Dimanche, à 14h30, les U19 du FC Montfermeil accueillent Strasbourg en 16èmes de finale de la Coupe Gambardella. L’occasion de mettre en lumière le club devenu un haut lieu de la formation en Ile-de-France, qui tisse un lien social entre la population et le football.
Comme l’a dit un des plus célèbres footballeurs de la planète, qui a grandi tout près, « le football il a changé ». Et les aprioris aussi. Aujourd’hui, le FC Montfermeil participe à l’évolution des mentalités. Devenu un des hauts lieux de la formation en Ile de France, le club francilien et ses 1254 licenciés, changent l’image de la ville. A travers ses performances de haut niveau chez les jeunes, le club de Seine-St-Denis parvient à casser les clichés facilement affublés au fameux quartier des Bosquets (plus grand quartier de la commune), assimilé à la délinquance, la drogue et l’insécurité. Beaucoup plus qu’une mauvaise image qui, en 1996, a conduit le club à sa radiation.
Trente ans plus tard, le FC Montfermeil est devenu la fierté de la ville coincée entre la forêt de Bondy et Clichy-sous-Bois. Enfant du club, où il a joué chez les jeunes avant de connaitre sa fin, puis sa renaissance, Abdelaziz Kaddour est le directeur sportif du club depuis 2002. Il nous explique comment, en 24 ans, le club est devenu ce qu’il est aujourd’hui : une vraie référence en terme de formation.
« On n’oublie pas d’où on vient »
Si on vous avait dit, il y a 30 ans qu’un match de 16ème de finale de Gambardella face à Strasbourg ne serait même pas un évènement…
Peut-être pas un évènement, parce qu’on a l’habitude des matchs de ce niveau, mais battre l’équipe d’un centre de formation d’un club de Ligue 1, on sera quand même pas loin de l’exploit. C’est assez rare pour un club amateur d’avoir des U19 et des U17 au niveau national. On n’oublie pas d’où on vient. Le club a été radié en 1996, après on est reparti de tout en bas. On a tout restructuré. Il a fallu travailler dur pour en arriver là où on on est aujourd’hui. On est un club amateur qui est au même niveau que les professionnels au niveau des jeunes, mais ils ont quand même un avantage. Ils ont des joueurs sous contrat, des joueurs qui s’entrainent tous les jours, qui sont sur place. Nos joueur ne s’entrainement pas tous les jours, et doivent parfois faire plus d’une heure de route pour venir s’entraîner, parfois deux heures…
Expliquez-nous comment on passe d’un club quasiment banni du football, à une véritable référence en matière de formation ?
On a commencé par former des éducateurs. C’était la base. Les joueurs sont à l’image des éducateurs. Si vous avez des éducateurs qui sont violents, qui n’ont pas une bonne mentalité, ça se répercute sur les joueurs. C’était impossible de mettre en place un projet sportif si vous n’avez pas de bons éducateurs.
Vous avez aussi beaucoup axé votre projet sur le social…
On est très attaché au travail social. Vis à vis des joueurs, mais aussi de leurs parents. On ne leur offre pas que du football. On a beaucoup oeuvré avec le collège Jean Jaurès, avec lequel on a monté une structure Sports Etudes, qui a été très importante. Quand il y avait des problèmes scolaires on intervenait. On s’est aussi beaucoup rapproché des foyers, pour tous les jeunes en difficultés qui venaient s’inscrire au club. On a fait des partenariat avec les foyers de la ville et des alentours. On aide les familles dans les démarches administratives notamment. Avec le président du club, Ahmed Hadef, qui est aussi le président du District du 93.
« On savait qu’il y avait la qualité, la quantité… Il fallait avoir les bonnes personnes pour les canaliser »
Vous avez aussi mis en place un système de sécurité autour des matchs…
On a mis un système de sécurité pour lequel on paye tous les mois. C’était important. Quand vous arrivez au niveau national, vous devez être exemplaires. Surtout d’où on vient, avec la réputation qu’on avait.
Votre équipe première joue en Régional 2, ce n’est pas un frein ? Vous ne songez pas à jouer plus haut ?
Le souci au niveau des séniors, il est juste financier. Aujourd’hui, pour jouer plus haut, c’est une question de moyens. Mettre des moyens chez les séniors, ça veut dire en mettre moins sur les jeunes. Payer moins les éducateurs. Dès le début, on a dû choisir entre les jeunes et les séniors, et le club a décidé de miser sur les jeunes. Je vous parle de ça il y a 15, 20 ans…
Avec le quartier des Bosquets, vous aviez un véritable vivier de joueurs…
En 99, quand le club a repris, ça a tout de suite été facile de trouver des joueurs. Le quartier des Bosquets était un véritable vivier de joueurs avec énormément de qualités. Idem à Clichy-sous-Bois. Le plus dur, c’était de trouver les bons éducateurs pour canaliser ce talent. Quand vous repartez de tout en bas, ce n’est pas évident. Les éducateurs préfèrent aller dans les clubs plus huppés. Il fallait avoir le bon discours pour trouver les bonnes personnes. Comme je l’ai dit, le fait de mettre en place le Sport Etudes nous a beaucoup aidé.
…
La chance qu’on a eu, à force de travail, c’est de monter très vite dans les divisions, en U15, U17, U19. On n’a jamais stagné. Après, on a eu des joueurs qui sont venus de l’extérieur. Le club s’est construit très vite. A Montfermeil, il n’y a pratiquement que le foot, alors les supporters sont venus très vite pour accompagner le club. On savait qu’il y avait la qualité, qu’il y avait la quantité, il fallait avoir les bonnes personnes pour les canaliser. Leur donner envie de venir, de nous écouter, et les accompagner dans la vie de tous les jours.
La municipalité vous aide ?
Oui, la municipalité nous soutient. Moi déjà, je suis détaché par la ville au club. Au début, je travaillais pour la ville, j’étais simple directeur sportif du club, en parallèle. Mais quand ils ont vu que ce qu’on faisait marchait, ils ont décidé de me détacher à 100% pour continuer à structurer le club.
Aujourd’hui, c’est le club de foot qui donne une belle image à la ville…
Aujourd’hui, le club de foot est connu à l’international. Il y 20 ans, c’était pas gagné.
- Montfermeil – Strasbourg (16ème de finale de la Coupe Gambardella) : dimanche 1er février (14h30) stade Henri Vidal 1, 9 rue Utrillot – 93370 Montfermeil
