Le nouveau sélectionneur portugais a laissé Cristiano Ronaldo sur le banc à Oslo. Furieux, l’attaquant a quitté le rassemblement de la Seleção mercredi, à la veille d’une victoire au Danemark. Jorge Jesus devient le premier entraîneur à remporter le bras de fer face à la star au Portugal.
Cristiano Ronaldo n’était pas à Copenhague jeudi soir pour voir le Portugal s’imposer face au Danemark (2-4), lors de la troisième journée de la Ligue des nations. L’attaquant avait quitté la veille le rassemblement de l’équipe nationale, ulcéré de n’avoir pas joué une seule minute dimanche lors de la victoire en Norvège (1-2). Une crise ouverte, deux semaines seulement après l’arrivée de Jorge Jesus sur le banc portugais.
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Jorge Jesus avait prévenu Ronaldo dès sa première convocation
Le 18 septembre, en banlieue de Lisbonne, Jorge Fernando Pinheiro de Jesus présentait sa première liste de sélectionneur. Cristiano Ronaldo, qui fêtera ses 42 ans le 5 février, y figurait. Interrogé sur sa gestion du temps de jeu du quintuple Ballon d’or, le technicien lui avait reconnu un « statut différent », tout en prévenant que « le passé ne compte pas » et ne pèserait « en rien » dans ses choix. « Cris est un joueur comme les autres. S’il est performant, il joue. S’il ne l’est pas, il ne joue pas », avait-il tranché.
De Galles à Oslo, la mise à l’écart de Cristiano Ronaldo
Les actes ont suivi. Contre le pays de Galles (1-0), Jorge Jesus a remplacé Ronaldo à la 67e minute, expliquant vouloir des « jambes fraîches pour presser les défenseurs centraux ». À Oslo, il l’a laissé sur le banc pendant toute la rencontre.
L’entraîneur reconnaît une erreur dans la gestion de l’échauffement. « Peut-être que mon erreur a été de le faire s’échauffer à la 45e minute. J’aurais dû le faire 15 minutes plus tard. C’est là qu’il s’est fâché contre moi, mais l’intention a toujours été de défendre l’équipe et de le défendre lui », a-t-il raconté. Il assure avoir convenu avec son joueur d’une entrée pour la dernière demi-heure, avant de changer d’avis : « Le match ne l’exigeait pas. Gonçalo Ramos jouait bien, il avait marqué un but, on lui en avait refusé un autre, et j’ai senti que ce n’était pas le bon moment pour le remplacer. »
Quelques jours plus tôt, Ronaldo affichait pourtant une tout autre disposition : « S’ils veulent que je joue, je jouerai. S’ils veulent que j’aille en tribune, j’irai. »
Fernando Santos, Roberto Martínez : les précédents d’une sélection construite autour de CR7
Jorge Jesus n’est que le deuxième sélectionneur à oser asseoir Ronaldo sur le banc. Fernando Santos l’avait fait lors de la phase à élimination directe du Mondial 2022 au Qatar. Après l’élimination en quarts de finale face au Maroc, le joueur avait eu le dernier mot. Son successeur, l’Espagnol Roberto Martínez, lui a ensuite toujours accordé sa confiance et a bâti l’équipe autour du plus grand footballeur de l’histoire du pays.
Ce cycle s’est refermé en juillet, avec la défaite face à l’Espagne en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Pendant le tournoi, Jorge Jesus savait déjà qu’il prendrait la suite. La Fédération l’a choisi après cet échec.
Un projet de jeu collectif hérité de Johan Cruyff
Depuis les tribunes du Mondial, le futur sélectionneur a fait un constat : la présence de Ronaldo dans le onze pénalisait le pressing haut, faute d’investissement défensif suffisant de l’attaquant. Admirateur de Johan Cruyff, au point de s’être rendu à Barcelone au début des années 1990 pour observer les entraînements de la Dream Team, Jorge Jesus veut une équipe qui bouge d’un seul bloc, sans privilèges. C’est cette formule qui l’a fait gagner à Benfica et à Flamengo.
Avoir remporté la saison dernière le championnat saoudien avec Ronaldo à Al-Nassr n’a pas modifié son jugement. L’attaquant y avait inscrit 28 buts en 30 matchs. Mais le technicien a estimé que ses performances au plus haut niveau ne correspondaient plus au style qu’il veut imposer à la Seleção.
Qui est Jorge Jesus, le nouveau sélectionneur du Portugal ?
Né en 1954 dans une famille modeste du quartier de Venda Nova, à Amadora, banlieue ouvrière de Lisbonne, Jorge Jesus a travaillé comme aide-soudeur dans une usine de câbles électriques de la capitale avant de devenir footballeur. À 72 ans, ceux qui le connaissent le décrivent comme un homme direct, exigeant, au caractère volcanique.
Son palmarès d’entraîneur pèse lourd : trois championnats et six coupes avec Benfica, puis le championnat, la Supercoupe, la Copa Libertadores et la Recopa Sudamericana avec Flamengo. Un parcours qui lui donne aujourd’hui l’autorité pour réussir ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait obtenu : faire passer le collectif avant Cristiano Ronaldo.