Bollaert-Delelis a été rempli à 98 % la saison dernière. Le chiffre est exact, mais il ne suffit pas à faire du public lensois le meilleur de France. Affluence brute, taux de remplissage, fidélité dans les mauvaises saisons : sur aucun de ces critères, Lens n’arrive en tête.
Meilleur public de Ligue 1 ? Les partisans du Racing disposent d’un argument solide. En 2025-2026, Bollaert-Delelis a accueilli 37 569 spectateurs par match en Ligue 1. L’enceinte compte 38 223 places, pour une ville de 32 920 habitants selon l’Insee.
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Le stade porte le nom de Félix Bollaert, qui présidait le conseil d’administration des Mines de Lens dans les années 1920. Il a été rebaptisé en 2012 en hommage à André Delelis, maire de 1966 à 1998, qui avait sauvé le club en faisant de la ville la propriétaire de l’enceinte. Ce lien avec l’histoire minière se manifeste à chaque match : depuis la mort de Pierre Bachelet, en février 2005, tout le stade reprend Les Corons au début de la seconde période, de la tribune populaire aux loges.
Le soutien dépasse largement la commune. Lors de la finale de la Coupe de France, en mai, des fan zones avaient été installées dans toute la région. Depuis le 14 décembre 2025, le Racing est propriétaire de son stade, que sa direction juge désormais trop petit pour la demande. Devant le conseil consultatif des supporters, ces derniers ont surtout exprimé une crainte, celle de voir un jour Bollaert prendre le nom d’un sponsor. Le club assure que des clauses anti-naming sont en place.
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Le taux lensois n’est pourtant pas le meilleur du championnat. Le Parc des Princes fait mieux, avec 99 %. En affluence brute, Lens n’occupe que la cinquième place, derrière Marseille, Lyon, Paris et Lille.
Remplir son stade est devenu la norme en Ligue 1. Selon la LFP, huit clubs ont dépassé 90 %, dont Brest, Lorient et Auxerre, et 118 matchs se sont joués à guichets fermés. Ce taux dépend en outre de la jauge commerciale fixée par chaque club, parcage visiteurs et places neutralisées compris.
Le chiffre de Lens a enfin été atteint pendant la meilleure saison du club depuis des décennies, conclue à la deuxième place de Ligue 1 et par une première Coupe de France, gagnée contre Nice (3-1). Dans ces conditions, un stade plein prouve peu de chose.
Vélodrome et Geoffroy-Guichard : les deux rivaux de Bollaert
En nombre, le Vélodrome n’a pas de concurrent. L’OM y a reçu 62 612 spectateurs par match en 2025-2026, soit 25 000 de plus que Lens, avec un taux de remplissage de 94 %. Ce public s’est déplacé pour une saison que Medhi Benatia, alors directeur du football, a lui-même qualifiée de « catastrophique », marquée par le départ de Roberto De Zerbi en février et les 132 jours d’Habib Beye sur le banc.
Le Vélodrome montre toutefois des signes de fatigue cet automne. La moyenne recule autour de 58 578 spectateurs, et seules 39 094 personnes ont assisté au match contre Toulouse le 1er novembre, virage Nord fermé par sanction.
L’argument le plus gênant pour Lens vient de Saint-Étienne. Relégués en 2025, les Verts ont joué toute la saison 2025-2026 en Ligue 2 devant 31 446 spectateurs par match. Ce total les aurait classés au sixième rang des affluences de Ligue 1, devant Strasbourg, Rennes ou Nice. Selon le site spécialisé Peuple Vert, 97 % des abonnés avaient renouvelé leur carte après la descente.
Battus en barrage par Nice (0-0 à l’aller, 1-4 au retour le 29 mai), les Stéphanois sont restés en Ligue 2. Le club a pourtant vendu 20 600 abonnements pour 2026-2027, un record pour la division.
Lens dans les saisons difficiles : le vrai test du public
Remplir un stade quand l’équipe gagne est à la portée de beaucoup de villes. Un public se juge dans les saisons où tout s’effondre, et Bollaert a un passé sur ce terrain.
Les grandes années elles-mêmes ont connu des creux. Le 15 février 1992, 48 912 spectateurs assistent à Lens-Marseille, record du stade, qui dépassait alors les 50 000 places. Trois semaines plus tôt, ils n’étaient que 8 500 contre Rennes, puis 8 000 contre Auxerre, selon la base de données Weltfussball.
En Ligue 2, le 30 novembre 2012, Lens reçoit Laval devant 14 523 spectateurs. Le 3 mai 2013, ils sont 17 308 contre Tours, dans un stade de plus de 41 000 places, plus qu’à moitié vide. Le Racing termine cette saison au douzième rang.
L’année suivante, la montée se profile et la moyenne remonte à 30 476 spectateurs, avec plus de 40 000 personnes pour les réceptions de Nancy et d’Angers. Le public lensois est revenu avec l’espoir, une réaction humaine qui ne relève pas pour autant de la fidélité inconditionnelle.
Les Lensois feront valoir, avec raison, que leurs creux restent des sommets pour la Ligue 2. En 2018-2019, cinquième de la division, le club attirait encore 26 427 spectateurs par match, un niveau que peu de clubs de deuxième division atteignent en France.
Marseille n’a pas de leçon à donner. Au printemps 2016, l’OM restait sur 14 matchs sans victoire à domicile. Le Vélodrome était loin d’être plein, et une partie des tribunes diffusait le générique de Benny Hill en brandissant des portraits de chèvres pour moquer les joueurs.
Meilleur public de Ligue 1 : un titre impossible à attribuer
La réputation de Bollaert repose sur des faits : un stade plein dans une ville plus petite que lui, une ambiance redoutée par les adversaires, une équipe engagée cette saison en Ligue des champions. Le titre de « meilleur public de France », lui, ne résiste pas aux chiffres.
Selon le critère retenu, il revient au Vélodrome pour l’affluence, au Parc des Princes pour le remplissage, à Geoffroy-Guichard pour la fidélité dans l’épreuve. Lens détient surtout le récit le plus fort, celui d’un bassin minier attaché à son club, et c’est souvent ce récit qui l’emporte dans le débat.