Que vaut vraiment Kojo Peprah Oppong ?

10/10/2026

Révélé à Nice puis vendu 12 millions d’euros à Fenerbahçe, Kojo Peprah Oppong a connu une ascension éclair. Son niveau justifie-t-il déjà ce prix ?

Acheté environ 2,5 millions d’euros par Nice en juillet 2025, revendu 12 millions d’euros à Fenerbahçe treize mois plus tard, le défenseur ghanéen de 22 ans a vécu une ascension express au milieu d’une saison niçoise catastrophique. Son prix dit beaucoup de sa cote. Il dit moins de son niveau réel, qui reste à établir au plus haut échelon.

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Il y a deux ans, Kojo Peprah Oppong jouait en deuxième division suédoise, à Sundsvall, devant quelques milliers de spectateurs. Le 29 août 2026, il signait au stade de Fenerbahçe, entouré des dirigeants d’un club qualifié pour la Ligue des champions pour la première fois depuis 2008-2009. Entre les deux : une saison pleine en Ligue 1, un barrage de maintien, une finale de Coupe de France perdue et une Coupe du monde avec le Ghana.

La trajectoire impressionne. Elle oblige pourtant à poser la question sans détour : que vaut vraiment ce défenseur central, au-delà de la plus-value qu’il a générée ?

D’Accra à Norrköping, un détour par la deuxième division suédoise

Né à Accra le 4 juin 2004, Peprah Oppong est formé à l’Attram De Visser Soccer Academy, un centre ghanéen bien connu des recruteurs scandinaves. L’IFK Norrköping le fait venir en 2023. La première saison est blanche, ou presque : une seule apparition en Allsvenskan.

Le club le prête alors au GIF Sundsvall, en Superettan. Le pari paie. Prolongé jusqu’à fin 2024, ce prêt lui offre 38 matches de championnat et le temps de jeu qui manquait. Le directeur sportif de Norrköping, Magni Fannberg, a d’ailleurs expliqué que l’intérêt des clubs étrangers était né pendant cette période à Sundsvall.

De retour en 2025, le Ghanéen s’impose d’emblée. Il est titulaire lors de 13 des 14 premières journées d’Allsvenskan, selon le quotidien Expressen. Nice formule plusieurs offres. Le transfert est officialisé le 25 juillet 2025, pour un montant d’environ 2,5 millions d’euros. Norrköping conserve un pourcentage sur une future revente.

Nice 2025-2026 : titulaire dans une équipe qui sombrait

Recruté comme renfort pour une défense décimée par les blessures, Peprah Oppong devait entrer par la petite porte. Il est devenu titulaire presque aussitôt. Après une entrée en jeu lors du barrage aller de Ligue des champions face à Benfica, il a enchaîné les titularisations, y compris au retour de blessure du capitaine Dante. « Je suis surpris », confiait-il alors en zone mixte, reconnaissant qu’il ne s’attendait pas à jouer autant, aussi vite.

Sur l’ensemble de la saison, il a disputé 43 matches et 3 465 minutes, pour un but. À 21 ans, pour une première saison dans un grand championnat, ce volume est le chiffre le plus solide de son dossier. Le détail par compétition :

  • Ligue 1 : 29 matches, 1 but
  • Coupe de France (finaliste) : 5 matches
  • Ligue Europa : 5 matches
  • Barrage de Ligue des champions : 2 matches
  • Barrages de maintien L1/L2 : 2 matches

Le contexte pondère ces chiffres. Quatrième la saison précédente, Nice a limogé Franck Haise, rappelé Claude Puel et terminé 16e. Le club a dû passer par un barrage contre Saint-Étienne, conclu par un 0-0 à Geoffroy-Guichard puis une victoire 4-1 à huis clos à l’Allianz Riviera, le 29 mai 2026. Entre-temps, il y a eu une finale de Coupe de France perdue contre Lens et des soirs difficiles, comme ce 0-4 face à Rennes où le défenseur est sorti blessé tôt dans la rencontre.

Un défenseur titulaire d’une équipe qui se bat pour ne pas descendre n’est pas automatiquement mauvais. Mais il est difficile d’en faire un défenseur dominant sur la seule foi de cette saison. Ce qui ressort, c’est la fiabilité : deux entraîneurs successifs, aux idées différentes, l’ont aligné sans discontinuer.

Le profil : un athlète des duels, encore en apprentissage du jeu

Florian Maurice, alors directeur sportif de Nice, avait résumé le profil à la signature, saluant « sa vitesse, sa mobilité et son agressivité dans les duels », ainsi que sa capacité à évoluer dans plusieurs systèmes défensifs. Il insistait aussi sur son endurance et sa présence au sol comme dans les airs.

Droitier, mesuré à 1,88 m, Peprah Oppong peut jouer à droite comme à gauche d’une charnière, une polyvalence relevée dès son arrivée. C’est un défenseur de contact, qui sort sur son adversaire et couvre beaucoup d’espace.

Les limites se lisent en creux. Le conseil que Dante lui a donné après un match contre Nantes est révélateur : gérer ses efforts et, quand l’équipe mène, ne pas trop se projeter vers l’avant. Autrement dit, apprendre à lire les temps faibles et forts d’une rencontre. C’est le chantier classique d’un défenseur de 22 ans au profil physique.

Sur le plan offensif, le bilan est maigre : un but en 43 matches, aucune passe décisive en Ligue 1. Les notes moyennes des plateformes statistiques, autour de 6,8 à 6,95 en Ligue 1, décrivent un joueur correct et régulier, sans match de référence qui le détacherait du lot. Ces notes sont des indicateurs, pas des verdicts. Elles confirment simplement qu’il n’a pas été un point faible d’une défense en difficulté.

Le Ghana : six sélections et une Coupe du monde écourtée

Le passage à Nice lui a ouvert la sélection. Appelé pour la première fois en octobre 2025, il honore sa première cape le 12 octobre face aux Comores, à l’Accra Sports Stadium, lors des éliminatoires du Mondial.

Carlos Queiroz l’a ensuite retenu dans sa liste de 26 pour la Coupe du monde 2026. Le Ghana, placé dans le groupe L avec l’Angleterre, la Croatie et le Panama, s’est qualifié pour les seizièmes de finale. Contre la Croatie, Peprah Oppong est entré en seconde période à la place de Jonas Adjetey, avant de se blesser. Il a manqué le seizième de finale contre la Colombie, le 4 juillet.

Il totalise six sélections, sans but. En sélection, il reste un joueur de rotation, en concurrence avec Adjetey, Jerome Opoku ou Abdul Mumin. Le Mondial a été une exposition, pas encore une consécration.

Fenerbahçe : 12 millions d’euros, un prix de marché plus qu’un prix de niveau

Fenerbahçe a officialisé l’arrivée du défenseur le 28 août 2026, au lendemain de sa qualification pour la phase de ligue de la Ligue des champions, obtenue contre Lyon. Selon L’Équipe, le club turc a versé 12 millions d’euros pour un contrat de quatre ans. Nice conserverait 10 % d’une éventuelle revente, d’après la presse turque. Il portera le numéro 21.

Le directeur du football du club, Oğuz Çetin, a justifié le choix par la régularité du joueur à Nice et sa capacité supposée à performer sous forte pression. Claude Puel, qui l’a dirigé lors de 21 matches officiels, l’estime prêt pour ce niveau, à condition d’être bien encadré.

Le chiffre mérite d’être décortiqué. FotMob estimait sa valeur à 6,6 millions d’euros au plus haut, en mars 2026. Fenerbahçe a donc payé près du double. Trois facteurs expliquent cet écart : l’âge (22 ans), le volume de jeu déjà accumulé et la rareté des défenseurs centraux athlétiques sur le marché de fin d’été. Pour Nice, en reconstruction après le maintien arraché, l’opération est une plus-value d’environ 9,5 millions d’euros, avant reversement du pourcentage dû à Norrköping.

À Istanbul, la concurrence est d’un autre calibre. Le joueur a lui-même cité Milan Škriniar et Nathan Aké comme des modèles dont il compte apprendre. Ses débuts, le 20 septembre, se sont résumés à une entrée en jeu lors d’une victoire 8-0 contre Eyüpspor. Une partie de la presse turque l’a par ailleurs annoncé absent de la liste remise à l’UEFA pour la phase de ligue. Arrivé en fin de mercato, il part derrière dans la hiérarchie.

Verdict : un bon défenseur de Ligue 1, pas encore un défenseur de Ligue des champions

Peprah Oppong vaut aujourd’hui ce que valent les défenseurs centraux jeunes, robustes et déjà rodés : cher. Sur le terrain, son dossier tient en trois points.

  • Les acquis : une capacité physique au-dessus de la moyenne, une grande résistance (3 465 minutes à 21 ans), la confiance de deux entraîneurs et d’un sélectionneur.
  • Les angles morts : la gestion des temps d’un match, une contribution offensive quasi nulle et aucune saison dans une équipe qui domine ses adversaires.
  • L’inconnue : son rendement dans un club qui vise le titre en Turquie et affronte Aston Villa, Liverpool ou l’Atlético en Ligue des champions.

La saison niçoise l’a révélé dans la difficulté. Fenerbahçe lui demandera autre chose : défendre haut, relancer sous pression, exister dans un vestiaire où l’erreur coûte cher. S’il gagne sa place d’ici l’hiver, les 12 millions d’euros passeront pour un investissement. S’il reste remplaçant, ils ressembleront à un pari pris sur une seule bonne saison.

Fiche joueur

  • Né le 4 juin 2004 à Accra (Ghana)
  • Défenseur central, droitier, 1,88 m
  • Club : Fenerbahçe (n° 21), sous contrat jusqu’en 2030
  • Parcours : Attram De Visser, IFK Norrköping, GIF Sundsvall (prêt), OGC Nice
  • Transferts : Nice pour environ 2,5 millions d’euros (juillet 2025), Fenerbahçe pour 12 millions d’euros (août 2026)
  • Ghana : 6 sélections, Coupe du monde 2026
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Après deux stages au sein du quotidien L'Equipe, Thomas Lefebvre a rejoint quatretroistrois.fr pour suivre la Ligue 1 et la Ligue 2.

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