Libre depuis le 31 août, Karim Benzema n’a plus de club. Il a pourtant toujours un employeur : l’Arabie saoudite. Un contrat de promotion estimé à 75 millions d’euros le lie au royaume jusqu’en 2030. Il pèse plus lourd que n’importe quelle offre sportive, et il explique pourquoi le Ballon d’or 2022 ne rentrera jamais à Lyon.
Le dernier match officiel de Karim Benzema remonte au 28 août, sous le maillot d’Al-Hilal. Trois jours plus tard, le club de Riyad annonçait une séparation « d’un commun accord ». La veille, il venait de recruter Ollie Watkins à Aston Villa pour environ 50 millions de livres.
Depuis, rien. Pas de club, pas d’annonce de retraite, pas de démenti non plus. Un attaquant de 38 ans, cinq fois vainqueur de la Ligue des champions, attend. Ce jeudi, son agent historique Karim Djaziri a pourtant lâché sur RMC une phrase qui éclaire tout le reste.
Interrogé sur un retour à l’OL, il a expliqué que l’opération était impossible cet été. Benzema a « un contrat qui le lie avec le Royaume d’Arabie saoudite ». Pas avec un club. Avec le royaume.
Deux contrats, un seul patron
On l’a souvent oublié : Benzema n’a jamais eu un seul contrat en Arabie saoudite, mais deux. Le premier le liait à son club. Le second, révélé par le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat et repris par Maxifoot, le lie à la Saudi Pro League elle-même.
Cet engagement lui rapporterait près de 20 millions d’euros par an. En échange, il prête son image à la promotion du football saoudien. Il court jusqu’en juin 2030, avec encore environ 75 millions d’euros à percevoir.
La rupture avec Al-Hilal l’a confirmé. Selon AS, la Ligue devait valider l’accord, car elle prend en charge une partie du salaire du joueur. Benzema réclamait d’abord l’intégralité de ses salaires jusqu’en juin 2027, soit près de 18 millions d’euros. Trois jours de négociations ont abouti à un compromis dont le montant n’a jamais été dévoilé.
Voilà le paradoxe. Le joueur que plus aucun club ne paie reste l’un des sportifs les mieux rémunérés de la planète. Sans club, pas sans salaire. Chômeur, peut-être. Précaire, sûrement pas.
La clause qui verrouille l’Europe
Tout se joue sur une clause. Toujours selon Asharq Al-Awsat, l’accord avec la Ligue tomberait si Benzema reprenait sa carrière hors d’Arabie saoudite. Une retraite, en revanche, n’y mettrait pas fin.
Le calcul est donc cruel pour quiconque voudrait l’attirer ailleurs. Chaque offre étrangère doit d’abord compenser 75 millions d’euros. Arrêter de jouer ne coûte rien. Partir jouer ailleurs coûte une fortune.
Ni la MLS, évoquée par AS, ni un club européen ne paiera ce prix pour un attaquant de 38 ans. Fabrizio Romano l’avait résumé dès la fin août : la retraite ou un autre club saoudien, mais pas de retour en Europe. Benzema a pourtant refusé Al-Shabab.
Dans ce schéma, Lyon relève du fantasme. L’OL ne compensera jamais ce que coûterait la fin de ce contrat. Benzema semblait l’avoir pressenti dès décembre 2025 dans L’Équipe, lorsqu’il disait craindre d’abîmer, en revenant, la belle image laissée à Gerland.
Du buteur à l’ambassadeur salarié
Le cas Benzema dépasse sa fin de carrière. Depuis juin 2023, le fonds souverain PIF contrôle Al-Hilal, Al-Ittihad, Al-Nassr et Al-Ahli. La même année, la Ligue a lancé un programme centralisé de recrutement des stars étrangères.
Son vice-président l’a reconnu à la télévision saoudienne : Al-Nassr n’a pas déboursé un riyal pour Cristiano Ronaldo, c’est le programme qui a payé. Les clubs alignent les joueurs. L’État, lui, achète des visages.
Le divorce avec Al-Ittihad, début 2026, allait déjà dans ce sens. Le club de Djeddah lui proposait une prolongation sans salaire fixe, adossée à ses seuls droits à l’image. Benzema a refusé et rejoint le rival de Riyad. Mais le message était clair : à 38 ans, sa valeur se compte moins en buts qu’en audience.
Le prix de la liberté
Reste ce que l’argent ne règle pas. En Europe, la valeur commerciale de Benzema s’est fragilisée. Son contrat avec Adidas a expiré. Fin septembre, The Athletic a révélé que Nike avait annulé un tournage à Londres en invoquant son passé judiciaire, ce que le joueur a démenti sur Instagram.
Vu sous cet angle, le contrat saoudien n’est pas une simple rente. C’est le marché le plus solide qu’il lui reste. Le royaume lui offre ce que l’Europe lui mesure désormais : de la considération, et beaucoup d’argent.
Benzema a donc le choix entre deux libertés. Celle de jouer où il veut, au prix de dizaines de millions. Ou celle de ne plus jamais jouer, et de rester ce qu’il est devenu : le chômeur le mieux payé du football. Sept semaines après son dernier match, son silence ressemble déjà à une réponse.