Supporters de l’OM : le Vélodrome, chaudron ou tribunal ?

04/11/2026

Avec 62 612 spectateurs par match la saison dernière, le public de l’OM est le plus nombreux de France. Il impressionne les adversaires et a déjà poussé des entraîneurs vers la sortie. Le 1er novembre, ils n’étaient pourtant que 39 094 au Vélodrome.

Dimanche 1er novembre, l’OM a battu Toulouse (2-0) et signé sa quatrième victoire de rang en championnat devant 39 094 spectateurs. Il faut remonter à avril 2018 pour trouver une affluence plus faible au Vélodrome, hors Covid et huis clos complets. Le virage Nord, suspendu, était fermé ce soir-là, mais même sans cette sanction, seulement 51 982 personnes étaient attendues, selon La Provence.

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Le recul avait commencé en septembre. La réception du Paris FC n’a réuni que 55 955 spectateurs, et cinq jours avant le Classique contre le PSG, environ 7 500 billets restaient en vente, une situation rarissime pour cette affiche. Le club a reconnu une baisse de fréquentation d’environ 3 % sur les premières semaines, en rappelant que 16 clubs de Ligue 1 connaissent la même tendance. Son président, Stéphane Richard, a appelé les supporters à ne pas lâcher l’équipe.

Sur le début de saison, la moyenne à domicile s’établit à 58 578 spectateurs, selon des données Transfermarkt relayées par La Provence. L’équipe gagne de nouveau, mais le stade ne suit plus.

Abonnements des virages : le poids des groupes de supporters de l’OM

L’influence des tribunes marseillaises repose sur une base très concrète. À partir de 1987, sous Bernard Tapie, les associations de supporters vendaient elles-mêmes les abonnements des virages Nord et Sud, soit environ 25 000 places. L’argent finançait les tifos, les animations et les déplacements.

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Le système coûtait cher au club : une étude de L’Équipe estimait le manque à gagner à 5 millions d’euros par an. Il a fallu les incidents d’un OM-OL, en septembre 2015, et la pression des pouvoirs publics pour que Vincent Labrune obtienne, en février 2016, que l’OM reprenne la commercialisation.

Le lien demeure. Les abonnements en virage restent réservés aux adhérents des associations. Les groupes sont à la fois les meilleurs clients du club et les fournisseurs de son ambiance, un double statut qui leur permet de faire vaciller une direction en une seule réunion.

Deschamps et Michel : quand le Vélodrome se retourne contre l’OM

En mars 2012, l’OM retrouve les quarts de finale de la Ligue des champions après 19 ans d’absence. Face au Bayern Munich (0-2), une grande partie du stade soutient Didier Deschamps, mais les Winners déploient une banderole sans nuance : « Deschamps et tes joueurs, cassez-vous ». L’entraîneur laisse entendre qu’une partie de la contestation est attisée de l’intérieur du club.

Deux ans plus tard, Rachid Zeroual, vice-président des Winners, affirmera que des joueurs étaient venus demander aux supporters de les aider à obtenir son départ. L’OM terminera cette saison au dixième rang.

Au printemps 2016, la colère change de forme. L’OM n’a plus gagné au Vélodrome depuis 14 matchs de Ligue 1, et des supporters diffusent le générique de Benny Hill en brandissant des portraits de chèvres pour moquer les joueurs. La Ligue ferme à titre conservatoire les virages Nord et Sud pour les deux derniers matchs à domicile.

Michel, remercié entre-temps, répétait depuis des semaines que sa jeune équipe peinait à gérer la pression de son propre stade. Le 24 avril, contre Nantes, l’AFP décrit un Vélodrome « aux trois quarts vide ».

Départ de Marcelino et pression sur les joueurs : le Vélodrome en accusation

Le cas le plus spectaculaire reste celui de Marcelino. Le 18 septembre 2023, après un nul terne contre Toulouse au Vélodrome, la direction reçoit les représentants des groupes de supporters. Ceux-ci exigent la démission du président Pablo Longoria et de trois de ses proches.

Deux jours plus tard, l’entraîneur espagnol quitte le club après sept matchs, et le parquet de Marseille ouvre une enquête sur les menaces dénoncées par Longoria. Dans L’Équipe, Marcelino décrit une situation « irréelle et étouffante » et accuse une minorité radicale d’empêcher l’OM de devenir un grand club.

La pression pèse aussi sur les joueurs. En novembre 2024, l’OM de Roberto De Zerbi gagne presque tout à l’extérieur, mais une seule fois en cinq matchs à domicile. Adrien Rabiot l’explique par l’inexpérience des plus jeunes face à ce stade : « Pour certains, comme moi, c’est galvanisant, pour d’autres, c’est beaucoup de pression. »

De Zerbi, Beye, McCourt : la colère des tribunes contre l’instabilité

La saison 2025-2026 a poussé cette logique à son terme. De Zerbi part le 11 février 2026, dans la foulée d’une lourde défaite au Parc des Princes. Habib Beye lui succède et ne reste que 132 jours. Bruno Genesio est nommé le 1er juillet, après le départ en mai du directeur du football Medhi Benatia, tandis que Pablo Longoria laisse la présidence à Stéphane Richard, en poste depuis début juillet.

L’été n’a pas apaisé les tribunes. Pierre-Emerick Aubameyang, Geronimo Rulli et Leonardo Balerdi sont partis sans être remplacés. Le 6 septembre, contre le Paris FC, une banderole dresse le bilan de Frank McCourt : déficit record, effectif liquidé, incapacité à recruter. Elle se conclut par une question, « menteur ou incompétent ? », pendant que le virage Nord chante contre le propriétaire.

Cette défaite contre le Paris FC (2-3) s’inscrit dans une série de trois revers en championnat. Le Classique contre le PSG est ensuite perdu (1-2), et les chants insultants et les engins pyrotechniques de ce soir-là valent au virage Nord la suspension purgée contre Toulouse.

Ce que répondent les supporters marseillais

Les tribunes ont leur version, et elle tient debout. Pendant la saison de crise 2025-2026, aucun stade français n’a attiré plus de monde que le Vélodrome, rempli à 94 %, alors même que l’équipe décevait semaine après semaine. Pour les groupes, l’exigence est la contrepartie de cette fidélité, et l’instabilité vient d’en haut.

Ils contestent aussi le récit de 2023. Un représentant présent à la réunion a démenti toute menace de mort et évoqué des phrases comme « casse-toi » ou « fais tes valises ». Rachid Zeroual, devenu leader des South Winners, a toujours nié avoir menacé Longoria et rappelle qu’à Marseille, les supporters haussent la voix.

Le Vélodrome reste enfin une arme. Avant la venue de l’Ajax en Ligue des champions, le 30 septembre 2025, l’entraîneur néerlandais John Heitinga disait craindre l’atmosphère du stade et prévenait que l’OM jouerait avec un douzième homme. Ce soir-là, 65 771 spectateurs, un record pour un match européen à Marseille, ont vu l’OM mener 3-0 après 26 minutes. En avril 2025, le stade avait établi son record en Ligue 1 contre Montpellier, avec 66 312 spectateurs. Quand l’équipe répond, ce public n’a pas d’équivalent en France.

Le Vélodrome, un actionnaire sans parts

Le stade a changé de nom cet été pour devenir le CEPAC Vélodrome, au terme d’un contrat de naming de sept ans. On a longtemps cru que son public, lui, ne changerait jamais. L’automne 2026 montre le contraire.

Le Vélodrome se comporte comme un actionnaire qui ne détient aucune part. Il finance le club par sa présence, exige des comptes et sanctionne. Quand l’OM est stable, cette pression devient un avantage que toute l’Europe envie. Quand il vacille, elle accélère sa chute, et quand il déçoit trop longtemps, l’actionnaire finit par ne plus venir.

Savoir si ce public est toxique compte moins que de savoir si un club qui a usé trois entraîneurs en cinq mois peut encore reprocher à ses supporters de manquer de patience. À Marseille, la réponse dépend surtout de la tribune où l’on est assis.

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Adrien Roulier couvre la Ligue 1 et la Ligue 2 pour QuatreTroisTrois depuis 2024. Diplômé en journalisme, il a d’abord été pigiste pour France Bleu et a collaboré avec Le Foot avant de rejoindre la rédaction. Son terrain est le championnat dans son ensemble, sans club de prédilection. Il passe une bonne partie de la saison sur la route, d’un stade à l’autre, et connaît chacune des enceintes de l’élite. Pour le joindre : redaction@quatretroistrois.fr.

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