Laurent Bonnart, le capitaine que Le Mans n’oublie pas

24/10/2026

Six saisons, deux montées en Ligue 1, un transfert à 500 000 euros : Laurent Bonnart est devenu le capitaine emblématique du MUC 72, au centre de la mémoire du Mans FC.

Six saisons de brassard. Deux montées en Ligue 1. Un départ négocié à prix symbolique, en remerciement de services rendus. Dix-neuf ans après avoir quitté Le Mans, Laurent Bonnart reste la première référence que les supporters sarthois citent quand on leur demande le nom d’un capitaine.

À 22 ans, il reçoit le brassard d’un entraîneur qui parie

Le téléphone d’un ancien footballeur sonne encore. En mai 2026, alors que Le Mans FC s’apprêtait à disputer à Bastia le match décisif pour sa montée en Ligue 1, Ouest-France a contacté Laurent Bonnart pour recueillir son analyse. Il avait quitté le club en 2007. Dix-neuf ans d’écart.

Ce n’était pas un hasard de rubrique sportive. Dans la mémoire du football sarthois, Bonnart occupe une place que ni les bases de données ni les palmarès officiels ne suffisent à expliquer. Il est né le 25 décembre 1979 à Chambray-lès-Tours, formé au FC Tours, pas au MUC 72. Il n’est pas un enfant du club, et c’est précisément ce détail qui rend son histoire singulière.

Il arrive en Sarthe en 1998, à 18 ans, recruté par Marc Westerloppe. Reconversion immédiate : défenseur droit de formation, il est repositionné arrière gauche. En 2001-2002, Thierry Goudet, son entraîneur cette saison-là, lui confie le brassard de capitaine. Bonnart a 22 ans. Il n’est pas le joueur le plus ancien du vestiaire. Goudet a choisi un caractère, pas une ancienneté.

16 mai 2003, un 0-0 qui change tout

Le 16 mai 2003, le MUC 72 joue à Grenoble en fin de soirée. Le match se termine sur un score nul et vierge. Ailleurs, Toulouse échoue à s’imposer à Reims. Ces deux résultats conjugués propulsent le MUC 72 en Ligue 1, le premier échelon du football français, pour la première fois de son histoire, fondée en 1985.

Bonnart lève le brassard en vice-champion de Ligue 2. Le club totalise alors dix-huit ans d’existence. Aucun joueur du vestiaire manceau n’a disputé de match de Ligue 1 sous ces couleurs. La saison 2003-04 commencera dans l’inconnu complet.

Elle se termine à la 19e place sur 20. Relégation directe. Bonnart reste, et c’est là que commence vraiment son histoire avec le club.

Relégué en 2004, il repart de zéro avec les mêmes

L’été 2004, plusieurs clubs de Ligue 1 auraient pu accueillir un arrière gauche de 24 ans qui venait de disputer une saison dans l’élite. Bonnart ne part pas. Il entame sa sixième saison au club, cette fois en Ligue 2, sans renégocier son statut.

Frédéric Hantz prend les rênes en décembre 2004, avec le club en milieu de tableau. Il restructure le jeu, impose un bloc défensif plus cohérent, intègre de nouveaux profils offensifs. Bonnart reste la colonne vertébrale arrière. En mai 2005, le MUC 72 termine vice-champion de Ligue 2, deuxième montée en deux tentatives, avec le même capitaine.

Deux titres identiques à deux ans d’intervalle. Aucun autre joueur du club ne détient cette doublure au palmarès, et c’est ce cumul, pas chaque montée prise isolément, qui forge la légende du brassard.

Cinq saisons dans l’élite, puis 500 000 euros pour partir

Les saisons 2005-06 et 2006-07 installent Le Mans parmi les clubs stables de Ligue 1. En 2007-08, sous Rudi Garcia, qui avait succédé à Hantz, le club atteint la 9e place du championnat, meilleur résultat de son histoire. Bonnart ne sera plus là pour le vivre. Il part à l’Olympique de Marseille à l’été 2007.

Le montant du transfert est de 500 000 euros. Pour un latéral titulaire dans l’élite française à 27 ans, ce chiffre est nettement inférieur à la valeur marchande habituelle du profil. Le club accepte. Aucune déclaration publique du président de l’époque ne précise les termes exacts du départ. La somme, elle, est dans les archives.

Bonnart aura disputé 263 matchs sous les couleurs sang et or en neuf saisons. À titre de comparaison, Régis Beunardeau, détenteur du record absolu de présences au club, en a joué 510 en quatorze années entre 1985 et 1999. L’écart dit quelque chose : Bonnart n’est pas le joueur le plus présent de l’histoire du club. Il en est pourtant le capitaine le plus cité, ce qui pose une question sur ce que le mot « capitaine » signifie réellement dans ce club.

Fichaux, Coutadeur : les noms du débat

La question du capitaine le plus marquant admet d’autres réponses. Claude Fichaux a porté le brassard avant Bonnart, pendant trois saisons, avant de quitter Le Mans en 2002 à 33 ans pour rejoindre le RC Strasbourg. Son mandat coïncide avec une période de consolidation en Ligue 2, le deuxième niveau national, sans montée.

Mathieu Coutadeur est un cas différent. Né le 20 mars 1986 au Mans, formé au MUC 72 depuis l’enfance, il y dispute au total 140 matchs sous les couleurs mancelles, au terme d’un long parcours qui le conduit à Monaco, Lorient, Chypre, Ajaccio, Strasbourg et Laval. Il revient au club en juin 2023, à 37 ans, après la relégation de l’AC Ajaccio de Ligue 1. Le club lui confie le brassard dès son retour. À son premier match à domicile, les supporters déplient un tifo, une banderole géante en tribunes, en son honneur. Coutadeur annonce sa retraite en avril 2024 et dispute son dernier match contre Marignane Gignac en mai 2024.

Coutadeur avait trente ans de lien avec le club, de sa première licence enfant à sa dernière fiche de match professionnel. Bonnart en avait neuf. Le brassard de l’un a pesé sur deux saisons en fin de carrière ; celui de l’autre, sur six saisons au cœur de la période la plus décisive du club, et c’est cette coïncidence de durée et de moment qui tranche.

« On a un lien à vie avec ce que l’on a vécu »

En 2023, Ouest-France publie une interview de Bonnart pour les vingt ans de la montée de 2003. Il a déclaré : « On a un lien à vie avec ce que l’on a vécu. » Il vit alors près du bassin d’Arcachon, reconverti en consultant télévisé. Depuis, il a rejoint le Stade Rennais en tant que formateur de jeunes joueurs.

En octobre 2025, pour les 40 ans du club, Le Mans FC organise un match de gala au stade Marie-Marvingt. Ouest-France l’identifie d’emblée comme « l’éternel capitaine adoré du MUC 72 ». Il joue aux côtés de Didier Drogba, formé lui aussi au club entre 1997 et 2002, avant de devenir l’un des meilleurs attaquants africains de l’histoire, et de Mathieu Coutadeur.

Le 9 mai 2026, Le Mans FC s’impose 2-0 à Bastia lors de la 34e journée de Ligue 2, dans un match interrompu par des fumigènes lancés sur le terrain dans le temps additionnel. Le 13 mai, la Commission de discipline de la LFP valide le résultat et officialise la montée, seize ans après la relégation de 2010. Ce soir-là, Ouest-France avait rappelé Bonnart. Il avait répondu.

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Gabriel Robert, ancien footballeur professionnel, est aujourd'hui un suiveur assidu de la Ligue 1.

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