Remonté de la Division d’honneur en onze ans, le FC Annecy s’installe dans la première moitié de la Ligue 2.
En 2015, le FC Annecy remportait le titre de Division d’honneur Rhône-Alpes, un championnat régional. Onze ans plus tard, le club haut-savoyard dispute sa cinquième saison consécutive de Ligue 2, après avoir terminé sixième en 2025, le meilleur classement de ses 98 ans d’histoire. Laurent Guyot, son entraîneur depuis juin 2021, a conduit cette ascension avec un groupe stable et sans vedette. À un an de son centenaire, Annecy change d’échelle et doit prouver que ce modèle tient.
Septième, dix points, sept journées. Le FC Annecy aborde la trêve internationale de septembre à ce rang de Ligue 2, avec trois victoires, un nul et trois défaites, neuf buts marqués et autant encaissés. Deux revers consécutifs, face à Guingamp puis à Dijon, l’ont fait reculer après un départ conclu par un succès 2-1 dans le derby à Grenoble. Pour le club haut-savoyard, cette place prolonge une série : sixième en 2025, septième en 2026, il occupe de nouveau la première moitié du classement.
Le changement tient au capital. Le 2 juin 2026, le FC Annecy a officialisé l’entrée de V Sports à son actionnariat, à hauteur de 30 %. Ce groupe d’investissement possède aussi Aston Villa, le club anglais de Birmingham. Le Dauphiné libéré, qui a révélé l’accord le jour même, chiffre l’apport à 4,5 millions d’euros. Avec 30 % des parts, V Sports reste minoritaire. Annecy garde la main sur ses décisions et gagne un accès direct à l’un des clubs anglais les mieux structurés.
La date de l’opération compte autant que son montant. V Sports est entré au capital quatre ans après la montée en Ligue 2 de 2022, au lendemain de deux saisons achevées dans la première moitié du classement. Le groupe a donc investi dans un club qui avait déjà franchi les étapes les plus risquées : la remontée depuis le niveau régional, le maintien des premières saisons, un été 2023 passé au bord de la relégation. V Sports a acheté une part d’une trajectoire établie.
L’effet s’est vu dès le mercato. Aston Villa a prêté à Annecy deux jeunes joueurs, Kadan Young et Zépiqueno Redmond. Le 6 août, Le Dauphiné libéré titrait sur le poids nouveau du club dans les négociations : « Leur venue amène de la crédibilité ». Un club de Ligue 2 adossé à un club anglais ne se présente plus de la même manière face aux vendeurs et aux joueurs qu’il cherche à convaincre. La direction annécienne s’est d’ailleurs dite satisfaite de son été, selon ODS Radio, la radio locale : elle a conservé plusieurs cadres tout en recrutant de jeunes joueurs.
Cette ouverture reste sous contrôle. Le 10 juin, huit jours après l’officialisation, la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme financier du football français, n’a prononcé aucune mesure à l’encontre du club. Annecy a donc abordé la saison avec un apport extérieur, des joueurs prêtés par un club de premier plan et des comptes validés. Les deux premiers éléments n’existaient pas au printemps.
La méthode, elle, n’a pas changé. Le club recrutait déjà des joueurs venus des divisions inférieures françaises avant l’arrivée de son nouvel actionnaire, et il a continué cet été. L’argent de V Sports s’ajoute à cette filière sans la remplacer. Reste à mesurer ce qu’il apporte à une équipe qui bute sur la même marche depuis deux ans.
Deux saisons aux portes des barrages
Le 9 mai 2026, Annecy jouait sa saison devant son public. Pour entrer dans les cinq premiers, qualificatifs pour les barrages d’accession à la Ligue 1, l’équipe de Laurent Guyot devait battre Rodez et compter sur un résultat favorable dans le match de Reims. Elle a perdu 2-1. Le club a terminé septième avec 52 points, deux places sous la zone qualificative, loin de Troyes (67 points) et du Mans (62), promus directement.
Les Annéciens arrivaient pourtant lancés. Ils restaient sur trois victoires de suite, dont un 5-1 contre Pau et un 2-1 à Boulogne-sur-Mer le 2 mai, qui leur avait offert cette « finale ». Le bilan de l’exercice s’établit à quinze victoires, sept nuls et douze défaites, pour 49 buts marqués et 39 encaissés.
Un an plus tôt, en mai 2025, Annecy avait fini sixième, premier non-qualifié pour les barrages. Ce rang reste le meilleur de ses 98 années d’existence. Le classement de 2026 recule donc d’une place, alors que les 52 points représentent, selon ODS Radio, un record pour le club dans la division. Annecy a pris davantage de points et terminé plus bas : la lutte pour les places qualificatives s’est durcie au moment même où le club progressait.
Ces deux saisons ont déplacé Annecy dans le championnat. Promu en 2022, repêché en 2023, il jouait d’abord pour se maintenir. En 2025 puis en 2026, il a disputé les barrages jusqu’à la dernière journée, sans y entrer.
Laurent Guyot, l’entraîneur des six saisons
Un homme relie ces deux saisons à la montée de 2022. Laurent Guyot est arrivé sur le banc annécien en juin 2021, quand le club évoluait en National, le troisième échelon. Il l’a fait monter dès sa première saison, grâce à une deuxième place. En août 2026, il a entamé sa sixième saison au club, une durée rare à ce niveau.
Sous sa direction, Annecy a retrouvé la deuxième division après 29 ans d’absence et atteint une demi-finale de Coupe de France en 2023. Le club a aussi traversé un été où il ignorait dans quelle division il jouerait, avant d’enchaîner deux saisons dans la première moitié du classement. Chacune de ces étapes s’est jouée avec le même entraîneur.
Autour de lui, le noyau a peu bougé. Florian Escales, gardien lors de la montée de 2022, a disputé les sept premiers matchs de la saison 2026-2027. Clément Billemaz et Antoine Larose, deux piliers des saisons précédentes, appartiennent toujours au groupe et ont chacun marqué une fois depuis août.
Le recrutement de l’été a pourtant rajeuni plusieurs lignes. Le club a laissé partir plusieurs joueurs et fait venir de jeunes éléments, dont les deux prêtés par Aston Villa. Un joueur prêté progresse à Annecy, puis repart vers son club d’origine : le vestiaire annécien sert désormais aussi de lieu de formation pour d’autres.
Cette logique a produit sa première friction publique le 5 septembre, le soir d’une victoire 2-1 à Grenoble. Interrogé sur le départ soudain d’Axel Drouhin, Laurent Guyot n’a pas caché son agacement : « Là où j’ai tiqué, c’est sur le timing », a lancé l’entraîneur, cité par Le Dauphiné libéré. L’homme qui a construit la montée avec un groupe stable doit maintenant faire tourner un effectif pensé pour évoluer d’une saison à l’autre.
Billemaz, Larose, Rambaud : l’attaque partagée
En 2025-2026, Annecy a marqué 49 buts sans buteur dominant. Clément Billemaz en a inscrit huit en championnat, Antoine Larose et Thibault Rambaud sept chacun. Aucun attaquant n’a porté seul la production offensive, et le danger venait de plusieurs lignes.
La saison 2026-2027 reproduit ce schéma. Sur les neuf buts annéciens, Rambaud est le seul à avoir marqué deux fois. Un tel collectif encaisse les départs : le club a perdu plusieurs joueurs cet été et figure toujours dans la première moitié du tableau.
Ce collectif peine en revanche dans les fins de match serrées. Or Annecy a manqué les barrages d’une place en 2025, puis de deux en 2026. Dans les deux cas, quelques points ont séparé le club de la qualification, soit une ou deux rencontres où un joueur capable de trancher aurait changé le résultat.
Les deux dernières défaites l’ont rappelé. À Guingamp, le 12 septembre, les Annéciens ont ouvert le score avant d’être renversés en quatre minutes (2-1). Six jours plus tard, contre Dijon, ils menaient 1-0 à la pause, puis ont concédé deux buts en cinq minutes. Le Dauphiné libéré a jugé l’équipe « trop gestionnaire » en seconde période.
Le recrutement de l’été privilégie la durée. Annecy a obtenu le transfert définitif de Mohamed Koné, engagé Jonathan Do Marcolino, venu du Stade rennais, jusqu’en 2029, puis bouclé son mercato avec Souleymane Fofana. Ce milieu offensif de 20 ans, international ivoirien des moins de 23 ans, a signé jusqu’en 2030. Le Dauphiné libéré le présente comme le meilleur joueur du championnat ivoirien. Des contrats de trois et quatre ans pour des joueurs en devenir : Annecy recrute pour faire progresser, et la question du joueur décisif reste entière pour cette saison.
Au Vélodrome, puis au bord du National
L’année 2023 a failli interrompre l’ascension. Le 1er mars, Annecy, promu en Ligue 2 et engagé dans la lutte pour le maintien, a éliminé l’Olympique de Marseille au Vélodrome en quart de finale de la Coupe de France. Le score était de 2-2 à la fin du match, et les Haut-Savoyards se sont imposés 7 tirs au but à 6. Quelques semaines plus tôt, l’OM avait sorti le Paris Saint-Germain dans le même stade.
Florian Escales gardait déjà le but annécien, Ahmed Kashi tenait le milieu et Moïse Sahi Dion occupait la pointe de l’attaque. Le parcours s’est arrêté en demi-finale contre Toulouse, futur vainqueur de l’épreuve. Il a donné au projet de Laurent Guyot une visibilité nationale, avec une équipe organisée, faite de joueurs passés par les divisions inférieures, habituée aux matchs qui restent ouverts jusqu’au bout.
Quelques mois plus tard, le même club était relégué. La commission de discipline a donné match perdu aux Girondins de Bordeaux, après l’interruption de leur rencontre contre Rodez. Rodez a récupéré les points, et Annecy est tombé dans la zone de relégation. Le club s’est présenté en « victime collatérale » et a réclamé son maintien, puis la création provisoire d’une Ligue 2 à 21 clubs.
L’issue est venue d’un autre dossier. La relégation administrative du FC Sochaux-Montbéliard a libéré une place, et Annecy a été réintégré au dernier moment dans le championnat 2023-2024, avec une préparation et un recrutement perturbés. Il s’est maintenu en 2024, avant de finir sixième puis septième.
En quelques mois, le club a donc connu la plus grande soirée de son histoire récente et la menace d’un retour en National. La régularité des deux dernières saisons vient d’un club qui, à l’été 2023, ignorait encore dans quelle division il jouerait.
Sept ans de la DH à la Ligue 2
Le chemin avait commencé bien plus bas. En 2015, Annecy remportait la Division d’honneur Rhône-Alpes et retrouvait le niveau national. Il atteignait le quatrième échelon dès la saison suivante, puis le National en 2020. Cette année-là, le championnat de National 2 a été interrompu par la crise sanitaire alors qu’il menait son groupe.
Deux saisons ont suffi pour franchir la marche suivante. Le 13 mai 2022, devant plus de 13 000 spectateurs au Parc des Sports, Alexy Bosetti a marqué deux fois en fin de match contre Sedan (2-0). Annecy retrouvait la deuxième division, 29 ans après la disparition de son précédent club professionnel.
Cette remontée a un précédent. Fondé en 1927, le FC Annecy a intégré le championnat de France amateur en 1948 et l’a remporté en 1960, principal titre de son palmarès. Vainqueur de son groupe de Division 4 en 1984, il a atteint la Division 2 en 1988 et y a passé cinq saisons, jusqu’en 1993. Son meilleur résultat de cette époque reste une neuvième place en 1990-1991, assortie d’un parcours jusqu’en huitièmes de finale de la Coupe de France. L’ancienne structure professionnelle a ensuite été liquidée. Le club s’est reconstruit sous le nom d’Annecy FC, avant de reprendre son appellation historique en 2013.
Les deux époques se comparent désormais. La sixième place de 2025 dépasse de trois rangs le meilleur classement de la première ère professionnelle. La saison en cours est la cinquième consécutive en Ligue 2, autant que le club de la fin des années 1980. Quand V Sports entre au capital, en juin 2026, Annecy a déjà égalé la durée de son premier passage en deuxième division et dépassé son meilleur résultat.
Le centenaire et le plafond des barrages
Le FC Annecy aura cent ans en 2027. Au 24 septembre, il compte dix points, autant que Metz, Nancy et Sochaux, dans un peloton resserré au contact des places de barrages. Son départ avait été net : victoire inaugurale à Pau, 2-0 contre Rodez, derby gagné à Grenoble. Les défaites contre Guingamp et Dijon l’ont ramené dans ce groupe.
Laurent Guyot retrouvera à la reprise un effectif rajeuni, renforcé par les prêts d’Aston Villa et les recrues de l’été. L’objectif reste celui que ses deux dernières équipes ont manqué de peu : les barrages, avec une ou deux places de mieux qu’en 2025 et en 2026.
Le classement porte aussi une coïncidence. En 2023, la relégation administrative de Sochaux avait rendu à Annecy sa place en Ligue 2. Trois ans plus tard, le club haut-savoyard compte exactement autant de points que le club doubiste, avec un actionnaire venu d’Aston Villa et un entraîneur en poste depuis juin 2021.