Privé de Nuno Mendes, le PSG s’apprête à confier son couloir gauche à Lucas Digne face au joueur le plus imprévisible d’Europe. C’est le choix logique. C’est précisément pour cela qu’il faut l’éviter.
Samedi soir, à la Meinau, Luis Enrique voulait encore croire au bénin. « J’espère que ce n’est pas grand-chose pour Nuno », glissait-il après la victoire à Strasbourg. Dimanche, les examens ont tranché : lésion à la cuisse gauche, plusieurs semaines d’absence. À quarante-huit heures de la réception du Barça, le PSG perd l’homme qui devait mener le duel le plus important de la soirée, celui contre Lamine Yamal.
La réponse semble écrite d’avance. Lucas Digne a été recruté l’été dernier pour doubler Mendes. Il connaît le poste, il a l’expérience, il est disponible. Tout le désigne. Et c’est exactement là que réside le danger.
Le choix évident est le mauvais
Il ne s’agit pas de faire le procès d’un joueur. Digne a une carrière solide et un pied gauche que beaucoup envient. Mais un match de ce niveau ne se gagne pas sur un CV, il se gagne sur des duels. Et celui-là s’annonce déséquilibré.
Les signaux sont déjà là. À Strasbourg, Digne a souffert face aux attaquants alsaciens, au point que Luis Enrique l’a remplacé par Mendes en seconde période, de peur d’encaisser un deuxième but. Si le couloir gauche parisien a tangué face à Strasbourg, que dire de ce qui l’attend mardi ? Yamal sort d’un match où il a marqué et fait marquer au Betis. Le Barça a gagné ses onze matches de la saison, en inscrivant au moins deux buts à chaque fois.
Aligner Digne seul face à Yamal, c’est demander à un défenseur de résoudre un problème que personne en Europe n’a résolu en tête-à-tête. Ce n’est pas un pari, c’est un abandon déguisé en continuité.
On ne défend pas Yamal, on l’étouffe
La vraie question n’est pas de savoir qui jouera à gauche, mais combien de joueurs s’y relaieront. Yamal ne se neutralise pas en un contre un. Il se prive de ballons, se coupe de ses relais, s’enferme dans un couloir où chaque prise de balle déclenche deux joueurs.
Cela suppose des choix qui feront grincer des dents. Le premier : préférer Lucas Hernandez, plus défensif, capable d’évoluer dans l’axe comme sur le côté, et habitué aux soirées où il faut d’abord ne pas perdre. Le second, plus radical : faire basculer Warren Zaïre-Emery sur ce flanc, comme ce fut le cas en fin de match à Strasbourg, pour doubler systématiquement la couverture.
Et puis il y a le choix qui fâche vraiment. Le joueur placé devant le latéral gauche devra défendre comme un arrière. Si Khvicha Kvaratskhelia ne peut pas assumer ce travail pendant quatre-vingt-dix minutes, Luis Enrique devra avoir le courage de lui préférer un profil plus besogneux. Laisser le meilleur joueur de la dernière Ligue des champions sur le banc face au Barça, voilà le scandale. Il pourrait bien être nécessaire.
Le risque d’oser
L’objection est connue : le PSG de Luis Enrique ne s’adapte pas à l’adversaire, il impose son jeu. Renoncer à une partie de sa puissance offensive, ce serait trahir ce qui a fait ses deux titres européens.
L’argument ne tient pas face aux chiffres. Paris n’a gardé sa cage inviolée qu’une seule fois en dix matches cette saison et encaisse au moins un but depuis quatre rencontres. Le Barça, lui, n’a réussi qu’une seule clean sheet lors de ses sept derniers matches. Autrement dit, Paris marquera presque certainement. L’enjeu de la soirée n’est pas de trouver le chemin des filets, mais d’éviter que la rencontre se transforme en concours de tirs où le génie de Yamal ferait la différence.
Surtout, l’audace est inscrite dans l’ADN de cet entraîneur. Luis Enrique est l’homme qui a construit un champion d’Europe en refusant de céder au statut des stars. Il le répète à sa manière : « J’aime donner l’opportunité à mes joueurs de me montrer qu’ils sont prêts. » Mardi, l’opportunité devra peut-être aller à ceux que personne n’attend.
Le courage de déplaire
Il y a une forme de confort dans le choix évident. Si Digne souffre et que Paris perd, personne ne reprochera grand-chose à Luis Enrique : il aura fait ce que tout le monde aurait fait. Si en revanche il bouscule son onze, sacrifie une star et perd quand même, il sera exposé.
C’est pourtant à cela qu’on reconnaît les grands entraîneurs. Ils ne choisissent pas l’option la plus défendable en conférence de presse. Ils choisissent celle qui donne le plus de chances de gagner. Face à Yamal, la plus défendable s’appelle Digne. Celle qui donne le plus de chances de gagner porte un autre nom, et elle commence par un scandale.