Le Stade Lavallois a gardé sa place en Ligue 2 et son ancien capitaine au cœur du projet : Jimmy Roye, désormais adjoint, continue de peser sur chaque saison tango.
À Laval, certains maillots restent sur les épaules bien après la fin de carrière de ceux qui les ont portés. Jimmy Roye a quitté la pelouse en 2025, mais son nom accompagne encore les soirs de barrage comme les débuts de saison. Du brassard aux talkies-walkies des adjoints, son rôle s’est déplacé sans disparaître. Reste à voir jusqu’où cette voix continuera d’accompagner un Stade Lavallois qui cherche à stabiliser sa place en Ligue 2, après avoir dû passer par les barrages pour la conserver.
Roye sur le banc, Laval en équilibre
Au bord de la pelouse de Francis-Le-Basser, un homme en survêtement reste immobile alors que le stade se vide lentement. À quelques mètres de lui, les joueurs du Stade Lavallois viennent de saluer la tribune, encore secouée par le but qui a validé leur maintien en Ligue 2 au printemps 2026, lors d’un barrage retour gagné 1-0 contre Rouen après un match aller nul 1-1. Jimmy Roye, 37 ans, n’a plus de crampons ni de brassard, mais il porte désormais le short et le polo des adjoints d’Olivier Frapolli, qu’il accompagne depuis la reprise de l’entraînement à l’été 2025. Les chants des groupes de supporters couvrent les conversations à la sortie du virage, certains brandissant encore un maillot orange floqué de son nom, souvenir des saisons où il tenait le milieu lavallois. Rien, dans cette scène, ne renvoie aux soirées européennes des années 1980, mais tout rappelle la fragilité d’un club qui se bat pour rester au deuxième niveau national.
Un speaker annonce déjà la date du prochain match amical, programmé pour la fin juillet, comme pour signifier que ce maintien n’est qu’une étape dans une reconstruction plus longue.
Ligue 2, où évolue aujourd’hui le Stade Lavallois, est la deuxième division professionnelle du football français, juste en dessous de la Ligue 1 et au-dessus du National, qui constitue la troisième division. Dans ce paysage, un club comme Laval dispose d’un budget et d’une masse salariale inférieurs à ceux des relégués de Ligue 1 ou des candidats les plus ambitieux, ce que rappelait encore récemment un article spécialisé évoquant un budget compris autour de 10 millions d’euros, inférieur à ceux de clubs comme Metz ou Saint-Étienne. La préparation estivale de 2024, organisée en Bretagne, avait déjà montré la volonté du staff de « cimenter un nouveau groupe », selon les mots relayés par France Bleu Mayenne, pour affronter ces écarts de moyens. Ce cadre est nécessaire pour comprendre la portée des décisions prises autour de Jimmy Roye, d’abord capitaine, puis adjoint, dans un club qui se situe à la lisière du haut niveau et d’une descente vers le semi-professionnalisme.
Un recrutement pensé pour un projet de ville
La nouvelle fonction de Jimmy Roye, officialisée en 2025, s’ancre d’abord dans un geste net : le milieu met fin à sa carrière de joueur au printemps 2025, après un dernier match de Ligue 2 à Francis-Le-Basser, et annonce sa retraite dans la foulée. Il quitte alors le terrain avec plus de 140 rencontres disputées sous le maillot lavallois, selon le club, sur un total de 632 matches professionnels joués depuis ses débuts, entre Amiens, Calais, Niort, Ajaccio, le Red Star et Laval, soit l’équivalent d’une quinzaine de saisons pleines à ce niveau de compétition. Quelques semaines plus tard, le club confirme sa nomination comme entraîneur adjoint auprès d’Olivier Frapolli, en remplacement de Gilles Bourges, technicien breton parti à la retraite après avoir occupé ce rôle jusqu’en 2025. Le passage du vestiaire au banc se fait sans interruption : Roye retrouve l’entraînement dès la préparation estivale 2025-2026, au même titre que les recrues appelées à compenser les départs d’un effectif remanié.
La saison 2025-2026 met rapidement à l’épreuve ce nouvel organigramme. Le Stade Lavallois aborde son deuxième exercice consécutif en Ligue 2 après la montée obtenue en 2022, avec un budget qui le place dans la moitié inférieure des budgets du championnat, loin derrière les clubs les mieux dotés, comme le rappelait encore la presse spécialisée en 2026. La préparation, organisée en juillet 2024 sur la côte de Granit Rose, en Bretagne, annonce déjà l’enjeu : « cimenter un nouveau groupe », selon les termes des dirigeants interrogés par France Bleu Mayenne, en rappelant que le club s’est maintenu grâce à des joueurs en fin de contrat qu’il faudra remplacer. Sur la durée de la saison suivante, les Tango alternent séries positives et plongées dans la zone de relégation, jusqu’à ce que la double confrontation contre Rouen au printemps 2026, conclue par ce succès 1-0 au match retour, permette de sécuriser leur place en Ligue 2 pour une saison supplémentaire, comme l’a confirmé la Fédération française de football.
Les jours qui suivent ce succès laissent filtrer, dans la presse locale et nationale, l’idée de « grandes manœuvres » à venir : le club doit ajuster son effectif, clarifier certains dossiers contractuels et préparer une nouvelle phase de son projet, autour d’un staff désormais stabilisé.
Un vestiaire tenu à la voix et à l’effort
Pour comprendre la place de Jimmy Roye sur le banc lavallois, il faut revenir au début de l’histoire, en 2021. Le milieu arrive alors en National, troisième division organisée par la Fédération française de football, sollicité directement par le président Laurent Lairy, le coach Olivier Frapolli et le directeur sportif pour rejoindre un club qui n’a plus goûté à la Ligue 2 depuis plusieurs saisons et dont la fréquentation de Francis-Le-Basser décline. Dans un entretien accordé à 13heuresfoot et publié en janvier 2025, Roye raconte comment ces dirigeants lui ont présenté « un projet pour la ville », avec la volonté affichée de « reconquérir le peuple lavallois » en redonnant au stade un rôle central dans la vie locale. À ce moment-là, le joueur sort d’un passage au Red Star et d’un long séjour à Niort, où il a déjà connu une montée de National en Ligue 2, et il totalise déjà plus de 330 matches à ce niveau, soit l’équivalent de dix saisons pleines en deuxième division.
Le choix de Laval n’a rien d’évident pour un joueur qui pourrait viser des clubs mieux dotés, mais Roye décide d’accepter une baisse de salaire pour rejoindre la Mayenne, qu’il décrit comme un endroit « à part » par rapport à ses expériences précédentes, notamment à Niort et Ajaccio. Le président Lairy, élu à la tête du club en 2020, assume alors une ligne de conduite très précise : associer des cadres expérimentés à des joueurs formés localement ou repérés dans les divisions inférieures, afin de constituer une équipe capable de viser la montée sans dépendre d’investisseurs extérieurs. En recrutant un milieu de 31 ans déjà capitaine dans ses clubs précédents, la direction cherche autant un relais sur le terrain qu’un référent pour un public qui n’a plus de figure à long terme à laquelle s’identifier depuis les années 2000.
Les audiences de Ligue 2, mesurées par la LFP et commentées par plusieurs médias, montrent qu’un club comme Laval se situe régulièrement en milieu de tableau des affluences, autour de 8 000 à 10 000 spectateurs, loin des 20 000 personnes de certains clubs historiques comme Saint-Étienne ou Bordeaux, mais au-dessus de plusieurs équipes de National montées récemment. L’objectif fixé à Roye est donc double : renforcer un effectif en quête de stabilité et participer à la remise en mouvement d’un public dont la fidélité repose sur un long passé en Division 1 et une mémoire encore vive des années européennes.
Un vestiaire tenu à la voix et à l’effort
Dans ce même entretien, Roye décrit sans détour la manière dont il aborde le vestiaire lavallois. Il se présente comme un joueur « pénible », un « casse-bonbons » qui ne ménage ni ses partenaires ni lui-même, notamment lors des séances d’entraînement quotidiennes au centre d’entraînement situé à quelques kilomètres du centre-ville. Il indique qu’il donne « 100% à chaque entraînement, chaque match », formule qui prend du sens lorsqu’on la rapporte à la durée de sa carrière, débutée au milieu des années 2000, soit vingt ans plus tôt, dans un environnement où peu de milieux de terrain atteignent un volume de 632 matches professionnels. Il explique que certains coéquipiers, surtout les plus jeunes, ont pu le trouver « affreux » dans sa manière de les reprendre, mais il insiste sur la disponibilité qu’il leur offre, en précisant qu’il répond à leurs messages à « n’importe quelle heure de la nuit » lorsqu’ils traversent des périodes de doute.
Ce ton tranche avec l’image d’un capitaine silencieux et discret souvent projetée dans les récits historiques. Roye évoque un vestiaire où « il n’y a que des capitaines », en citant les noms de Malik Tchokounté, attaquant passé par Dunkerque, Mamadou Samassa, gardien formé à Malakoff, Anthony Gonçalvès, milieu passé par Strasbourg, ou encore Jordan Adéoti et Yohan Tavares, habitués des championnats français et portugais. Chacun de ces joueurs cumule plus de 200 matches professionnels, ce qui place le groupe lavallois dans une fourchette haute en termes d’expérience pour un club de la taille de Laval, comparativement à des équipes de National promues avec des effectifs moins aguerris.
Dans un tel environnement, le brassard ne suffit pas à définir une hiérarchie. Roye explique qu’il n’a pas demandé à être capitaine, mais qu’il a accepté cette responsabilité lorsqu’elle lui a été proposée, considérant qu’il avait déjà exercé un rôle similaire à Niort et au Red Star, avec des résultats contrastés. Ce mélange de parole forte, d’effort répété et de cohabitation avec d’autres leaders donne au capitanat lavallois des années 2020 un visage précis, qui aide à comprendre pourquoi il a été prolongé sur le banc, après la fin de sa carrière de joueur.
Une montée, un maintien, des matches qui restent
Les épisodes sportifs associés à ce capitanat se concentrent sur quelques saisons, mais ils structurent la mémoire récente du club. En 2021-2022, Laval remporte le championnat de National, devant des clubs comme Annecy et Bourg-en-Bresse, et obtient ainsi sa première montée en Ligue 2 depuis une décennie, dans un championnat où une seule promotion directe est accordée à la première place. Ce titre est présenté par les historiens du club comme le premier trophée national du Stade Lavallois, si l’on excepte les titres amateurs des années 1960, obtenus à une époque où le football français se structurait progressivement autour des divisions professionnelles. La présence de Roye au milieu de terrain, dans un rôle de capitaine ou de cadre, est alors systématiquement mentionnée dans les résumés de saison publiés par les médias locaux.
L’exercice suivant, en Ligue 2, est marqué par un maintien acquis dans un scénario extrême. Selon un débrief de France Bleu Mayenne, Laval assure sa survie grâce à un but inscrit au bout du temps additionnel lors d’un déplacement à Amiens, succès 2-1 qui permet au club de se sauver un an après son accession. Ce scénario rejoint le récit de Roye, qui évoquait déjà en 2025 un maintien joué dans les dernières secondes d’un match décisif, avec un but inscrit au-delà de la 90e minute.
Dans les années suivantes, le club se distingue aussi par un parcours remarqué en Coupe de France, coupe nationale ouverte aux clubs amateurs et professionnels, avec notamment une victoire sur un club de Ligue 1 comme le FC Nantes, dans un stade où les Canaris rassemblent régulièrement plus de 25 000 spectateurs, soit plus du double de l’affluence moyenne de Laval à domicile. Ce type de performance, qui renvoie aux exploits des années 1980 face à des clubs mieux armés, alimente une mémoire récente dans laquelle Roye apparaît comme un des visages les plus identifiables, aux côtés de ses partenaires cités plus haut.
Des chiffres précis, des archives incomplètes
Les bases statistiques disponibles permettent de documenter une large part de la carrière de Jimmy Roye, mais elles laissent des zones d’ombre sur le détail de son capitanat. Le site officiel du Stade Lavallois, dans un article intitulé « Merci Jimmy », publié en 2025, rappelle que le milieu a disputé 632 matches professionnels, dont plus de 140 sous le maillot lavallois, soit environ un cinquième de sa carrière, le reste s’étant déroulé entre Amiens, Calais, Niort, Ajaccio et le Red Star. Transfermarkt et les bases de la LFP recensent 345 matches de Ligue 2 et 224 matches de National, ce qui place Roye parmi les joueurs les plus utilisés à ces niveaux depuis le début des années 2010, à une époque où la moyenne d’une carrière à ce niveau dépasse rarement 250 matches.
En revanche, aucune de ces plateformes ne distingue de manière systématique les rencontres où il porte le brassard de celles où il ne l’a pas, notamment lors de son passage à Niort et dans les premières saisons à Laval. Les feuilles de matches conservées par la LFP mentionnent parfois le capitaine, mais de manière inégale selon les périodes et les compétitions, ce qui empêche de dresser une liste exhaustive des matches dirigés en tant que capitaine au Stade Lavallois. La consultation des archives d’Ouest-France et des pages historiques consacrées au club, tenues notamment par des passionnés comme Laurent Villebrun, confirme cette difficulté : certains matches clés sont assortis d’un nom de capitaine, mais la série complète reste lacunaire.
Dans cette configuration, les chiffres disponibles servent davantage à situer l’ampleur de la carrière de Roye qu’à établir un classement définitif des capitaines lavallois, ce qui oblige à rester au plus près des faits documentés.
Une mémoire habitée par plusieurs capitaines
Le regard porté sur Jimmy Roye à Laval s’inscrit dans une mémoire à plusieurs couches. Les plus anciens se souviennent encore de Jacques Ferrette, capitaine de l’équipe qui dispute en 1965 la finale du championnat de France amateur au Parc des Princes, devant 15 000 spectateurs, à une époque où le Stade Lavallois gravite entre les divisions régionales et un championnat de France amateurs en plein essor. Les générations suivantes associent le brassard à des joueurs comme Johann Chapuis, défenseur central qui marque le but de la montée à Cannes en 2009 et qui reste mentionné sur le site officiel du club comme « bon capitaine » de cette génération, ou à d’autres cadres des années 1980, lorsque Laval affronte le Dynamo Kiev et croise la route de clubs européens plus titrés.
Un soir de mai 2026, après la victoire contre Rouen, une autre image se superpose à ces souvenirs. Sur la pelouse de Francis-Le-Basser, Jimmy Roye, désormais adjoint, suit le tour d’honneur à distance, derrière un groupe qui compte plusieurs joueurs arrivés à l’été 2025 et qui n’ont jamais joué avec lui lorsqu’il portait encore le maillot orange. Dans la tribune latérale, un supporter tient à bout de bras un ancien maillot floqué « Roye 10 », acheté quelques années plus tôt lors de la saison passée en National, alors que le club luttait pour remonter. Ce geste, perdu dans la foule, inscrit le nom de Roye dans la continuité des capitaines que Laval s’est choisis au fil des décennies.