Milla en tête des buteurs historiques de Montpellier avec 80 buts toutes compétitions confondues. Dans le détail, la fiche « stats par club » attribue 105 matches et 42 buts à Milla avec le MHSC, en additionnant les rencontres de Division 1, de Division 2 et de Coupe de France. Le chiffre de 80, affiché dans le tableau global des meilleurs buteurs, repose donc sur un périmètre plus large, où entrent des matches officiels non listés dans la fiche synthétique, barrages pour la montée, phases finales de Division 2 ou autres rencontres considérées comme officielles par la base.

Des compilations de presse antérieures, non actualisées récemment, situent Laurent Blanc au-dessus de ce total avec 84 buts officiels, toutes compétitions confondues, et Souleymane Camara à 76 buts, mais ces chiffres ne figurent plus dans des bases publiques contemporaines. Dans les sources récentes, Blanc reste identifié comme l’un des principaux buteurs montpelliérains, notamment via ses 47 buts recensés en Ligue 1. Le manque de base unique actualisée qui agrège toutes les compétitions pour chaque joueur explique que ces totaux globaux ne puissent pas être confirmés de manière exhaustive à partir de données récentes.

Un autre site de statistiques, alimenté par une communauté de passionnés, propose encore un autre regard : dans la rubrique consacrée aux meilleurs buteurs montpelliérains, Souleymane Camara y apparaît avec 69 buts en championnats, dont 52 en Ligue 1 et 17 en Ligue 2, l’ancien nom de la deuxième division. Les matches de Coupe de France et de Coupe de la Ligue ne sont pas pris en compte, ce qui explique l’écart avec les chiffres globaux avancés par la presse. Le même tableau situe Téji Savanier et d’autres joueurs, comme Victor Hugo Montaño, derrière Camara, avec des totaux compressés par la durée plus courte de leurs passages. D’un tableau à l’autre, les totaux changent, mais un point reste constant dans les sources récentes : le « meilleur buteur » dépend du périmètre adopté. Cette constatation renvoie la question vers les trajectoires des joueurs concernés.

Le passage dense de Roger Milla

Roger Milla rejoint Montpellier au milieu des années 1980, lorsque le club évolue encore en Division 2 sous l’appellation Montpellier La Paillade. Les fiches de statistique spécialisées indiquent que l’attaquant camerounais inscrit 18 à 19 buts en championnat lors de la saison 1986-1987, sur 33 matches disputés, ce qui contribue à la première place de l’équipe et à la montée en Division 1. La saison suivante, 1987-1988, Milla marque 12 buts en 33 rencontres de D1, alors que Montpellier termine sur le podium derrière Bordeaux et Monaco, l’un de ses meilleurs classements avant le titre de 2012. En 1988-1989, il ajoute 7 buts en 29 matches de championnat, dans un effectif qui se stabilise dans la moitié haute du tableau.

Certaines bases additionnent ces trois saisons à 38 buts en championnat pour Milla, toutes divisions confondues, sur la base des feuilles de matches disponibles. D’autres évoquent 42 buts en ajoutant les rencontres de Coupe de France recensées dans leurs bases. La différence avec les 80 buts affichés dans le tableau global tient à des matches qui n’apparaissent pas dans le détail, comme certaines rencontres de barrages de Division 2 ou d’autres compétitions considérées comme officielles et agrégées dans ce total sans être décrites ligne par ligne.

À la Mosson, les témoins de cette époque associent le nom de Milla à la remontée en D1 et à des campagnes de Coupe de France où ses buts éliminent des clubs mieux classés, même si ces rencontres restent difficiles à reconstituer dans le détail sans accès aux archives complètes du club. La carrière du Camerounais poursuit ensuite sa route à Saint-Étienne puis à Bastia, deux clubs de l’élite, avant son retour en sélection pour la Coupe du monde 1990, où il marque 4 fois avec le Cameroun en Italie. Dans les bases modernes, Milla reste le premier nom qui apparaît lorsqu’on consulte la liste des meilleurs buteurs historiques de Montpellier toutes compétitions confondues, avec le total de 80 buts. La question est de savoir si ce total doit primer sur ceux compilés par la presse française, ce que le parcours d’un autre joueur permet d’examiner.

Le cas particulier de Laurent Blanc

Laurent Blanc fait ses débuts professionnels à Montpellier en 1983, d’abord comme milieu offensif avant de glisser vers la défense centrale quelques années plus tard. Les recensements récents disponibles en ligne ne livrent pas de total global actualisé toutes compétitions confondues pour Blanc au MHSC, mais ils lui attribuent 47 buts en Ligue 1, ce qui le place deuxième dans l’histoire du club dans cette compétition, derrière Camara et ses 52 buts.

Des dossiers de presse plus anciens évoquent 84 buts officiels pour Blanc avec Montpellier, en additionnant Division 1, Division 2 et coupes nationales, mais ces chiffres ne sont pas repris dans des bases de données publiées au cours des derniers mois. Ce matériel reste donc à considérer comme issu d’archives plus anciennes. Les saisons de Division 2 augmentent son nombre de buts, avec des calendriers où Montpellier joue plus de 30 matches de championnat par an dans les années 1980. Ces éléments produisent une courbe offensive atypique pour un futur défenseur, différente de celle des avant-centres classiques comme Milla ou des attaquants modernes comme Camara et Wahi.

Les récits consacrés à Blanc se concentrent aujourd’hui sur sa carrière internationale, de l’Olympique de Marseille à Manchester United, mais à Montpellier, les chiffres de Ligue 1 le maintiennent dans le trio de tête des buteurs du club. Dans le classement de l’élite, Camara arrive devant lui avec 52 buts, suivi de Savanier à 42. La place de Blanc dans cette hiérarchie repose donc sur des données actualisées pour le championnat, tandis que les totaux globaux toutes compétitions restent attachés à des compilations plus anciennes. Ces deux lectures renvoient à deux manières de compter les buts d’un même joueur.

La lente addition de Souleymane Camara

Souleymane Camara rejoint Montpellier en 2007, après des passages à Monaco, Guingamp et Nice. Les fiches de clubs et de médias spécialisés publient toujours, dans leurs versions consultables en 2025, le chiffre de 433 matches officiels disputés avec le MHSC jusqu’en 2019, ce qui fait de lui le joueur le plus utilisé de l’histoire du club. Les bases centrées sur la Ligue 1 lui attribuent 52 buts en championnat pour Montpellier, assortis de 24 passes décisives, en 320 apparitions dans l’élite.

Les totaux de 76 buts toutes compétitions confondues, avancés par certains dossiers de presse, ne sont pas repris dans des bases publiques mises à jour récemment, mais restent cohérents avec la différence entre ses 52 buts de Ligue 1 et ses buts en coupes et en Ligue 2. Un article de 2020 rappelait qu’il avait inscrit 26 buts en sortant du banc, ce qui en faisait l’un des remplaçants les plus prolifiques du championnat français contemporain. La même année, un autre papier soulignait qu’il avait dépassé le record de matches joués détenu par Pascal Baills, en participant à sa 430e rencontre sous le maillot montpelliérain à l’occasion d’un match de Coupe de France. Ces documents restent la base la plus précise pour appréhender l’ampleur de sa présence au club.

Dans les tribunes de la Mosson, Camara reste associé au titre de champion de France 2011-2012, où il forme un duo avec Olivier Giroud, puis aux saisons suivantes où il intervient régulièrement dans les derniers quarts d’heure. Les chiffres montrent un profil différent de celui de Milla : moins de buts par saison, mais un cumul obtenu sur treize exercices consécutifs, dans un club stabilisé en Ligue 1. La présence de Camara au sommet de la hiérarchie des buteurs montpelliérains en Ligue 1, avec 52 buts, est confirmée à la fois par les bases spécialisées et par les dossiers de presse. Ces données font de lui le repère le plus récent dans le débat sur le « meilleur buteur », en tout cas pour le seul championnat.

Les poursuivants de l’ère récente

Les tableaux de Ligue 1 disponibles situent Téji Savanier à 42 buts en championnat pour Montpellier, ce qui le place troisième dans l’histoire du club dans cette compétition, derrière Camara et Blanc. Les fiches récentes consacrées au milieu héraultais précisent qu’il a marqué plusieurs buts lors de la saison 2025-2026, en prolongeant la progression entamée depuis son retour au club en 2019. Le total de Savanier en Ligue 1, pour un joueur qui n’évolue pas comme avant-centre mais comme milieu très offensif, confirme la montée de ce profil dans la hiérarchie interne des buteurs.

Elye Wahi, transféré à l’Eintracht Francfort après la saison 2022-2023, a signé 32 buts en Ligue 1 avec Montpellier selon les compilations de presse et les bases généralistes consultées avant son départ. Les fiches mises à jour en 2025 rappellent que l’attaquant a marqué 10 buts en 2021-2022 puis 19 en 2022-2023, ce qui a accéléré son transfert vers l’étranger. Ces trajectoires montrent que les attaquants offensifs les plus prolifiques quittent désormais le club après trois ou quatre saisons, à un moment où, dans les années 1980, Milla ou Blanc cumulaient des blocs plus longs au même endroit.

Les classements de buteurs montpelliérains en championnats rassemblent ces profils : Camara devant, Blanc et Savanier ensuite, Wahi plus bas, avec des totals compressés par la durée limitée de leur passage en Ligue 1 sous le maillot montpelliérain. Les données disponibles pour la saison 2025-2026 indiquent qu’Alexandre Mendy a inscrit 3 buts, Savanier 2, et plusieurs autres joueurs un but chacun, ce qui rappelle que les totaux de la nouvelle génération restent encore éloignés des records de Camara ou de Blanc. La possibilité pour un joueur actuel de dépasser les chiffres de Milla, Blanc ou Camara dépend donc d’une présence longue que les mouvements de mercato rendent chaque année plus rare.

Des chiffres sans classement officiel

Le site officiel du MHSC, à la date de l’été 2026, propose plusieurs rubriques consacrées à l’histoire du club : palmarès, saisons marquantes, effectifs par année. Aucune page publique ne compile cependant les meilleurs buteurs toutes compétitions confondues, ni les meilleurs buteurs par compétition, dans un tableau unique mis à jour saison après saison. Les records sont mentionnés ponctuellement, au gré des communiqués ou des interviews, comme en 2020 lorsque le club a indiqué que Camara venait de battre le record de matches joués de Pascal Baills.

Les bases extérieures remplissent donc cet espace : certaines pour les agrégats globaux, d’autres pour la Ligue 1, d’autres encore pour les championnats nationaux, sans oublier les sites qui détaillent les données récentes et les dossiers de presse qui compilent les archives. Chaque base a son périmètre, et chaque périmètre produit un « meilleur buteur » différent pour Montpellier. Le jour où le club décidera de publier un classement officiel consolidé, il lui faudra choisir entre ces grilles de lecture et expliquer sur quels matches repose le total retenu. Cette absence actuelle de classement unique maintient la coexistence des trois noms dans le débat.

Trois noms, une même banderole

Un soir de match, la caméra de la diffusion télévisée se fixe un instant sur le virage sud de la Mosson. Une banderole blanche se tend entre deux poteaux, tenue par des mains levées. Sur le tissu, trois noms sont inscrits au pinceau : Blanc, Milla, Camara, chacun accompagné d’un nombre, 84, 80, 76, tels qu’ils circulent dans les tribunes et dans les conversations de supporters, à partir des chiffres issus des différentes bases et des anciens dossiers.

Quelques rangs plus bas, un garçon d’une dizaine d’années porte le maillot de Téji Savanier, numéro 11 dans le dos, et suit du regard chaque ballon arrêté qu’il tire. À sa droite, son père lui montre du doigt la banderole, en énumérant les chiffres associés à chaque nom. Dans un coin du stade, un mur de béton reste vide, destiné à recevoir un jour les plaques des records du club. Le moment où Montpellier fixera officiellement la liste de ses meilleurs buteurs sur ce mur dira quel nombre aura été retenu pour accompagner le premier nom.

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Adrien Roulier, reporter d'image et fin analyste du football moderne, a rejoint la rédaction de 433foot.fr après avoir collaboré à France Bleu et à France TV.

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