Platini, le patron dont le football français a besoin

24/09/2026

Droits TV en berne, Ligue vouée à disparaître, clubs divisés : le football français cherche un capitaine. Michel Platini a le profil.

Jeudi dernier, au siège de la Fédération, le football professionnel français a tourné une page sans que personne ne sorte le champagne. Réunis le 17 septembre, clubs et parties prenantes ont validé la méthode de travail destinée à appliquer la loi promulguée le 3 août, un texte qui prévoit la disparition de la LFP au profit d’une société des clubs et renforce le rôle de la FFF. L’échéance est fixée : un accord doit être trouvé avant février 2027.

Six mois, donc, pour rebâtir une maison dont les murs porteurs ont cédé. La Ligue a rompu le contrat avec DAZN qui lui garantissait 400 millions d’euros, et la chaîne Ligue 1+, créée dans l’urgence, rapporte environ 120 millions aux clubs, un résultat qu’un économiste du sport interrogé par franceinfo qualifie d’échec commercial. Au Sénat, Michel Savin a alerté sur un déficit cumulé des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 que la DNCG chiffre à plus d’un milliard d’euros. Pour tenir, nos clubs regardent vers Nyon : le football français est passé d’une dépendance à la télévision à une dépendance à l’UEFA.

Un chantier sans maître d’œuvre

La loi a tranché la question du « quoi ». Reste celle du « qui ». Le modèle voulu par Philippe Diallo ne laisse pas de place au flou : il n’y aura plus de président élu à la tête de la Ligue, mais des professionnels nommés et rémunérés pour diriger la future société commerciale, dans laquelle la Fédération entend peser significativement. C’est précisément là que tout se joue. Une société détenue par des clubs aux intérêts divergents a besoin, au-dessus de ses dirigeants opérationnels, d’une autorité que personne ne peut soupçonner de rouler pour un camp.

Or les camps sont déjà formés. Le Paris Saint-Germain et Lille ont exprimé des réserves sur la réforme, quand Marseille et Lens la soutiennent. Vincent Labrune, qui avait jugé en juin le texte inacceptable pour la totalité des clubs professionnels dans sa forme d’alors, siège aujourd’hui dans le groupe chargé de l’appliquer, aux côtés d’Olivier Létang, Jean-Pierre Caillot et Victoriano Melero, une composition arrachée au terme d’intenses négociations. Et le dossier le plus lourd arrive : la LFP considère « très sérieusement » un nouvel appel d’offres, a confié à l’AFP Olivier Bramly, directeur général de LFP Media, en évoquant des marques d’intérêt déjà reçues, tandis que L’Équipe évoque un lancement dès octobre pour la période 2029-2034. Autrement dit, la future gouvernance devra vendre le produit avant même d’exister.

Le seul Français qui a gouverné le football européen

Michel Platini coche une case que personne d’autre ne coche. Joueur de génie, lauréat du Ballon d’or trois années de suite, en 1983, 1984 et 1985, il a ensuite occupé les fonctions de vice-président de la FIFA et de président de l’UEFA entre 2007 et 2015. Son bilan à Nyon n’a rien d’abstrait : Euro à 24 équipes, réforme de l’accès à la Ligue des champions ouvrant la phase de groupes à davantage de champions nationaux, lancement du fair-play financier. On peut discuter ces choix. On ne peut pas nier qu’il sait conduire une réforme d’ampleur face à des clubs puissants, ce qui est exactement la tâche des six prochains mois.

Il connaît aussi, de l’intérieur, la mécanique européenne qui fait vivre aujourd’hui nos clubs. Et contrairement à une idée reçue, il n’a pas décroché. Dans un entretien au magazine L’Équipe cet été, il racontait être abonné à Ligue 1+ et défendait le niveau d’un championnat qu’il juge porté par une formation de haut niveau, avec cette formule : « On est sévère avec notre championnat. » Un regard de passionné, pas de liquidateur. C’est celui dont une Ligue 1 en quête d’acheteurs a besoin.

Un homme blanchi, et libre

L’argument judiciaire, longtemps brandi contre lui, est tombé. Le 25 mars 2025, Platini et Sepp Blatter ont été acquittés en appel à Muttenz, et fin août, le parquet fédéral suisse a renoncé à tout recours, rendant la décision définitive. En France, l’enquête sur l’attribution du Mondial 2022 ne l’a pas fait tomber : après sa garde à vue de juin 2019, il est ressorti sans poursuites formelles.

L’homme n’a rien perdu de son tranchant. Le 8 juin, à trois jours du Mondial, il a porté plainte contre Gianni Infantino pour dénonciation calomnieuse et trafic d’influence, une plainte qui vise aussi deux anciens responsables de la FIFA et qui doit entraîner la désignation d’un juge d’instruction. Rancune, diront certains. Indépendance, répondront d’autres : un président de société des clubs qui ne doit rien à personne est un luxe rare dans un milieu où les allégeances se paient.

Une mission, pas un trône

La proposition tient en une phrase : confier à Michel Platini la présidence non exécutive de la future société des clubs, pour un mandat de transition limité dans le temps, avec à ses côtés les gestionnaires professionnels que la loi prévoit. À lui l’arbitrage entre grands et petits, le dialogue avec l’UEFA, la crédibilité face aux diffuseurs. À eux la gestion quotidienne. La feuille de route s’écrit presque seule : rééquilibrer la répartition des droits, aborder l’appel d’offres avec un produit défendable, protéger la formation, seule richesse que personne ne nous a encore prise.

Reste l’obstacle principal : lui-même. En 2023, il fermait la porte de la Fédération d’une formule sèche, « le pouvoir, ça se prend ou ça ne se prend pas ». Mais le ton a changé. Fin 2025, en présentant sur scène la série documentaire que Canal+ lui consacre, il glissait : « Revenir dans le football, pourquoi pas, mais à condition de trouver la bonne idée. » La série a été diffusée le 23 août. Le 30, il était l’invité du Canal Football Club. Platini est revenu dans la lumière. La bonne idée, la voici. À ceux qui détiennent les clés de la réforme de décrocher le téléphone avant février.

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Lucas Chambert, passé par But et France Football, arpente les pelouses des stades français depuis 15 ans.

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