Real Madrid : Kylian Mbappé est devenu un problème

09/10/2026

Malgré sept buts en sept journées de Liga, Kylian Mbappé concentre les critiques au Real Madrid. Décryptage des tensions qui entourent la star française.

Un tee-shirt porté de façon à masquer un slogan le 15 septembre, une blessure au genou gauche dix jours plus tard, des images captées hors de Madrid pendant sa convalescence : depuis un mois, chaque séquence de la saison de Kylian Mbappé devient une affaire en Espagne. Aucune ne relève d’une faute. Le Français les accumule dans un club qui fait des trophées collectifs le socle de la reconnaissance individuelle, et où ses coéquipiers, à commencer par le gardien Thibaut Courtois, défendent publiquement sa candidature au Ballon d’Or, la plus prestigieuse récompense individuelle du football.

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Vendredi 9 octobre, José Mourinho, l’entraîneur du Real Madrid, a pris la défense de son attaquant. Avant la réception de Villarreal, le technicien portugais a assuré que Kylian Mbappé n’avait « failli ni à ses obligations ni au Real Madrid ». Il a aussi annoncé la présence du Français pour ce match, une manière de répondre sur le terrain aux questions qui l’entourent depuis plusieurs semaines.

Ces questions, une partie de la presse espagnole et de l’environnement du club les a relayées : la communication de l’attaquant, ses déplacements pendant sa récupération, son rapport à l’institution madrilène. Le Real Madrid n’a annoncé aucune sanction, aucune procédure disciplinaire, et sa direction n’a laissé paraître aucune rupture avec son joueur. Le soupçon circule sans qu’un dirigeant l’ait jamais formulé.

Sur le terrain, les chiffres plaident pour Mbappé. L’attaquant a inscrit sept buts lors des sept premières journées de Liga, le championnat d’Espagne, soit un par match. Il a aussi marqué contre l’Inter Milan lors de la victoire madrilène en ouverture de la Ligue des champions, la principale compétition européenne des clubs.

Ce rendement coïncide pourtant avec un départ manqué. Après sept journées, le Real occupe la quatrième place du championnat avec 15 points. Il a déjà perdu deux matches et compte six points de retard sur le FC Barcelone, leader avec 21 points. L’Atlético de Madrid et le Betis Séville, tous deux à 16 points, le devancent aussi.

Le rapprochement de ces deux séries de chiffres éclaire la suite. Quand l’attaquant vedette marque à chaque journée et que l’équipe recule malgré tout, ses buts ne suffisent plus à le protéger. Ses détracteurs reportent leur examen sur ses gestes, ses mots, ses absences. Le Real a d’ailleurs toujours scruté chez ses stars la discrétion et le sens de l’institution autant que les statistiques, et la règle vaut davantage encore pour un joueur de la notoriété mondiale de Mbappé.

Un club en tête de la Liga absorberait sans peine ce genre de débat. Un club quatrième, distancé dès l’automne, le laisse s’installer. Depuis la mi-septembre, Mbappé en a fourni la matière à quatre reprises.

Une convalescence sous les caméras

La plus directe touche à son professionnalisme. Le 25 septembre, avec l’équipe de France, Mbappé marque le but de la victoire contre la Turquie, puis se blesse au genou gauche. Il quitte le rassemblement des Bleus. La Fédération française de football évoque d’abord une atteinte tendineuse ; le Real Madrid communique ensuite sur une hyperextension du genou, c’est-à-dire une extension forcée de l’articulation au-delà de son amplitude normale.

Ce diagnostic engage une période de soins à la Ciudad Real Madrid, le centre d’entraînement du club. Début octobre, le Real cite toujours le Français parmi les joueurs qui y poursuivent leur programme de récupération. Le 5 octobre, Mbappé y effectue une séance individuelle, d’abord en salle, puis sur la pelouse. Deux jours plus tard, il reprend l’entraînement avec le groupe.

Entre-temps, des images le montrant hors de Madrid ont circulé. Certains observateurs y ont lu un manque de discrétion, chez un joueur blessé dans une équipe en difficulté. Mourinho conteste cette lecture et assure que son attaquant a respecté le programme prévu.

La polémique se loge dans l’écart entre ces deux récits. Le club situe son joueur au centre d’entraînement, des images le placent ailleurs. Aucune pièce rendue publique n’établit pour autant qu’un rendez-vous médical ou une séance ait été manqué. La critique porte sur ce que le public a vu de la convalescence.

Ceuta, un tee-shirt et trois joueurs

Le premier épisode remonte au 15 septembre, avant le match entre Elche et le Real Madrid. Les deux équipes avaient été invitées à porter un tee-shirt blanc floqué du slogan « Todos somos caballas », en soutien à Ceuta. La formule reprend « caballas », le surnom des habitants de cette enclave espagnole de la côte nord du Maroc.

Mbappé et deux coéquipiers, l’ailier brésilien Vinicius Jr et le défenseur français Ibrahima Konaté, ont enfilé le vêtement de façon à en masquer une partie du message, avant de le retirer. Le geste a suscité une vive polémique en Espagne. Ceuta y touche à l’immigration, aux relations avec Rabat et à la souveraineté nationale, trois sujets sur lesquels le débat politique espagnol s’enflamme vite.

Le Real Madrid a publiquement défendu le droit de ses joueurs à exprimer une opinion distincte. Mbappé, lui, s’est expliqué : il dit avoir voulu témoigner sa solidarité aux habitants de Ceuta, sans opposer leur situation à celle des migrants morts ou confrontés à des conditions de vie difficiles.

Trois joueurs ont fait le même geste, et le club les a couverts tous les trois. Seul Mbappé a pris la parole pour le justifier. En s’exposant ainsi, le Français a donné à la controverse un visage et des mots, les siens, sur l’un des sujets les plus sensibles du pays où il joue.

Arbitrage : Mourinho offensif, Mbappé mesuré

Cette parole personnelle s’est de nouveau fait entendre après la défaite dans le derby contre l’Atlético de Madrid, l’autre grand club de la capitale. Le Real a contesté l’arbitrage avec vigueur. Mourinho a estimé que deux adversaires, Cristian Romero et Kang-in Lee, auraient dû être expulsés, pour des actions impliquant ses milieux de terrain Jude Bellingham et Federico Valverde.

Mbappé a choisi un autre registre. Il a concédé des erreurs arbitrales, mais a refusé d’en faire la cause principale de la défaite. « Les arbitres sont humains », a-t-il rappelé, avant d’appeler son équipe à davantage d’autocritique.

Rien, dans ces propos, ne contredit frontalement son entraîneur. Ils montrent un joueur qui conserve sa propre voix au moment où le club opte pour une communication de combat. Ajoutée à l’épisode de Ceuta, cette prise de parole installe l’image d’une star qui s’exprime à son compte.

Le Ballon d’Or à l’épreuve du collectif

Cette autonomie se retrouve dans le débat sur le Ballon d’Or. Mourinho a soutenu la candidature de son attaquant, en plaidant pour que la récompense distingue le meilleur joueur du monde, et pas seulement le membre de l’équipe la plus titrée. Courtois, Konaté et l’attaquant Carlos Espí ont eux aussi pris position en faveur du Français.

Mbappé ne porte donc pas seul sa campagne. L’argument de Mourinho mérite pourtant d’être lu de près : en détachant le trophée du palmarès collectif, l’entraîneur avance exactement le raisonnement dont son joueur a besoin tant que le Real ne gagne pas. Ce plaidoyer répond à la faiblesse principale du dossier.

Au Real Madrid, la reconnaissance individuelle s’adosse traditionnellement aux titres. Une candidature portée par des performances personnelles, dans une équipe distancée, heurte cette culture, et chaque déclaration de soutien rappelle la place du club au classement.

Rome, Séville, Leipzig et le Clásico

Ce classement, le Real devra le corriger au cours d’une série serrée qui s’ouvre avec Villarreal. Les Madrilènes se rendront à Rome le 14 octobre pour la Ligue des champions, recevront le FC Séville le 18 en Liga, puis le club allemand de Leipzig le 21 en Coupe d’Europe.

Mourinho a fait son choix : protéger publiquement Mbappé et l’aligner d’entrée. Ces matches remettront en jeu l’équation qui nourrit le cas du Français, un attaquant décisif dans une équipe distancée. Chaque contre-performance collective rendra une actualité aux griefs de septembre, du tee-shirt de Ceuta aux images de la convalescence.

Le Clásico, le choc contre le FC Barcelone, est programmé avant la fin du mois, face au leader de la Liga.

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Gabriel Robert, ancien footballeur professionnel, est aujourd'hui un suiveur assidu de la Ligue 1.

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