Recruté 50 millions d’euros cet été, Maghnes Akliouche n’a toujours pas trouvé sa place à Paris ni chez les Bleus. Le problème n’est pas seulement son niveau. C’est le rôle qu’on lui a écrit.
Il y avait 4-1 au tableau d’affichage, un public conquis par Zidane, et un joueur qui semblait jouer un autre match. Lundi 5 octobre, contre la Belgique, Maghnes Akliouche a tenu une heure dans le milieu à trois des Bleus avant de laisser sa place à Rayan Cherki. Une heure à courir juste, à presser juste, et à ne rien déclencher.
Le verdict des plateaux est tombé dans la nuit. Daniel Riolo s’en est pris à lui dans l’After Foot. Pierre Ménès lui a collé un 3 sur 10, avec cette formule cruelle : « si l’inutilité sur un terrain avait un nom ». On peut trouver la sentence excessive. On ne peut plus faire semblant de ne pas voir ce qu’elle désigne.
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Car ce match n’est pas un accident. Il prolonge sept semaines où le milieu offensif, acheté au prix fort à Monaco, s’est fondu dans le décor parisien au point d’y disparaître. Le PSG pensait recruter un accélérateur. Il a pour l’instant un excellent figurant.
Sept semaines, une passe décisive
Les chiffres ne mentent pas, ils résument. Depuis sa signature le 6 août, contrat jusqu’en 2031 et numéro 11 sur le dos, Akliouche a joué presque tout. Il a démarré la Supercoupe d’Europe contre Aston Villa, quarante-cinq minutes à peine rentré de vacances. Il a enchaîné avec un PSG qui a mis un mois à gagner un match : défaite contre Lens au Trophée des champions, nul 2-2 contre Rennes pour lancer la Ligue 1, quatre rencontres sans victoire.
Son seul geste décisif date du 9 septembre. Contre le Slovan Bratislava, battu 6-1 au Parc, il part de loin côté droit, rentre dans l’axe et sert Ferran Torres pour le 4-0. C’est l’action qu’on attendait de lui, celle qu’il répétait à Monaco. Onze minutes plus tard, Dembélé lui offre un ballon de but en très bonne position. Il le manque complètement.
Le 20 septembre, pour le Classique gagné 2-1 au Vélodrome, Luis Enrique le laisse sur le banc et ne le lance qu’en cours de partie, à la place de Fabian Ruiz. À la trêve, le compteur reste figé : zéro but, une passe décisive, obtenue face à l’un des adversaires les plus faibles de la phase de ligue. Foot Parisien parlait dès la fin septembre d’une inefficacité qui commence à poser problème. Le mot est mesuré.
Un meneur acheté pour faire l’ouvrier
L’erreur de casting commence là : Paris a payé pour un joueur et en utilise un autre. Le Akliouche qui a séduit le club, c’est celui de Monaco. Un gaucher qui prend le ballon bas, porte le jeu, décide. Sur les trois dernières saisons de Ligue 1, il était le premier joueur du championnat pour les ballons récupérés dans le dernier tiers et le deuxième passeur, selon les données Stats Perform relayées par beIN Sports. En Ligue des champions, il avait fait souffrir le PSG lors des deux matches de barrage, but à la clé.
Ce joueur-là vivait d’un privilège : à Monaco, le ballon passait par lui. À Paris, il passe par Vitinha, par Dembélé, par Kvaratskhelia, par Doué. Luis Enrique l’a d’abord fait tourner entre le côté droit et un rôle de faux neuf. Il le félicite surtout pour ce qu’il fait sans ballon : le pressing, les courses, le replacement. C’est utile. Ce n’est pas ce qui vaut 50 millions.
Il faut aussi rappeler dans quel ordre les choses se sont faites. Le PSG a tourné autour du joueur pendant deux mercatos, l’a jugé trop cher, a même été annoncé hors du coup au printemps, quand sa première partie de saison décevait. Monaco a refusé 45 millions fin juillet avant d’accepter 50. Le jour même de l’officialisation, Yan Diomande, la vraie priorité offensive, signait au Real Madrid. Lee Kang-in venait de partir à l’Atlético, Bradley Barcola allait filer à Liverpool. Akliouche est arrivé pour boucher des trous, pas pour répondre à un plan.
En Bleu, titulaire par défaut
Chez les Bleus, le malentendu est encore plus visible. Zidane ne l’avait pas retenu dans sa première liste de septembre. Akliouche n’a rejoint le groupe qu’après le forfait de Warren Zaïre-Emery. Il est entré dans le groupe par la porte de service, et le sélectionneur l’a installé là où il manquait quelqu’un : relayeur dans un 4-3-3, pas ailier, pas meneur.
Le 28 septembre à Bruxelles (0-1), il a tenu 76 minutes. La presse l’a trouvé intéressant, sans plus, loin derrière Désiré Doué. Le 5 octobre au Stade de France, il n’a pas passé l’heure de jeu. Les comptes rendus décrivent le même joueur : actif, appliqué, mais trop prudent balle au pied, rarement capable de casser une ligne.
Ce n’est pas une question de talent. À Monaco, il vivait entre les lignes adverses. En Bleu comme à Paris, on lui demande de vivre derrière le ballon. Un joueur qu’on ne met jamais dans les conditions de ce qu’il sait faire finit par ne plus le faire du tout. La Coupe du monde l’avait déjà montré : une seule apparition, en cours de match contre l’Irak.
La défense de Luis Enrique ne répond pas à la question
Luis Enrique, lui, ne veut rien entendre. Après Bratislava, quand Laure Boulleau a jugé sur Canal+ que la recrue n’était pas au niveau de ses partenaires offensifs, l’entraîneur a répondu frontalement. Akliouche serait l’un de ceux qui s’adaptent le plus vite, capable de défendre et d’attaquer la profondeur. « Et c’est pour cela qu’il joue beaucoup », a-t-il conclu.
L’argument se tient, et il faut l’entendre. Akliouche a joué toutes les rencontres du début de saison. Désiré Doué avait lui aussi mis des mois à trouver son rythme avant de devenir décisif. Et le joueur, lucide, reconnaît lui-même être impressionné par la qualité technique de ses nouveaux partenaires.
Mais cette défense répond à une autre question que celle qui se pose. Personne ne doute qu’Akliouche exécute les consignes. On se demande pourquoi le PSG a dépensé 50 millions pour un exécutant, alors qu’il en compte déjà d’excellents. Un joueur de 24 ans, fort de 139 matches avec Monaco, n’est plus un espoir à qui l’on offre une saison d’apprentissage. Il est payé pour faire la différence. Il ne la fait pas.
Rendre à Akliouche le ballon, ou admettre l’erreur
Le PSG a deux options, et une seule est honorable. La première consiste à continuer ainsi : un joueur de rotation, précieux sans ballon, invisible avec, dont on finira par dire en juin qu’il « n’a pas réussi à s’imposer ». Ce serait faire porter au joueur le poids d’un choix qui n’est pas le sien.
La seconde demande du courage au staff. Donner à Akliouche un vrai couloir, une vraie série de matches dans le rôle qui l’a fait venir, celui du porteur qui part de loin et attaque la surface. Le laisser rater, recommencer, peser. L’action contre Bratislava a montré que ce joueur existe encore. Il faut lui laisser l’espace pour revenir.
Rien n’est perdu : il reste huit mois de saison et Le Mans au Parc samedi. Mais un recrutement ne se juge pas seulement à la valeur du joueur. Il se juge à l’adéquation entre un homme et un rôle. Sur ce point, à la trêve d’octobre, le PSG s’est trompé. Et c’est au club, pas au joueur, d’en tirer les conséquences.