Qui sont les meilleurs joueurs de l’histoire du Red Star et pourquoi ? Ce classement en dix noms raconte un club populaire porté par des trajectoires hors normes.
Cinq Coupes de France. Aucun titre de champion. Un club fondé à Paris en 1897, installé à Saint-Ouen depuis un siècle, qui n’a pas joué en Division 1 depuis quarante-huit ans. Le Red Star a produit des joueurs élus meilleurs de leur génération, des buteurs à des ratios que peu de clubs français ont jamais approchés, un international vainqueur de deux Coupes des confédérations. Ce classement des dix noms qui ont le mieux porté l’identité audonienne ne prétend pas clore le débat il l’ouvre.
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Au stade Pershing, ce printemps-là, un gardien monte les marches du vestiaire en boitant. Pierre Chayriguès n’a pas joué depuis des semaines. Son genou a lâché en cours de saison. Pourtant, le 24 avril 1921, il est là, entre les poteaux du Red Star, pour la finale de la Coupe de France contre l’Olympique de Paris.
Le Red Star l’emporte 2-1. Devant 18 000 spectateurs. C’est le premier titre national du club.
Ce détail un gardien qui joue blessé pour un club qui a besoin de lui n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose sur ce que le Red Star a toujours été : un endroit où l’individu porte l’institution, rarement l’inverse. Ce club fondé en 1897 par Jules Rimet, futur père de la Coupe du monde, a remporté cinq Coupes de France sans jamais gagner un championnat de Division 1, le premier échelon du football professionnel français. Il a formé ou accueilli des joueurs élus meilleurs de leur génération. Et il n’est pas monté en Ligue 1 depuis 1978.
Chayriguès reste, avec le Luxembourgeois Julien Darui, l’un des deux gardiens les plus importants de l’histoire du club. Leur point commun : tous deux ont révolutionné le poste à leur époque. Chayriguès mesure 1,66 m, taille jugée rédhibitoire en 1911 pour un gardien de but. Il invente le dégagement au poing, la sortie dans les pieds, le plongeon latéral. En 1924, il participe aux Jeux olympiques de Paris avec les Bleus. En 2016, « France Football » le place dans le onze des soixante-treize meilleurs joueurs français du siècle. Il aura gardé les cages du Red Star quatorze ans, de 1911 à 1925, accumulant vingt-et-une sélections en équipe de France, un record pour l’époque à ce poste.
Darui, lui, n’est resté que deux saisons à Saint-Ouen. Deux saisons suffisent.
Arrivé à l’été 1940, à vingt-trois ans, le jeune gardien lorrain s’impose dans une équipe déjà chargée de talent. En 1942, il garde ses cages inviolées lors de la finale de la Coupe de France contre le FC Sète. Le Red Star l’emporte 2-0. En 1999, un jury de journalistes de « L’Équipe » le désigne meilleur gardien français du XXe siècle, au-dessus de Carnus, d’Ettori, de Barthez à l’époque encore en activité. L’élection fait encore débat. Le palmarès de Darui au club, lui, ne se discute pas.
Ce que ces deux gardiens disent du Red Star : le club a toujours reconnu, avant les autres, des profils qui pensaient leur poste autrement. Chayriguès était trop petit. Darui était trop rapide, trop spectaculaire, insuffisamment académique pour les standards de l’époque. À Saint-Ouen, cela ne posait pas de problème. Ce rapport singulier au talent, repérer ce que les autres écartent, ne s’est pas limité aux gardiens.
Cinq trophées, quatre joueurs qui les ont portés
Aucune des cinq Coupes de France remportées par le Red Star, en 1921, 1922, 1923, 1928 et 1942, ne peut s’expliquer sans au moins l’un des quatre noms qui suivent.
Lucien Gamblin est arrivé au club en 1907, à seize ans. Il en est parti en 1925, avec dix-sept sélections en équipe de France et trois Coupes de France au palmarès. Défenseur et capitaine, il a traversé la Première Guerre mondiale au front, « Le Sporting » en fait un sujet de couverture en janvier 1916, avant de reprendre le brassard à son retour. Le 5 mai 1921, il dirige la première victoire de l’équipe de France contre l’Angleterre, au stade Pershing. Il finira journaliste sportif, d’abord à « L’Auto », puis à « France Football ».
Paul Nicolas l’a rejoint en 1919, convaincu par Gamblin lui-même après les Jeux interalliés, une compétition sportive organisée à Paris à la fin de la Grande Guerre pour les soldats alliés démobilisés. En neuf saisons à Saint-Ouen, Nicolas remporte quatre Coupes de France, 1921, 1922, 1923 et 1928. Aucun joueur, dans l’histoire du football français, n’avait accompli cela avec le même club avant lui. En équipe de France, il inscrit vingt buts en trente-cinq sélections, dont un quadruplé aux Jeux olympiques de 1920. Il participe à trois Olympiades. Après sa carrière de joueur, il devient sélectionneur national lors de la Coupe du monde 1958 en Suède.
Alfred Aston entre en scène en 1932. Fils d’un père anglais des haras de Chantilly, ancien apprenti jockey d’1,65 m, il est l’ailier droit le plus redouté de sa génération. Entre 1932 et 1938, il dispute 168 matchs sous le maillot vert et blanc, inscrit 56 buts. En 1937-1938, la presse sportive européenne le désigne meilleur ailier du continent. En 1938, à Highbury, il est le seul Français retenu dans le onze continental face à l’Angleterre. Cette année-là, un accident de travail lui coûte deux doigts de la main droite. Il continue de jouer.
André Simonyi arrive de Lille en 1936, avec déjà 37 buts en Division 1 derrière lui. En 1938-1939, saison de Division 2, deuxième échelon national, il marque 32 buts en 38 matchs, et le Red Star remonte directement. La saison suivante, de retour au premier échelon, il inscrit 21 buts malgré une relégation collective. En 1942, il remporte la Coupe de France aux côtés d’Aston. Il est le meilleur buteur de l’histoire du club, avec 79 buts sous les couleurs audonniennes. En 1993, il donne le coup d’envoi du millième match du Red Star en Division 2. Il a 79 ans.
Ces quatre joueurs ont été actifs au Red Star sur une période de trente-cinq ans, de 1907 à 1942. Pendant ce demi-siècle, le club remporte cinq titres nationaux. Ce que la génération suivante va découvrir, c’est qu’un club peut produire des buteurs exceptionnels sans que cela suffise à construire un palmarès.
72 buts en D2 : pourquoi personne n’en parle ?
En 1954-1955, un attaquant suédois marque 33 buts en 37 matchs de Division 2 pour le Red Star. Pour comparaison, Kylian Mbappé a inscrit 33 buts en Ligue 1 lors de sa meilleure saison au Paris Saint-Germain, en 2018-2019. Bror Mellberg n’est pas dans les dictionnaires du football français.
Mellberg arrive à Saint-Ouen en 1953. Il y reste trois saisons. Au total : 103 matchs, 72 buts en championnat, 15 la première année, 33 la deuxième, 24 la troisième. Il est le troisième meilleur buteur de l’histoire du club, derrière Simonyi et Samuel Michel.
Son invisibilité nationale tient à deux facteurs. Premier facteur : il ne joue qu’en Division 2, dans un club qui ne monte pas. Deuxième facteur : en 1955, une affaire de corruption prive le Red Star d’une promotion qui lui était due. Le club redescend sportivement là où il était monté. Mellberg quitte Saint-Ouen en 1956. Il n’a jamais joué en Division 1 française.
Nestor Combin arrive dix-sept ans plus tard, en 1973. Lui a fait carrière à la Juventus, au Torino, au Milan AC et en équipe de France lors du Mondial 1966. Il a trente-deux ans quand il signe à Saint-Ouen. En 1973-1974, première saison, il inscrit 24 buts en 34 matchs de Division 2, meilleur buteur du championnat cette année-là. Le Red Star termine vice-champion du deuxième échelon, sans accéder à la Division 1. En deux saisons, Combin totalise 41 buts en 69 matchs pour le club.
Sa deuxième saison, 1974-1975, est aussi la dernière du Red Star en première division nationale avant une absence de quatre décennies. Ce n’est pas Combin qui a quitté le club, c’est le club qui a quitté l’élite, et il n’est pas revenu.
267 matchs sans titre : l’autre manière d’être une légende
Jean-Luc Girard n’a jamais joué en Division 1. Il n’a jamais été international. Il n’est jamais monté sur un podium de Coupe de France. Son nom ne figure dans aucun manuel d’histoire du football français.
Il a disputé 267 matchs en Division 2 sous les couleurs du Red Star, de 1986 à 1997. Le site officiel du club le recense comme son joueur le plus capé, avec 243 matchs officiels toutes compétitions confondues selon le décompte interne.
Girard arrive à Saint-Ouen en 1986, en provenance du PSG, où il a été formé mais n’a pas percé en D1. Il y reste onze ans. Il joue sous les ordres de Robert Herbin, l’entraîneur emblématique de Saint-Étienne, recruté en 1992 pour relancer le projet sportif audonien. L’équipe monte aux portes de la Division 1 de 1993 à 1996, sans jamais franchir le palier. Girard est le liant de cette tentative avortée : milieu de terrain d’1,68 m, adroit techniquement, peu spectaculaire.
Après sa retraite sportive en 1997, il reste au club. Entraîneur, directeur sportif. Il remporte le championnat de Division d’Honneur de Paris en 2005 et le Groupe A de CFA 2 en 2006, le CFA 2 étant le cinquième échelon du football français à l’époque. Deux titres régionaux pour onze ans de fidélité professionnelle.
À ses côtés, dans les années 1990, évolue un attaquant de dix-sept ans formé au centre de formation du club.
Coupe des confédérations à 28 ans, National à 37
Steve Marlet est né à Pithiviers en 1974. Il rejoint le centre de formation du Red Star à la fin des années 1980. En 1991-1992, il dispute sept matchs en championnat et marque un but. Cinq ans plus tard, il en est à 137 matchs et 40 buts pour le club, dont 16 buts lors de sa dernière saison à Saint-Ouen, 1995-1996, son record personnel au club.
Ce printemps 1996, l’AJ Auxerre le recrute. La suite : Lyon, Fulham, Marseille, vingt-trois sélections en équipe de France, six buts internationaux. En 2001, il remporte la Coupe des confédérations avec les Bleus, un tournoi organisé par la FIFA réunissant les champions de chaque confédération continentale, en Corée du Sud et au Japon. En 2003, il la gagne à nouveau, en France. Deux titres internationaux pour un joueur formé dans un club qui n’avait pas joué en D1 depuis 1978.
En 2011, il revient à Saint-Ouen. Le Red Star évolue alors en National, troisième division nationale, après plusieurs années de descentes successives et deux dépôts de bilan. Marlet dispute vingt matchs, inscrit deux buts. Il a trente-sept ans.
En 2015, le club remporte le championnat National et retrouve la Ligue 2 pour la première fois depuis 2002. Marlet n’est plus là. Il avait remis le maillot vert et blanc quatre ans plus tôt, le temps d’une saison, dans un stade Bauer en travaux perpétuels. Personne ne lui avait demandé pourquoi il revenait. Il n’avait pas expliqué.