Cahuzac viré après Lens-OM : ça se précise

05/11/2026

Personne ne l’a officialisé, tout le monde l’a compris : l’avenir de Yannick Cahuzac se décidera après Lens-OM, dimanche soir. Transformer un match de championnat en tribunal, quatre jours après un 1-9 historique contre Côme, est la pire option qui soit.

Il y a des soirées qui ne se commentent pas, elles se subissent. Mercredi, Bollaert a regardé Côme lui en mettre neuf. Trois avant la pause, six après, un triplé de Douvikas et un gamin de 18 ans buteur pour sa première. Jamais une équipe n’avait marqué autant à l’extérieur en Ligue des champions. Le record appartient désormais à Côme. La honte, elle, appartient à Lens.

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Cahuzac a eu le seul mot juste de la soirée : « humiliation ». Puis il a prévenu qu’il ne lâcherait rien : « C’est mal me connaître si vous croyez que je vais abandonner. » Depuis, le club se tait. À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune prise de parole publique du président Joseph Oughourlian : ni soutien, ni désaveu. Dans ce vide, un scénario s’est imposé tout seul, relayé par les observateurs : l’OM dimanche, et l’on verra.

On connaît la suite. Une victoire, et l’on parlera de « réaction d’orgueil ». Une défaite, et la trêve internationale offrira la fenêtre idéale pour un communiqué sobre, des remerciements, un nouveau nom. Dans les deux cas, personne n’aura eu à décider. Le score l’aura fait à sa place.

Juger sur quatre-vingt-dix minutes, l’aveu d’un club sans boussole

Que dira Lens-OM de Cahuzac ? Rien que l’on ne sache déjà. Son dossier est sur la table depuis le 15 septembre, et il est parfaitement lisible.

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En Ligue 1, il a pris neuf points sur quinze. Il a hérité d’une équipe à quatre points en quatre journées, l’a menée à trois victoires d’affilée, dont une à dix contre un Lyon alors invaincu. Il a perdu le derby à Lille sur un but de Giroud à la 86e minute, dans un stade où le Racing ne gagne quasiment jamais. Lens est neuvième. Ce n’est pas brillant ; ce n’est pas une faillite.

En Ligue des champions, en revanche, c’est un désastre sans circonstance atténuante : trois matchs, zéro point, un but marqué, quatorze encaissés. Sporting, Bruges, Côme, et chaque fois un écart plus large. Des rotations incompréhensibles, un milieu traversé, aucune correction depuis le banc quand le navire prend l’eau. Les blessures de Ganiou et Nawrocki n’expliquent pas qu’une équipe professionnelle encaisse six buts en quarante-cinq minutes.

Voilà donc un entraîneur honnête en championnat et dépassé en Europe. Ce constat ne changera pas selon que Thauvin trouve ou non la lucarne dimanche. Suspendre une décision à un seul résultat, c’est refuser de lire un dossier complet pour se réfugier derrière une pièce isolée.

Le vrai prévenu s’appelle Jean-Louis Leca

Disons-le sans détour : si Cahuzac saute après l’OM, il paiera pour un autre. Ce n’est pas lui qui s’est nommé entraîneur principal d’un club qualifié pour la Ligue des champions sans avoir jamais occupé ce poste au niveau professionnel. Ce n’est pas lui qui a demandé une dérogation à la DTN faute de BEPF. Ce sont ses dirigeants, sur la foi de leur directeur sportif.

Jean-Louis Leca l’a fait venir cet été dans le staff de Dino Toppmöller, puis l’a propulsé numéro un dès que l’Allemand a refusé la réorganisation qu’on voulait lui imposer. Face aux soupçons de copinage, il avait répondu en septembre : « Oui, c’est mon ami. Mais pas dans ces murs. » La formule était élégante. Elle l’engage aujourd’hui.

C’est là que le « jugement après l’OM » devient un alibi. Il permet de faire porter la saison à un seul homme, celui qui est sur le banc, en épargnant celui qui l’y a assis. Le journaliste David Gluzman l’a bien vu : virer Cahuzac, c’est désavouer Leca. Le club devra donc garder les deux ou assumer de se séparer des deux. Toute autre issue serait une mise en scène.

Rappelons le contexte. En juin, Lens sortait de la plus belle saison de son histoire récente : deuxième de Ligue 1, vainqueur de sa première Coupe de France sous Pierre Sage. Cinq mois plus tard, le club a vu passer deux entraîneurs et s’apprête peut-être à en consommer un troisième. Ce n’est pas un problème de banc. C’est un problème de projet.

Garder Cahuzac, quel que soit le score

La position que nous défendons déplaira à une bonne partie du public de Bollaert, encore sous le choc : Lens doit confirmer Yannick Cahuzac avant même d’affronter l’OM, et le faire publiquement. Pas parce qu’il a fait ses preuves. Parce que le congédier sur un résultat de dimanche serait plus absurde encore que de l’avoir nommé sans expérience.

Confirmer ne veut pas dire fermer les yeux. Cela veut dire lui adjoindre, pendant la trêve, un technicien rodé aux soirées européennes, revoir une organisation défensive qui prend l’eau à chaque transition, et fixer un horizon clair : la mi-saison, pas un dimanche soir. Un club sérieux évalue un projet sur des mois. Un club perdu l’évalue sur un coup de sifflet.

Et si la direction estime que la déroute de Côme exige une sanction, qu’elle commence par le haut de la chaîne sportive. Celui qui a choisi doit répondre de son choix avant celui qui a été choisi.

Dimanche, Lens-OM ne jugera pas Yannick Cahuzac. Il jugera la capacité de Joseph Oughourlian à décider par lui-même, plutôt que de laisser un ballon le faire à sa place.

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Gabriel Robert anime la rubrique Les notes du match de QuatreTroisTrois depuis 2022, aux côtés de Thomas Lefebvre. Ancien journaliste du magazine Le Foot, il suit la Ligue 1, la Ligue 2, la Liga et la Ligue des champions, au stade comme devant son écran. À l’issue de chaque rencontre, il attribue aux joueurs une note de 1 à 10. Passionné de longue date, il est, selon la formule de la rédaction, marié avec le football. Pour le joindre : redaction@quatretroistrois.fr.

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