Il avait juré de ne jamais faire tout ça. Ni commentateur, ni patron d’académie, ni voix du circuit. John McEnroe, 67 ans, a brisé toutes ses promesses et c’est probablement la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis Wimbledon 1981. En mai 2026, il commente Roland-Garros pour TNT Sports, refait le tennis depuis un micro et règne sur le plus grand club indoor de Manhattan. Le rebelle est devenu institution. Il s’en amuse le premier.
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Dallas, 7 février 2026
Il est 20 heures au Ford Center at The Star, à Frisco, Texas. John McEnroe s’avance sur le court, raquette en main, à 67 ans. Son partenaire de double pour la soirée est John Isner. En face : Andy Roddick et Sam Querrey. C’est un match exhibition dans le cadre de l’All-American Classic, en marge du Dallas Open. Rien d’officiel. Mais McEnroe n’a pas changé de registre.
« J’ai de grands souvenirs de Dallas et j’ai hâte de rejouer avec Andy, John et Sam », a-t-il déclaré avant de monter sur le court.
Le lendemain matin, ATP Media le retrouve en salle de presse. On lui parle de Djokovic, de Nadal, de Federer, ces joueurs qui ont dominé le circuit pendant vingt ans. McEnroe écoute, puis lâche une phrase qui dit plus sur lui que n’importe quelle biographie : « La leçon que j’en tire, un peu tard, c’est que j’aurais peut-être dû me pousser un peu plus à l’époque. Les leçons de vie arrivent tard, mais elles arrivent. »
« Tout ce que j’avais dit que je ne ferais jamais »
En juillet 2024, McEnroe est l’invité de la chaîne YouTube Hana Kuma pour une conversation avec Nick Kyrgios. Il parle de sa reconversion. Sans filet. « Pratiquement tout ce que j’avais dit que je ne ferais pas après ma carrière de joueur, je l’ai fait. J’avais dit que je ne jouerais jamais en seniors, que je ne serais jamais commentateur. Je ne me ferais pas prendre à faire ça. J’avais aussi dit que je ne posséderais jamais d’académie de tennis et que j’en avais assez de ces gens. »
Il a tout fait.
En mai 2026, TNT Sports, diffuseur de Roland-Garros au Royaume-Uni, confirme sa présence comme analyste principal pour les deux semaines du tournoi parisien. Aux côtés d’Andre Agassi, Lindsay Davenport, Jim Courier, Venus Williams et de la nouvelle recrue Genie Bouchard. Avec son frère Patrick, il anime The MacZone, un segment dédié aux temps forts du tournoi, diffusé sur truTV et Max. Quelques mois plus tôt, en janvier 2026, il commentait l’Open d’Australie pour Channel Nine, aux côtés de Jim Courier, Lleyton Hewitt et Jelena Dokic.
Sa reconversion télévisuelle n’est pas le seul chapitre de cet après-carrière construit malgré lui. En 2010, McEnroe lance la John McEnroe Tennis Academy (JMTA). En 2019, le campus phare de Randall’s Island ouvre ses portes à Manhattan : 33 courts intérieurs et extérieurs, plus de 260 000 m² de surface. L’académie compte aujourd’hui cinq sites répartis entre New York, Long Island et Westchester.
De 2017 à 2024, il a également été le capitaine de la Team World à la Laver Cup, sept éditions consécutives face à Björn Borg, puis Rafael Nadal, à la tête de la Team Europe. En mai 2024, il passe la main à Andre Agassi. À San Francisco, en septembre 2025, Agassi remporte le trophée dès sa première année.
Le réformateur du tennis
Le 13 mai 2026, McEnroe est l’invité du podcast Rushmore aux côtés de Maria Sharapova. Le sujet : faut-il instaurer le format cinq sets pour les femmes dans les Grands Chelems ? Sharapova balaie l’idée : « Non chance. Je n’y crois pas. » McEnroe, lui, prend une direction inattendue. Il ne défend pas les cinq sets tels quels. Il propose de maintenir le best-of-five masculin, mais de remplacer le cinquième set décisif par un super tie-break à 10 points en cas d’égalité à deux sets partout. « Ce serait une sorte de compromis », a-t-il indiqué, en ajoutant que « l’endurance des hommes diminue aussi ».
Ce n’est pas la première fois qu’il veut réécrire les règles du circuit. Depuis des années, il appelle à la désignation d’un « patron du tennis mondial » chargé de gouverner un circuit fragmenté entre l’ATP, l’ITF et les Grands Chelems.
En août 2025, sur ESPN, il a formulé ce qui est probablement sa déclaration la plus commentée depuis plusieurs années : « Ce gamin Carlos Alcaraz à 21 ou 22 ans est le joueur le plus talentueux que j’aie jamais vu sur un court de tennis. C’est plus que Roger Federer, Nadal et Djokovic, que je respecte énormément. » En février 2026, à Dallas, on lui demande s’il envisage de le coacher. Sa réponse : « Je lui donnerais une tape dans le dos avant qu’il monte sur le court. Pour des joueurs aussi talentueux, la plupart des choses qu’on leur dit, ils les savent déjà. »
Melbourne, 21 janvier 1990
En avril 2026, Tennis Australia lance SNAP : The John McEnroe Default Saga, une série documentaire de quatre épisodes. McEnroe y participe aux côtés de l’arbitre Gerry Armstrong et de Pat Cash. Le sujet : la scène la plus controversée de sa carrière.
Ce soir-là, Open d’Australie, quatrième set, McEnroe contre le Suédois Mikael Pernfors. Le score avant le default : 6-1, 4-6, 7-5, 2-4 en faveur de l’Américain. Puis trois violations du code de conduite s’accumulent. L’arbitre Gerry Armstrong annonce le default. C’est le premier joueur expulsé d’un Grand Chelem depuis 1963. Dans le stade Flinders, 15 000 spectateurs scandent « Justice, Justice ».
McEnroe quitte le court. Quelques minutes après, il déclare : « Je n’ai vraiment que moi à blâmer. »
Trente-six ans plus tard, c’est Tennis Australia elle-même qui produit le document sur cet épisode. Et McEnroe accepte de s’y confronter.
1984 : la saison que personne n’a effacée
Andy Roddick, ancien n°1 mondial, l’a formulé en décembre 2024 sans détour : « Il n’y a qu’un seul record qui n’a pas été battu. Personne n’a fait mieux que McEnroe. »
La saison 1984 de John McEnroe : 82 victoires, 3 défaites. 96,5% de succès. Wimbledon, US Open, WCT Finals, Masters, 13 titres en une seule année. La première défaite n’arrive qu’après 42 victoires consécutives.
Le 10 juin 1984, finale de Roland-Garros. McEnroe est en train de réussir l’impossible : un Grand Chelem calendaire. Face à Ivan Lendl, il prend les deux premiers sets 6-3, 6-2, puis mène 3-1 dans le troisième set. La victoire semble acquise. Et là, quelque chose se dérègle. Lendl renverse le match, point par point. Final : 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5 en plus de quatre heures.
McEnroe ne jouera plus jamais la finale de Roland-Garros. C’est le seul Grand Chelem manquant à son palmarès.
La Légion d’honneur, ou le paradoxe français
Le 29 mai 2024, Emmanuel Macron remet à John McEnroe la Légion d’honneur à l’Élysée. Macron salue « une légende du sport mondial, un des plus grands de tous les temps ». McEnroe entre ainsi dans la liste des rares sportifs étrangers décorés par la France, après Billie Jean King.
Quelques jours avant la cérémonie, interrogé par la presse, McEnroe a indiqué : « C’est une récompense très spéciale. Elle revient aux gens qui perdent à chaque fois qu’ils jouent à Roland-Garros. J’espère qu’il y aura une bonne raison pour laquelle Macron me la remet. Ça va être l’un des plus beaux jours de ma vie. »
La France récompense l’homme qui lui a le plus résisté. McEnroe transforme l’hommage en pique. L’équilibre est intact.
Le tie-break du siècle et l’insulte fondatrice
Le 5 juillet 1980, finale de Wimbledon, quatrième set. Björn Borg mène deux sets à un et possède deux balles de match dans le jeu décisif. McEnroe les sauve toutes les deux. Il continue. Il sauve cinq balles de match en tout. Le tie-break dure 22 minutes, 34 points, et se conclut 18-16 en faveur de l’Américain.
Borg remporte le cinquième set 8-6 et son cinquième titre consécutif à Wimbledon. McEnroe perd le match. L’année suivante, en 1981, il revient sur le même gazon et bat Borg en finale, mettant fin à sa série de 41 victoires consécutives à Wimbledon. Borg ne reviendra plus jamais sur le circuit.
Entre ces deux finales, McEnroe a produit la phrase qui a traversé les décennies. C’était le 22 juin 1981, premier tour, face à Tom Gullikson. L’arbitre Ted James annonce une faute sur son service. McEnroe se retourne : « You cannot be serious ! », puis ajoute à l’intention du juge de chaise : « You are the pits of the world. » Il remporte le tournoi. Le All England Club, en guise de récompense, refuse de lui accorder la traditionnelle adhésion honoraire en raison de ses débordements.
Au total : 7 Grands Chelems en simple, 4 US Open (1979, 1980, 1981, 1984) et 3 Wimbledon (1981, 1983, 1984), 9 en double, 1 en mixte à Roland-Garros. 170 semaines au rang de n°1 mondial. 877 victoires en carrière pour 198 défaites. Intronisé au Hall of Fame en 1999.
Né à Wiesbaden, formé à Queens, galeriste à Manhattan
John Patrick McEnroe Jr. naît le 16 février 1959 à Wiesbaden, en Allemagne. Son père est officier dans l’US Air Force. La famille rentre aux États-Unis et s’installe à Douglaston, dans le Queens. À neuf ans, ses parents l’inscrivent au club de tennis local. À douze ans, il entre à la Port Washington Tennis Academy. À dix-huit ans, il joue Wimbledon depuis les qualifications, en tant qu’amateur, et atteint les demi-finales : aucun qualifié n’était allé aussi loin dans l’ère open.
Il étudie à la Trinity School, l’une des meilleures écoles privées de New York, puis intègre Stanford, où il mène l’équipe universitaire au titre national. Il abandonne les études après un an pour le circuit professionnel.
En 1993, il ouvre une galerie d’art à Manhattan. Sa collection personnelle réunit des œuvres de Yayoi Kusama, Glenn Ligon et Henry Darger. Un Picasso, vendu en 2009 pour 10,4 millions de dollars, en faisait partie. C’est Andy Warhol qui lui a ouvert les portes du marché de l’art new-yorkais dans les années 1980. Aujourd’hui, il est considéré comme un acteur sérieux du marché de l’art contemporain américain.
Il n’avait pas prévu ça non plus.