Vendredi soir, Josh Maja avait pourtant allumé une lueur au stade Océane. Son but à la 18e minute donnait l’avantage au HAC face au double champion d’Europe en titre. Puis Paris a déroulé : cinq buts encaissés, et une septième défaite en neuf journées.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, selon L’Équipe, Didier Digard a été informé qu’il n’était plus l’entraîneur du Havre. Samedi en fin d’après-midi, le club n’avait encore rien officialisé. Ni successeur désigné, ni intérimaire annoncé.
Le calendrier, lui, n’attend pas. Le HAC reçoit Lorient le dimanche 8 novembre. Il y arrive avec deux points, zéro victoire et cinq longueurs de retard sur la place de barragiste. C’est le seul club de l’élite encore sans succès cette saison.
Deux maintiens, puis l’été où tout a basculé
Le licenciement a un goût amer à l’Océane. Formé au club, Digard y était revenu à l’été 2024, avec pour seule expérience de numéro un un intérim à Nice (janvier-juin 2023). Il a pourtant maintenu deux fois l’un des plus petits budgets du championnat.
La première fois au bout du suspense : une 15e place arrachée à Strasbourg (2-3) lors de la dernière journée, sur un penalty à la 99e minute. La seconde avec un peu plus de marge, une 14e place validée à Lorient (0-2) le 17 mai. En juin, la direction l’avait prolongé jusqu’en 2027, avec une année en option. Il laisse un bilan de 77 matchs de Ligue 1, pour 17 victoires, 20 nuls et 40 défaites, selon Foot Normand.
Mais le banc n’est que la partie visible d’un club qui a changé de fondations en un été. Le soir même du maintien à Lorient, Mathieu Bodmer annonce sa démission. Le directeur sportif, artisan de la montée de 2023 et de trois maintiens, ne s’entend plus avec l’actionnaire. « Quand il y a des choses que je n’accepte pas, je ne peux pas laisser passer », justifie-t-il. Il rejoint Caen, en Ligue 3. Julien Momont, responsable de l’analyse et de la data, quitte lui aussi le HAC.
Le propriétaire bouge également. Blue Crow Sports Group, qui a racheté 96 % du club à Vincent Volpe en juillet 2025, cède Leganés début juin et dément dans la foulée toute vente du HAC. Selon L’Équipe, Jeff Luhnow, cofondateur et visage du groupe, n’en fait plus partie. C’est Ben Guill qui dirige désormais Blue Crow, et c’est lui qui a tranché le sort de Digard.
Le 19 juin, le club nomme Demba Ba directeur sportif. L’ancien attaquant, qui a grandi au Havre, occupait le même poste à Dunkerque depuis 2023. Il hérite d’un vestiaire à reconstruire : quinze départs, dont la plupart des cadres, partis libres. Arouna Sangante rejoint Séville, Issa Soumaré Rennes. Yassine Kechta, Gautier Lloris, Loïc Nego et Sofiane Boufal s’en vont aussi.
En face, un budget de recrutement d’environ 2 millions d’euros, selon Topmercato. Le HAC enrôle Junior Mwanga, Timothée Pembélé et Josh Maja, arrivé libre de West Bromwich. Il complète par des prêts : Amir Richardson, Ahmed Touba, Elias Jelert, Sota Nakamura.
Digard a donc abordé la saison avec un effectif quasiment neuf, sans le dirigeant qui l’avait choisi. Il a vite perdu son gardien titulaire, Lionel Mpasi, victime d’une rupture du tendon d’Achille. Une semaine avant le PSG, à Marseille, ses joueurs menés 4-0 étaient revenus à 4-3, sans rien ramener. Vendredi, après la déroute parisienne, il durcissait le ton : « Quand tu te mets dans cette situation-là, tu dois faire face, sinon tu es un lâche. » Le message n’aura pas suffi.
Pompier ou bâtisseur, le vrai choix du HAC
Le profil du successeur dira ce que veut vraiment Blue Crow. Deux logiques s’opposent.
La première est celle de l’urgence. Il reste 25 journées et l’écart avec la 16e place n’a rien d’insurmontable. Elle commande un technicien rompu aux fins de saison sous pression, capable de resserrer une équipe en quelques séances. Le HAC de Digard tenait sur sa défense, quand seuls Angers et Nantes marquaient moins que lui la saison passée. Les départs de l’été ont emporté ce socle.
La seconde est celle du modèle. Blue Crow défend une gestion guidée par la donnée, le recours aux joueurs libres ou prêtés et le refus de la surenchère. Un entraîneur réputé et coûteux, qui exigerait des renforts dès janvier, entrerait en collision avec cette doctrine. D’autant que le club devra d’abord solder le contrat de Digard, qui courait jusqu’en juin 2027.
Reste le rôle de Demba Ba. Ce sera son premier choix d’entraîneur au Havre, et il engagera sa crédibilité. La piste la plus naturelle est fermée : Luis Castro, avec qui il travaillait à Dunkerque, dirige Levante depuis décembre 2025. Le plan B étudié au printemps, quand Digard tardait à prolonger, s’appelait Grégory Poirier. L’ancien coach du Red Star a signé à Nantes, en Ligue 2, le 25 août.
Les profils disponibles sur le marché
Aucun nom n’a encore filtré de source sûre. Parmi les entraîneurs libres, cinq profils correspondent à la situation du club.
Antoine Kombouaré, l’assurance maintien. À 62 ans, il a réussi quatre opérations de sauvetage : Dijon en 2019, puis Nantes en 2021, 2024 et 2025. Arrivé au Paris FC en février, il a mené le promu à la 11e place, avant de partir le 1er juillet faute d’accord. Il souhaitait s’engager jusqu’en 2028, le club proposait un an de moins. C’est le pompier par excellence, mais la durée du contrat pourrait de nouveau coincer.
Christophe Pélissier, l’homme des budgets serrés. À Auxerre, il a remporté la Ligue 2 puis assuré deux maintiens consécutifs. Il a pourtant été remercié en juin, après des tensions avec le directeur sportif David Wantier, et remplacé par Will Still. Son parcours colle au HAC. Deux réserves : il disait en juin viser un club plus ambitieux, et sa relation avec une direction sportive forte sera scrutée.
Philippe Montanier, l’expérience. Passé par la Real Sociedad, Rennes et Lens, il a soulevé la Coupe de France avec Toulouse en 2023 (5-1 contre Nantes). Appelé à Saint-Étienne en février, il a échoué en barrage d’accession face à Nice (0-0, 1-4), puis quitté le club, peu désireux de rester en Ligue 2. Son nom avait déjà circulé au Havre à l’automne 2024, lors de la première crise de l’ère Digard.
Wilfried Nancy, le pari. Champion de MLS avec Columbus en 2023, réputé pour un jeu de possession assumé, il sort d’un fiasco au Celtic : 33 jours en poste, puis un licenciement le 5 janvier. Depuis, il ne cache pas son envie de Ligue 1, et Strasbourg l’avait étudié cet été. Pour une lanterne rouge, c’est l’option la plus risquée. C’est aussi la plus cohérente avec un projet de jeu à long terme.
Olivier Dall’Oglio, le connaisseur du maintien. Cité par Topmercato parmi les techniciens libres, l’ancien entraîneur de Dijon, Brest, Montpellier et Saint-Étienne a souvent joué le bas de tableau. Il n’a plus dirigé d’équipe depuis décembre 2024.
Une dernière porte s’est fermée. Luka Elsner, l’entraîneur de la montée de 2023, aurait incarné un retour aux sources. Il a signé à Lausanne en juin, jusqu’en 2028.
Un choix qui engage Blue Crow
Pendant deux saisons, le HAC a vécu sur un équilibre fragile. Un directeur sportif recrutait malin, un entraîneur du cru tirait le maximum d’un effectif de passage. Cet équilibre s’est rompu en mai. Le limogeage de Digard en est la conséquence plus que la cause.
Son successeur héritera d’une saison mal engagée et d’un groupe bâti dans l’urgence. Quatorze contrats arrivent à échéance en juin 2027, dont ceux de près de la moitié de l’équipe type. Le HAC risque de devoir tout reconstruire une deuxième fois en un an.
Pour Blue Crow et Demba Ba, la nomination vaudra déclaration d’intention. Un sauveur, pour gagner du temps et rester en Ligue 1. Ou un entraîneur de projet, quitte à jouer le maintien sur un pari. Réponse attendue avant la réception de Lorient, le 8 novembre.