Que devient Nikola Karabatic ?

15/10/2026

Triple champion olympique, triple lauréat IHF, retraité depuis août 2024. Nikola Karabatić a troqué les parquets contre les forêts tropicales et les conférences en entreprise.

Le 7 août 2024, six secondes ont suffi à effacer une victoire. Nikola Karabatić a raccroché ce soir-là, dans le vestiaire du Stade Pierre Mauroy, sans conférence de presse. Dix-huit mois plus tard, l’homme qui a dominé le handball mondial pendant vingt ans gère un fonds de reforestation tropicale, rénove des parquets de clubs amateurs avec les planches des JO et dit, sans feinte, qu’il ne manque rien. Portrait d’un compétiteur qui a changé de terrain, sans changer de méthode.

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À six secondes de la fin du temps réglementaire, la France menait d’un but. Dika Mem tentait une passe longue vers un pivot. Un défenseur allemand la coupait. Sur la relance, Johannes Golla marquait. Égalisation. Prolongation. Défaite 34-35.

Nikola Karabatić a quarante ans ce soir-là. Il sort côté vestiaires, s’arrête face aux tribunes du Stade Pierre Mauroy, à Villeneuve-d’Ascq. Quelques secondes, immobile. Les yeux brillants. Il salue. Il n’a pas annoncé sa retraite aux journalistes présents, elle est effective depuis cet instant. « L’Allemagne avait 1% de chance de revenir », a-t-il déclaré le lendemain. C’était malgré tout, a-t-il ajouté, « un bon moment ».

Depuis Villeneuve-d’Ascq

Le 4 mai 2025, le PSG Handball retire officiellement le maillot numéro 44 lors d’une cérémonie au Stade Pierre-de-Coubertin, à Paris, à l’issue d’un match contre Limoges remporté 37-26. Le numéro rejoint sous le toit de Coubertin ceux de Patrice Annonay, Luc Abalo, Mikkel Hansen et Christophe Dubois. Neuf mois après Pierre Mauroy, le geste institutionnel referme le chapitre. Karabatić n’est plus joueur, même sur le papier.

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Ce qu’il est devenu depuis, il le décrit lui-même dans une longue interview accordée à Sud Radio le 19 mai 2026 : « J’ai fait des conférences en entreprise, commenté le Super Bowl en direct sur beIN Sports, investi dans des start-ups, conseillé des dirigeants sur la santé mentale. » Quatre activités, citées dans l’ordre, sans hiérarchie. L’accumulation est délibérée.

Son autobiographie, Ma plus belle victoire, publiée chez Flammarion le 29 octobre 2025, n’est pas un livre de palmarès. « Je ne voulais surtout pas d’un récit superficiel, une simple liste de victoires et de défaites », a-t-il déclaré en janvier 2026. Les 336 pages coécrites avec Basile de Bure s’ouvrent sur une crise intérieure datée de l’automne 2022, avant d’y revenir.

En janvier 2026, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) le nomme parrain de la 10e édition de la Semaine Olympique et Paralympique (SOP), aux côtés de la para-skieuse Marie Bochet. Le 9 mai 2026, il se rend à la Sorbonne Université dans le cadre de la Journée de l’Europe, rencontre des étudiants, répond à leurs questions sur le sport de haut niveau. Il ne vient pas pour une photo. Il vient parce que, depuis sa retraite, il répète la même chose à tous ceux qui l’interrogent sur ses projets : la transmission.

Les planches de l’Arena et les forêts d’Équateur

Deux structures organisent sa reconversion économique.

La première est Teampact Ventures, fonds de capital-risque créé par l’ancien rugbyman Benjamin Kayser, dans lequel Karabatić est investisseur et conseiller depuis 2024. Le premier closing a atteint 20 millions d’euros en février de cette année-là. Le fonds cible des start-ups en phase d’amorçage dans le secteur climatique et de la santé. Karabatić y a notamment participé à l’investissement dans MORFO, entreprise qui reforeste à grande échelle les forêts tropicales d’Afrique équatoriale et d’Amérique latine par ensemencement aérien. Il a également co-participé à la création de Sphère, un club de padel fondé avec Kayser et l’ancien rugbyman Basile Agué.

La seconde est Karabatic Demain, fonds de dotation, structure juridique à but non lucratif qui collecte des fonds pour financer des projets d’intérêt général, créé avec son frère Luka à la suite d’une rencontre avec l’entrepreneur Philippe Spanghero. Deux axes : jeunesse et éducation d’un côté, environnement de l’autre. Plus de 100 clubs amateurs ont été équipés via un partenariat avec Adidas, reconduit en 2026. L’opération la plus concrète : les planches de parquet de l’Arena Paris-Sud 6, la salle où les Bleus ont joué pendant les JO de Paris, ont été rachetées par le fonds et réinstallées dans le gymnase du club amateur de Castanet-Ramonville-Auzeville, en Haute-Garonne. « Une action d’économie circulaire dont nous sommes très fiers », a-t-il déclaré.

Ce sont des parquets. Pas une communication.

Né à Niš, formé à Frontignan

Nikola Karabatić est né le 11 avril 1984 à Niš, alors en Yougoslavie. Son père, Branko, est Croate. Sa mère, Radmila, est Serbe. La famille rejoint le père en France, il travaille alors en Alsace comme éducateur sportif, puis s’installe à Frontignan, dans l’Hérault, en 1992, lorsque Nikola a 8 ans. Branko Karabatić avait été gardien de but professionnel, sélectionné avec la Yougoslavie aux Jeux Olympiques de Moscou en 1980. Il entraîne l’équipe première du Thau Handball Frontignan et devient le premier coach de ses deux fils dans ce même club.

À 8 ans, Nikola fait ses premières passes au gymnase Henri-Ferrari, sous la direction de son père. À 16 ans, il quitte Frontignan pour le centre de formation du Montpellier Handball. À 17 ans, en 2001, il dispute son premier match professionnel en Ligue nationale.

Branko meurt d’un cancer en 2011, au moment où son fils est au sommet de sa gloire internationale. « Cet esprit de compétiteur qu’on a au fond de soi, ça part d’un manque, d’une souffrance. Moi, c’était beaucoup lié à l’amour de mon père et la fierté que je recherchais », a-t-il déclaré en novembre 2025.

Sur son identité, il n’a jamais varié : « Je me sens français, j’ai la culture française, je n’ai jamais eu à faire un choix. » Et sur ses origines : « La Serbie, c’est mon deuxième pays. J’y retourne dès que je peux. »

19 ans, cinq buts, la Ligue des champions

Le 4 mai 2003, au Palais des Sports de Bercy, Montpellier Handball dispute le match retour de la finale de la Ligue des champions, la plus haute compétition européenne de handball entre clubs, contre Portland San Antonio, formation espagnole tenant du titre. À l’aller, à Pampelune, Montpellier avait perdu 19-27. Il faut gagner de onze buts. Nikola Karabatić a 19 ans. Il inscrit 5 buts dans le second match. Montpellier gagne 31-19 et remporte le titre. « C’était incroyable, irréel, face aux meilleurs joueurs du monde », a-t-il déclaré des années plus tard. C’est sa deuxième saison professionnelle.

En 2005, il rejoint le THW Kiel, en Bundesliga allemande. Sous la direction de l’entraîneur croate Zvonimir Serdarušić, il devient en quatre saisons le joueur dominant du handball européen : 4 titres de champions d’Allemagne, 3 Coupes d’Allemagne, une deuxième Ligue des champions en 2007. Cette année-là, la Fédération internationale de handball (IHF) l’élit meilleur joueur du monde pour la première fois, une distinction qu’il remportera deux autres fois, en 2014 et en 2016.

Le 24 août 2008, à Pékin, la France bat l’Islande 28-23 en finale olympique. C’est le premier titre olympique de l’histoire du handball masculin français. Autour de lui : Thierry Omeyer, Jérôme Fernandez, Guillaume Gille, Michaël Guigou. Les médias commencent à parler des « Experts », surnom que commentateurs et public ont imposé à cette génération en référence à l’écart de niveau entre la France et le reste du monde. La France remportera les Jeux Olympiques à 3 reprises avec ce noyau de joueurs : Pékin 2008, Londres 2012, Tokyo 2020. Elle ajoutera 4 titres mondiaux (2009, 2011, 2015, 2017) et 4 titres continentaux (2006, 2010, 2014, 2024).

En 2015, à Barcelone, il remporte une troisième Ligue des champions avec le FC Barcelone Handbol, entraîné par Xavi Pascual. Puis il signe au PSG en juillet 2015, pour quatre ans, avec l’objectif déclaré de gagner la Ligue des champions avec Paris. L’objectif ne sera jamais atteint. Il prolongera plusieurs fois, jusqu’en 2024.

Le match de Cesson

Le 12 mai 2012, Montpellier perd un match de fin de saison régulière contre Cesson. Des paris anormaux ont été placés sur le score à la mi-temps. Une enquête judiciaire est ouverte en septembre 2012.

Quatre ans et demi de procédure. En première instance, en juillet 2015, Nikola est condamné à 10 000 euros d’amende. Le 1er février 2017, trois jours après la victoire de la France au Championnat du monde des Pays-Bas, la cour d’appel de Montpellier alourdit la peine : deux mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. Nikola Karabatić a nié tout trucage tout au long de la procédure. Son frère Luka a indiqué avoir parié, en expliquant l’avoir fait « par bêtise ». La condamnation est devenue définitive après l’abandon du pourvoi en cassation.

Karabatić n’a jamais cessé de jouer pendant cette période. Il a continué à marquer, à gagner des titres, à porter le maillot bleu. L’ombre portée n’a pas effacé le joueur. Elle fait partie du dossier.

Un soir avant Dunkerque

Automne 2022. Avant un match contre Dunkerque, dans le couloir menant aux vestiaires du Paris La Défense Arena. Nikola Karabatić voit double. Il perd l’équilibre. Il ne supporte plus le bruit ambiant. Les tests médicaux ne trouvent rien. Aucune commotion, aucune lésion identifiable. Il passe le match sur le banc.

Les semaines suivantes, il reste chez lui. « Mon mental, qui avait toujours été ma force, m’a soudain fait défaut », a-t-il déclaré en janvier 2026. Un ami lui parle de méditation. Il commence. Il part marcher en forêt. « J’ai appris à méditer, marcher en forêt, faire des câlins aux arbres », a-t-il indiqué en novembre 2025.

Les symptômes disparaissent. Il reprend l’entraînement. En janvier 2024, il remporte l’Euro à domicile, devant le public français, son quatrième titre de champion d’Europe.

En février 2023, avant ce retour, une phlébite à la jambe droite, formation d’un caillot dans une veine profonde, l’écarte plusieurs mois. « Une épreuve de plus, que je vais surmonter avec résilience et concentration », avait-il écrit sur ses réseaux sociaux.

Ce qu’il dit à voix haute depuis sa retraite

Dans une interview publiée en janvier 2026, Karabatić emploie une formulation rare dans la presse sportive : « J’ai compris que « masculinité » et « féminité » sont en chacun de nous, sans lien direct avec le sexe ou la sexualité. La féminité, sensibilité, bienveillance, empathie, on nous apprend souvent à l’étouffer quand on est un homme, et particulièrement dans le sport de très haut niveau. »

C’est une prise de position publique, pas une confidence privée. Elle s’inscrit dans un discours tenu depuis l’automne 2025 : conférences en entreprise sur la santé mentale, autobiographie, présence auprès des jeunes dans le cadre de la SOP 2026.

Sur son engagement environnemental, il situe le point de départ à Barcelone, entre 2013 et 2015 : « La ville était à l’avant-garde de l’écologie. Les gens s’intéressaient aux circuits courts, à l’origine des aliments, à la végétalisation des espaces. » À son retour en France, il réduit sa consommation de viande et de poisson, « non de façon dogmatique, mais en conscience », a-t-il indiqué.

Aux Étoiles du Sport à Tignes, en décembre 2024, il a déclaré : « Si on m’avait dit, il y a dix ans, que j’allais apprécier être à la retraite, je ne l’aurais pas cru. Le terrain ne me manque pas. »

La même semaine, sur la question d’un retour comme entraîneur : « Ça pourrait un jour m’arriver. »

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Lucas Chambert, passé par But et France Football, arpente les pelouses des stades français depuis 15 ans.

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