Écarté des trente nommés du Ballon d’Or pour une poignée de voix, Désiré Doué a passé l’automne à entendre qu’il manquait de régularité. Mercredi à Manchester, il a marqué, offert un but et mis City à genoux en une demi-heure. Il ne pourra pas entrer dans la liste. Il a déjà rendu sa copie.
Il a fallu 99 secondes. À la 13e minute, Désiré Doué fixe son défenseur, ferme le pied droit et glisse une frappe rasante entre Gianluigi Donnarumma et son premier poteau. Une minute et demie plus tard, il dépose le ballon au second poteau pour Ousmane Dembélé. L’Etihad Stadium se tait. Paris mène 2-0, puis 3-0 à la pause, et la presse spécialisée donne à l’ailier parisien les meilleures notes du match. Eurosport le décrit en costume de soirée. Ce n’était pas une soirée ordinaire. C’était une réponse.
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Trente et unième, à une poignée de voix
Le 8 septembre, France Football publiait la liste des trente nommés au Ballon d’Or 2026. Paris y plaçait dix joueurs, un record. Mais pas Doué. Le jeune homme qui avait terminé 14e un an plus tôt, sacré Golden Boy, auteur d’un doublé en finale de Ligue des champions contre l’Inter, ne figurait plus parmi les trente meilleurs joueurs du monde.
L’explication est venue le lendemain. Le rédacteur en chef du magazine, Vincent Garcia, a évoqué dans L’Équipe le « statut d’interchangeables » de Doué et de Bradley Barcola, en club comme en équipe de France, et un manque de régularité sur une saison faite de bons moments et de passages sur le banc. Un autre journaliste du magazine, Olivier Bossard, a précisé que le vote avait été serré : Doué termine 31e ou 32e, juste derrière la barre.
Ces arguments ne sont pas absurdes. Ils méritent d’être pris au sérieux. Ils méritent aussi d’être discutés.
L’argument de la régularité
Oui, la saison 2025-26 de Doué a été hachée. Une blessure au mollet en septembre, une autre à la cuisse fin octobre l’ont privé de près de trois mois de compétition. Oui, il a connu des matches sur le banc. Mais il a terminé la saison avec 13 buts et une dizaine de passes décisives toutes compétitions confondues, et il a pesé là où se gagnent les trophées. Jérôme Rothen l’a résumé sans détour : pour comprendre pourquoi Paris a joué la finale et l’a gagnée, il faut revoir les matches de Doué, souvent l’un des meilleurs en demi-finale comme en finale.
On peut reprocher à un joueur de 21 ans de ne pas briller chaque samedi. On peut difficilement lui reprocher de s’effacer les soirs qui comptent.
L’argument qui a disparu
Le second argument est plus révélateur. Doué aurait souffert de sa concurrence avec Barcola, chacun prenant à l’autre une part de la lumière et des statistiques. C’est possible. Mais c’est une étrange façon de juger un joueur : non sur ce qu’il fait, mais sur le fait qu’un coéquipier fasse la même chose.
Surtout, cet argument a une date de péremption. Barcola est parti cet été à Liverpool. Le couloir gauche parisien n’est plus partagé. Doué n’est plus l’interchangeable de personne. Il est désormais, simplement, l’un des ailiers titulaires du double champion d’Europe.
Un automne de doutes
Le début de saison n’a pas aidé sa cause. Avant Manchester, il comptait un but et deux passes décisives en sept matches, et les critiques sur son rendement se sont multipliées. Le 9 octobre, Luis Enrique a dû y répondre en conférence de presse. Sa réponse tenait en quelques mots : Doué, « c’est une machine ». L’entraîneur a reconnu que son joueur pouvait manquer de précision certains soirs, comme Dembélé, Kvaratskhelia ou Fabian Ruiz, et a surtout salué sa capacité à être prêt à tout moment, sur le banc comme sur le terrain. Cinq jours plus tard, la machine a démarré.
Soyons honnêtes : un grand soir à Manchester ne rend pas rétroactivement injuste une liste établie en septembre. Le jury a voté sur une saison, pas sur un match d’octobre. Et la régularité reste le chantier de Doué. Les meilleurs joueurs du monde ne se distinguent pas seulement par leurs pics, mais par la rareté de leurs creux.
Mais ce match dit autre chose. Il rappelle ce qu’est Doué quand on lui confie un couloir et la confiance qui va avec : un joueur capable de décider d’un choc européen en deux gestes. Ce n’est pas un interchangeable. C’est un titulaire qui a passé un an à attendre qu’on le traite comme tel.
Le jury a voté, le terrain aussi
Le 26 octobre à Londres, Désiré Doué ne sera pas dans la salle comme candidat. Il sera peut-être devant sa télévision, à regarder dix de ses coéquipiers concourir pour un trophée dont il a manqué la liste de peu. Il n’aura rien à prouver ce soir-là. Il l’a fait mercredi, à l’Etihad, en 99 secondes.
Mardi, face au Barça, il aura l’occasion de transformer une réponse en démonstration. Le jury du Ballon d’Or 2027 commence à prendre des notes.