Elche, Valence, Getafe, Rayo : le Barça a dévoré le menu enfant de la Liga et s’est pris pour l’ogre de l’Europe. Il a suffi de cinq jours, d’un PSG et d’un Real sans Vinícius pour que l’ogre redevienne ce qu’il est : un excellent élève de son championnat. Rien de plus.
Parlons franchement de ces neuf victoires qu’on nous a vendues comme une épopée. Six des victimes du Barça en Liga végètent aujourd’hui dans la seconde moitié du classement. Valence, humilié 5-0 à Mestalla, est 19e avec six points.
Le Racing Santander, puni 7-2 au Camp Nou, débarquait de deuxième division. Getafe est 17e, Rayo 16e, Elche 15e. Le rang moyen des équipes battues ? 12,4e. Un seul adversaire du haut de tableau sur neuf, le Betis. En Ligue des champions, Feyenoord et Galatasaray. On a connu des parcours initiatiques plus exigeants.
Battre les faibles n’est pas un crime. C’est le minimum syndical d’un champion. Le crime, c’est d’en avoir tiré une légende. À Barcelone, on parlait déjà de record historique, dix victoires d’entrée, du jamais-vu dans les cinq grands championnats. On parlait de tout, sauf du niveau de l’opposition.
L’heure des grands, l’heure de vérité
Puis l’Europe est entrée dans la pièce. Le PSG a cadré quinze tirs au Parc des Princes, du jamais-subi pour le club en Ligue des champions depuis 2003-04. Cinq jours plus tard, un Real privé de Vinícius et de Courtois est venu gagner au Camp Nou. Pas un Real flamboyant : un Real de Mourinho, patient, cynique, qui a attendu son heure.
Le Barça avait encaissé neuf buts en neuf journées de Liga. Il en a pris six en deux matchs, dès que l’adversaire savait jouer au football. Il n’existe pas de statistique plus cruelle. Ni plus honnête.
Et qu’on ne vienne pas parler d’accident. L’Atlético l’a sorti de la Ligue des champions et de la Coupe du Roi la saison dernière. L’Inter l’avait éjecté en demi-finale de C1 un an plus tôt. Face au PSG, Flick n’a toujours pas gagné en trois essais. Ce Barça écrase l’Espagne d’en bas et trébuche dès qu’il lève les yeux.
Le déni comme méthode
Le plus inquiétant n’est pas la défaite. C’est la manière de l’encaisser. Après Paris, la direction estimait, selon Sport, que cette gifle « tombait bien pour le Clásico ». Une défaite qui tombe bien : il fallait oser. Mourinho, lui, n’a eu besoin d’aucune gifle pour se motiver.
Sur le terrain, le même aveuglement. À 1-1, avec six points d’avance sur le Real, un nul valait de l’or. Le Barça a préféré charger, ligne haute comprise, et s’est fait crucifier en contre à la 87e minute.
Mourinho a ensuite expliqué, presque avec gourmandise, comment on démonte cette défense : faire attaquer l’espace par ses milieux plutôt que par ses avants. Paris avait déjà montré la voie. Le secret semblait connu de toute l’Europe, sauf de Barcelone.
Verdict : trop beau, et trop sûr de lui
Les fidèles répondront que gagner 5-2 au Betis et 3-1 à Séville n’a rien d’une promenade. Que ce groupe a battu le Real deux fois la saison passée. Qu’on ne choisit pas son calendrier. Très bien. Mais un calendrier ne vous dit pas qui vous êtes. Il vous dit seulement qui vous avez battu.
Oui, le Barça s’est vu trop beau. Il a confondu le ventre mou de la Liga avec le gotha européen, et l’écho de ses cartons avec la voix du continent.
Le 8 novembre, au Metropolitano, l’Atlético l’attend : deuxième, et bourreau de la saison passée. Sans Olmo, avec une défense de bric et de broc. Cette fois, il n’y aura pas d’Elche pour se rassurer.