Il a formé un international français et reçoit des candidatures venues des États-Unis. Ses éducateurs, eux, encadrent le soir les adolescents de l’un des quartiers les plus sensibles de Seine-Saint-Denis. Entre ces deux missions tient un budget où l’argent public pèse peu.
En juin 1999, des joueurs du FC Montfermeil lynchent un adversaire de Neuilly-Plaisance. Le club écope de deux ans de suspension, une sanction ensuite ramenée à un an.
Au début des années 2000, un nouveau président prend la tête du club avec une consigne : ne plus se faire remarquer. Il renouvelle l’encadrement, revoit les méthodes de travail et ouvre une section féminine.
Les terrains du club se trouvent au milieu de la cité des Bosquets, dont les familles vivent alors entre pauvreté et délinquance. En 2005, dans la commune voisine de Clichy-sous-Bois, deux adolescents qui fuyaient la police, Bouna et Zyed, meurent dans un transformateur EDF. Pendant des semaines, des dizaines de banlieues françaises se soulèvent.
Le Havre AC : ce joueur exceptionnel
Le collège Jean-Jaurès accueille en semaine les mêmes adolescents que le club entraîne le soir et le week-end. Au début des années 2000, ses professeurs et son principal commencent à travailler avec les éducateurs du FC Montfermeil.
Vingt ans plus tard, les deux équipes collaborent toujours. Quand un licencié se comporte mal en classe, l’équipe pédagogique alerte le club, dont les éducateurs signalent en retour au collège les écarts constatés sur le terrain.
Le ballon au même rang que l’urbanisme
La mairie administre une ville de 30 000 habitants, dont les deux tiers sont étrangers ou d’origine étrangère. Elle entend redonner dignité et fierté à la population par la qualité de l’urbanisme et de l’espace public, puis par la culture et l’éducation, volet auquel elle rattache le sport.
Avec 1 300 licenciés, le FC Montfermeil est la première association de la commune. Ses relations avec l’hôtel de ville ont parfois été tendues. Elles sont restées franches.
William Saliba, aujourd’hui joueur d’Arsenal et de l’équipe de France, a été formé au FC Montfermeil. Partenaire de l’AS Saint-Étienne depuis plusieurs années, le club est aussi au centre d’un documentaire récemment diffusé par la plateforme américaine HBO.
Des joueurs américains écrivent désormais au club pour participer aux détections de ses U17 et U19 nationaux. L’an dernier, 600 candidats venus de toute la France ont passé un essai. Vingt places étaient à pourvoir.
Les deux équipes qui comptent le plus
Les U17 et les U19 disputent le plus haut niveau national de leur catégorie. Le club en fait ses deux priorités sportives, alors que leurs joueurs ne sont pas originaires de Montfermeil.
Dans le football amateur, des enfants de 11 ans s’entraînent aujourd’hui davantage que des adultes. Autour des jeunes talents d’Île-de-France gravitent de nombreux intermédiaires, et des gardiens d’immeuble servent de rabatteurs aux agents.
Le FC Montfermeil n’embauche que des éducateurs originaires de la ville. Il a aussi créé un poste de responsable de la relation avec les clubs professionnels, qui fait l’interface entre recruteurs et agents d’un côté, jeunes joueurs de l’autre. Son titulaire reçoit surtout les familles, pour leur expliquer le déroulement d’un recrutement et les dissuader de décider dans la précipitation.
Ce que rapporte un Saliba
Le FC Montfermeil dispose d’un budget annuel de 400 000 euros. La mairie lui verse 40 000 euros de subventions, auxquels s’ajoutent 10 000 euros au titre de la politique de la ville. L’Agence nationale du sport apporte 3 500 euros. Ces 53 500 euros d’argent public couvrent 13 % des dépenses.
Pour le reste, les dirigeants misent notamment sur les indemnités perçues lors des transferts d’anciens joueurs devenus professionnels. Le passage de William Saliba de Saint-Étienne à Arsenal a rapporté 170 000 euros au club, versés sur quatre ans.