Le Havre AC, club doyen du football français, a produit des cracks passés par Milan, Lyon ou Paris. Voici les dix meilleurs joueurs de l’histoire du HAC.
Le Havre Athletic Club est l’un des plus vieux clubs professionnels de football français encore en activité. Son palmarètre ne reflète pas ce qu’il a produit. Depuis trente ans, chaque grande génération havraise a suivi le même chemin : se former avenue Félix-Faure, s’imposer en Normandie, partir ailleurs pour gagner des titres. Ce classement des dix meilleurs joueurs de l’histoire du HAC est aussi le récit de ce que le club n’a jamais réussi à retenir.
Il portait le ciel et la marine depuis ses 16 ans
Le nom sur la façade du centre de formation, avenue Félix-Faure, est celui d’un homme mort le 6 mai 2021 à 49 ans d’une péritonite. Christophe Revault n’avait rien gagné avec Le Havre. Aucun titre national, aucune finale européenne. Le club lui a quand même donné son nom.
Revault arrive à la Cavée Verte en 1988, à 16 ans, en provenance de la région clermontoise. Il dispute ses 100 premiers matchs de Ligue 1, l’élite du championnat de France, sous les couleurs havraises entre 1992 et 1997. Sur cette période, il reçoit trois fois consécutives l’Étoile d’Or de France Football, trophée qui récompense le gardien le plus régulier du championnat, en 1995, 1996 et 1997. À l’époque, Bernard Lama et Fabien Barthez dominent la hiérarchie nationale ; Revault les devance trois années de suite dans ce vote des journalistes.
Il part ensuite au PSG, à Rennes, à Toulouse. Il revient au HAC en 2007, devient capitaine, participe au titre de champion de Ligue 2 2007-2008, la deuxième division. Puis reste : conseiller du président, recruteur, entraîneur intérimaire à deux reprises, appelé à dépanner davantage qu’à s’installer dans la durée. Le club qu’il ne quitte plus est celui qui l’a laissé partir au milieu des années 1990.
En juin 2023, le Havre et la Ville dévoilent une plaque au nom de Christophe Revault sur le centre de formation de la Cavée Verte. Le bâtiment porte désormais celui d’un gardien que le club n’a jamais véritablement conservé au sommet de sa carrière.
Six titres de D2, une Coupe de France, et une règle non écrite
Le palmarès du Havre Athletic Club tient en deux lignes. Une Coupe de France, en 1959. Six titres de champion de deuxième division, le dernier en 2022-2023. Aucun titre de champion de France de première division. Aucune finale européenne.
Ces chiffres ne correspondent pas à la qualité des joueurs que le club a produits. Ibrahim Ba rejoint l’AC Milan en 1997, l’un des clubs majeurs d’Italie, et remporte le titre de champion en 1998-1999. Vikash Dhorasoo soulève deux titres de champion de France avec l’Olympique Lyonnais, en 2003 et 2004. Guillaume Hoarau signe au PSG à l’été 2008 et devient international français, convoqué en équipe de France A en 2009. Le HAC n’a gagné avec aucun d’eux.
La raison est mécanique. Le club ne dispose pas des ressources financières pour conserver ses meilleurs éléments au moment où ils atteignent leur plein rendement, comme l’expliquent les dirigeants interrogés ces dernières années. La vente de Dhorasoo à Lyon en 1998 est alors l’un des transferts les plus importants de l’histoire du club, même si le montant exact varie selon les sources et n’est pas confirmé par des documents récents. C’est une opération de survie économique, pas une décision sportive isolée.
À chaque génération, la même scène se rejoue : les meilleurs s’en vont, les titres se gagnent ailleurs.
Harfleur, 1973 : la naissance d’un milieu de légende
Vikash Dhorasoo naît le 10 octobre 1973 à Harfleur, à quelques kilomètres du stade Deschaseaux. Il grandit dans le quartier de Caucriauville, rejoint le centre de formation du HAC enfant, et dispute son premier match en élite le 11 août 1993 contre Saint-Étienne. Score : 0-0.
Sur les cinq saisons suivantes, il joue plus de 130 matchs de Ligue 1 sous les couleurs havraises, pour quelques buts, selon les bases statistiques consultées. Dans une Division 1 dominée physiquement, Dhorasoo, 1,68 m pour 63 kg, s’impose par une précision de passe et une vitesse balle au pied rares à l’époque dans le championnat. L’Étoile d’Or France Football 1997-1998, qui couronne le joueur le plus régulier de la saison, consacre sa dernière année au HAC.
Ibrahim Ba suit une trajectoire parallèle. Né le 12 novembre 1973 à Dakar, arrivé au HAC au début des années 1990, il dispute plus d’une centaine de matchs de championnat en cinq saisons pour une poignée de buts. Ce n’est pas un avant-centre : c’est un ailier gauche dont le dribble court et la percussion pèsent sur le couloir havrais entre 1991 et 1996. Sa saison 1994-1995 lui vaut un transfert vers les Girondins de Bordeaux, puis vers le Milan AC, qui figure alors parmi les meilleures équipes d’Europe.
Dhorasoo et Ba ont joué ensemble au HAC. Leur départ marque la fin d’une génération que le club n’a pas prolongée au-delà de ses premières années en Ligue 1.
28 buts, un titre, et le prochain bus pour Paris
La saison 2007-2008 de Guillaume Hoarau reste, à ce jour, la meilleure performance individuelle d’un attaquant havrais à l’ère professionnelle moderne. Il inscrit 28 buts en championnat avec Le Havre cette saison-là, en Ligue 2. Le meilleur buteur de Ligue 2 la saison précédente tournait autour de la vingtaine de buts, ce qui donne l’ampleur du rendement de l’attaquant réunionnais. Hoarau termine meilleur buteur et meilleur joueur de la saison. Le HAC est champion de Ligue 2.
Né à La Réunion, formé au HAC, Hoarau avait quitté le club en prêt pour Gueugnon, autre club de deuxième division, en 2006-2007 avant ce retour. La saison suivant le titre, il signe au PSG, qui lui ouvre les portes de l’équipe de France. Son départ, acté à l’été 2008, intervient un an après sa saison record. Le HAC retrouve la Ligue 1 sans l’attaquant de la montée.
Au total, Hoarau disputera plus de 400 matchs en clubs et inscrira près de 200 buts au cours de sa carrière, selon les données des instances officielles et des bases statistiques les plus récentes. Sa meilleure saison absolue reste celle disputée avec Le Havre, à 24 ans, en deuxième division.
Il boucle la boucle en rejoignant la JS Saint-Pierroise, son club amateur d’origine à La Réunion. Le titre de 2008, lui, reste au palmarès du HAC sans le joueur qui l’a porté.
463 matchs balayés en un coup de fil
À l’été 2022, quelques jours avant la reprise de l’entraînement, le directeur sportif du HAC Mathieu Bodmer appelle Alexandre Bonnet. Le message est court : son contrat ne sera pas renouvelé. Bonnet a 35 ans, 13 saisons au club, plus de 450 matchs selon les bases de données, soit l’un des totaux les plus élevés de l’histoire du club depuis sa création au XIXe siècle. « Je n’ai pas eu plus d’explications », a déclaré Alexandre Bonnet à Foot Normand.
La même semaine, Jean-Pascal Fontaine apprend lui aussi son départ. Formé au HAC, arrivé en équipe première en 2007, il totalise plus de 370 matchs toutes compétitions confondues, deuxième total historique du club derrière Bonnet d’après les données récentes. Les deux joueurs les plus capés de l’histoire havraise quittent le club presque simultanément, à la veille de la saison de remontée en Ligue 1 qu’ils ont, ensemble, contribué à construire.
Bonnet et Fontaine ne jouent pas la montée historique de 2022-2023. Ils la regardent depuis l’extérieur.
En 2023, le HAC est champion de Ligue 2 et remonte en première division. Sur la photo officielle, les deux hommes qui ont tenu le milieu havrais pendant quinze ans ne sont pas là.
Un centre de formation, trois absences, et un vide dans les archives
Ce classement des dix meilleurs joueurs havrais repose sur des données vérifiées et croisées entre bases statistiques, presse sportive nationale et site officiel du club. Trois noms n’y figurent pas, faute de statistiques complètes accessibles dans les sources récentes.
Jean-Pierre Bourgier, gardien du HAC des années 1960 et 1970, est cité par les anciens comme une référence de l’histoire havraise. Bourgier lui-même, interviewé par Boulevard des Champions en 2023, se présente comme ancien gardien du HAC sans que ses statistiques complètes soient répertoriées dans les bases publiques disponibles. André Strappe, capitaine de l’équipe qui remporte la Coupe de France 1959 et auteur de plusieurs sélections en équipe de France entre la fin des années 1940 et le début des années 1950, appartient à une époque où les feuilles de match détaillées sont rares dans les archives consultables aujourd’hui. Norbert Yvinec, attaquant havrais entre le milieu des années 1960 et le début des années 1980, présente le même déficit documentaire dans les bases récentes.
Le football français commence à systématiser ses archives statistiques au tournant des années 1970, comme le rappellent les historiens du championnat. Ce qui précède reste fragmentaire, même pour les clubs dont l’histoire remonte au XIXe siècle.
Sur le bâtiment du centre de formation, le nom de Christophe Revault est inscrit en lettres bleues. Dans les registres numériques accessibles, ceux de Jean-Pierre Bourgier manquent encore.
Club mythique ! Vive Le Hac !