Rui Pinto, fondateur de Football Leaks, voit dans le dossier Manchester City l’aboutissement de son travail. Le gouvernement britannique réclame une issue rapide.
« Attachez vos ceintures. » La formule avait été lancée par Pep Guardiola lors de sa première conférence de presse comme entraîneur de Manchester City. Des années plus tard, c’est Rui Pinto qui la reprend à son compte. Le fondateur de Football Leaks, dont les documents ont nourri l’enquête de la Premier League contre le club mancunien, s’est exprimé dans le quotidien italien avec un ton de revanche assumé.
Rui Pinto : « Une fraude méticuleusement orchestrée »
Pour le hacker portugais, la séquence actuelle marque l’aboutissement de son travail. « Une décision historique pour le football anglais, et qui couronne le travail que j’ai accompli à travers Football Leaks », a-t-il déclaré.
Il accuse directement le club : « Aujourd’hui, nous savons tous que, par des manipulations structurelles et des manœuvres financières, Manchester City n’a pas simplement contourné les règles, il les a réduites à une simple formalité, défiant toute tentative de préserver l’intégrité de la compétition. Cette fraude méticuleusement orchestrée sera enfin sanctionnée, et l’impact ne sera pas seulement turbulent, mais dévastateur. »
Avant de conclure par l’allusion à l’entraîneur catalan : « Je ne peux m’empêcher de me rappeler les mots de Pep Guardiola lors de sa première conférence de presse comme entraîneur de City : “Attachez vos ceintures”. »
Lisa Nandy demande une conclusion rapide du dossier
Le gouvernement britannique s’est lui aussi exprimé dans les colonnes du Corriere della Sera. La ministre de la Culture et des Sports, Lisa Nandy, plaide pour un règlement sans délai : « Il faut parvenir rapidement à une conclusion pour rétablir la confiance dans le football. La Premier League a le droit de s’autogouverner, mais les règles doivent être appliquées et respectées par tous. »
Rien ne prédestinait Rui Pinto à devenir l’un des personnages les plus influents et les plus controversés du football mondial. Ancien étudiant en histoire, passionné d’informatique, il crée en 2015 la plateforme Football Leaks. Son objectif affiché : agir en lanceur d’alerte pour exposer les irrégularités opérationnelles et comptables du sport de haut niveau.
Sous le pseudonyme de « John », il s’introduit sans autorisation dans les systèmes informatiques de clubs, d’agences d’agents et d’instances sportives à travers l’Europe. Il y récupère des millions de fichiers : courriels, contrats secrets, traces de transferts opaques.
Des révélations de Der Spiegel aux 115 chefs d’accusation de la Premier League
Le tournant survient en 2018. Rui Pinto transmet une masse considérable de documents au magazine allemand Der Spiegel. Les révélations portent sur de présumées manœuvres de Manchester City pour échapper aux règles du fair-play financier de l’UEFA : des contrats de sponsoring émiratis prétendument gonflés et des paiements parallèles dissimulés au profit d’entraîneurs et de joueurs.
Ces fichiers servent de point de départ à l’enquête officielle de la Premier League. Celle-ci aboutit à 115 chefs d’accusation pour infractions financières contre le club.
Rui Pinto, de la condamnation à la collaboration avec la justice
Le parcours judiciaire du Portugais a connu de nombreux rebondissements. Arrêté à Budapest en 2019, il est extradé vers le Portugal. Il y est poursuivi pour accès illégal à des données, violation de correspondance et tentative d’extorsion visant un fonds d’investissement.
Condamné en 2023 à quatre ans de prison avec sursis, il change ensuite de rôle. Il collabore activement avec les autorités françaises et portugaises, auxquelles il remet des disques durs chiffrés supplémentaires. Récemment acquitté de centaines d’autres chefs d’accusation, il bénéficie désormais d’un programme de protection des témoins.
Lanceur d’alerte ou pirate : un héritage qui divise
Le rôle de Rui Pinto partage profondément l’opinion publique et le milieu du football. Ses défenseurs, parmi lesquels des organisations anticorruption, voient en lui un héros de la transparence, dont les fuites ont contraint le football à contrôler enfin le pouvoir de l’argent.
Note : l’article ne contient ni tiret quadratin ni trait de séparation. Il ne contient pas non plus de somme ni de pourcentage, donc rien n’a été passé en gras.