Safonov contre Donnarumma, l’élève a dépassé le maître

16/10/2026

Il y a seize mois, il portait les gants de rechange de Gianluigi Donnarumma. Mercredi à Manchester, il a remporté leur duel à distance. Le 26 octobre, il sera en lice pour le trophée Yachine, et pas l’Italien. Matvey Safonov n’a pas seulement remplacé son ancien titulaire : il l’a fait oublier.

Ils sont nés le même jour. Le 25 février 1999, l’un à Castellammare di Stabia, l’autre dans le sud de la Russie. Pendant une saison, au Camp des Loges, ils ont partagé le même vestiaire et la même ambition. Mais pas le même statut. L’un était champion d’Europe des nations, titulaire indiscutable, bientôt lauréat du trophée Yachine. L’autre arrivait de Krasnodar pour une vingtaine de millions d’euros, avec la mission de patienter.

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Mercredi soir à l’Etihad Stadium, ils se sont retrouvés de part et d’autre du terrain. Donnarumma, désormais gardien de Manchester City, a encaissé quatre buts, dont deux où sa responsabilité a été pointée : battu au premier poteau par Désiré Doué, trop court sur la frappe de Maghnes Akliouche. Safonov, lui, a privé Erling Haaland d’un triplé par une parade à bout portant et reçu les meilleures notes de sa soirée. Un match ne fait pas une hiérarchie. Mais celui-là résume quinze mois.

Le maître, d’abord

Il faut commencer par rendre justice à Donnarumma, parce qu’il la mérite. Le premier sacre européen du PSG, en 2025, porte sa signature. Ses arrêts en huitièmes contre Liverpool, ses parades en demi-finale retour face à Arsenal ont fait basculer une campagne entière. Il a remporté cette année-là le trophée Yachine, son deuxième. Et mercredi encore, au milieu d’une soirée difficile, il a eu le réflexe d’arrêter un penalty de Ferran Torres.

Paris ne l’a pas laissé partir parce qu’il était devenu moyen. Les négociations de prolongation se sont enlisées sur la politique salariale du club, et Luis Enrique voulait un gardien plus à l’aise dans la relance. Le PSG a laissé partir l’un des meilleurs gardiens du monde. Il faut le dire pour mesurer ce qui a suivi.

L’élève que personne n’avait choisi

Car ce qui a suivi n’était écrit nulle part. En 2024-25, Safonov dispute dix-sept matches comme doublure, dont une séance de tirs au but décisive contre Lens en Coupe de France. Il avait prévenu ses anciens dirigeants qu’il n’avait jamais été un numéro deux. Paris ne l’a pas cru. Quand Donnarumma s’en va à l’été 2025, le club ne promeut pas son remplaçant : il recrute Lucas Chevalier pour plus de quarante millions d’euros. Safonov passe de numéro deux à numéro deux. En octobre, il évoque publiquement un départ.

Pour remplacer Donnarumma, le PSG a cherché partout. Sauf dans son propre vestiaire.

Ce que disent les faits

Puis le terrain a parlé. À Doha, en décembre, Safonov arrête quatre des cinq tirs au but de Flamengo en finale de la Coupe intercontinentale, avec une main fracturée. En janvier, il prend la place de Chevalier. En avril, à Anfield, il éteint Liverpool comme Donnarumma l’avait fait un an plus tôt. L’Associated Press l’a résumé d’une formule : gardien différent, même résultat. En mai, à Budapest, il est dans la cage pour la séance qui offre au PSG sa deuxième étoile.

Pendant ce temps, le Manchester City de Donnarumma sortait de la Ligue des champions dès les huitièmes de finale, balayé par le Real Madrid. Et en septembre, France Football publiait la liste des dix nommés au trophée Yachine 2026. Safonov y figure, premier gardien russe de l’histoire à y prétendre. Donnarumma, tenant du titre, n’y est pas.

Là où le maître reste devant

Soyons précis, parce que le titre de cet édito l’exige. Sur une carrière, la comparaison n’a pas lieu d’être. Donnarumma a gagné un Euro, deux Yachine, et tient depuis dix ans le haut niveau. Safonov conserve des lacunes que personne ne conteste : les ballons aériens, les corners, l’espace dans son dos, comme l’ont montré un ballon manqué contre le Bayern en demi-finale, une finale notée 6/10 par plusieurs observateurs et une erreur contre Monaco en septembre.

Donnarumma reste peut-être le meilleur gardien des deux. Mais ce n’est plus la question que se pose Paris.

Le bon gardien plutôt que le meilleur

La question, c’est celle que Luis Enrique pose à tous ses joueurs : servir un projet ou l’incarner. Le PSG d’aujourd’hui n’a plus de star indispensable, ni dans le champ ni dans les buts. Il lui fallait un gardien calme, discipliné, capable d’attendre son tour et de le saisir. Safonov, joueur d’échecs, francophone en quelques mois, travailleur revendiqué, a épousé ce PSG-là mieux que la star dont il portait les gants.

C’est en cela que l’élève a dépassé le maître. Pas dans l’absolu. À Paris, depuis leur séparation, dans le rôle que le club attendait. Le 26 octobre à Londres, l’un des deux nés du 25 février 1999 figurera parmi les dix meilleurs gardiens de l’année. Ce ne sera pas l’Italien.

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Gabriel Robert, ancien footballeur professionnel, est aujourd'hui un suiveur assidu de la Ligue 1.

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