Dépendant de Bruno Fernandes et d’un effectif incomplet, Manchester United tourne en rond. Un constat qui fragilise déjà Michael Carrick.
Michael Carrick a livré une lecture très positive du match nul concédé à Fulham. Selon l’entraîneur de Manchester United, son équipe n’a pas été passive et en a fait assez pour l’emporter. Il s’est hérissé face aux critiques sur ce point, se montrant pour la première fois agacé devant les médias.
Son analyse tranche avec celle de la quasi-totalité des consultants, et même avec celle de certains de ses joueurs. Au micro de Sky Sports, Matheus Cunha a dressé un constat bien moins enjoué : « On joue toujours mieux après avoir encaissé un but. Et ça ne peut pas être comme ça. »
Ce scénario risque pourtant de se répéter. United semble avoir besoin d’un choc émotionnel pour se mettre à jouer, faute d’un système offensif capable de structurer l’équipe.
Un Manchester United sans véritable construction du jeu
Le problème tient moins au résultat qu’au contenu. United ne construit pas ses actions comme on l’attendrait d’un club qui lance un nouveau projet. Beaucoup d’attaques se résument à des enchaînements de passes sans direction apparente, conclus par une frappe lointaine ou un centre. Puis tout recommence.
Pour faire progresser le ballon, l’équipe dépend toujours de Bruno Fernandes. La saison dernière, les adversaires résumaient déjà la situation d’une formule : « Arrêtez Fernandes et vous arrêtez United. » À Fulham, comme lors de la défaite face à Manchester City une semaine plus tôt, le Portugais a passé une grande partie du match bien trop bas, sans parvenir à se projeter.
United a eu beaucoup de possession et beaucoup de tirs, mais presque aucune structure. En face, Fulham a déroulé une idée offensive plus lisible.
Des signaux d’alerte présents avant sa nomination définitive
Ces limites n’ont rien de soudain. Lorsque montait l’appel, compréhensible et justifié, à confier le poste à plein temps à Carrick, des sources internes vantaient ses trouvailles tactiques. Ses appels leurres avaient piégé les lignes de hors-jeu de Manchester City et d’Aston Villa.
Ces idées révèlent un vrai sens tactique. Elles relèvent toutefois d’une logique de coup de pied arrêté : des mouvements chorégraphiés, joués dans le cours du jeu, qui ne remplacent pas une construction collective coordonnée. Une fois exécutés contre un adversaire, ils sont difficiles à reproduire une seconde fois.
Un effectif incomplet après un mercato limité
Carrick pâtit aussi du manque de moyens du club. Il manque de solutions dans des secteurs clés, en particulier sur les côtés. United n’a recruté que trois joueurs, tous au milieu central, quand des clubs aux ressources comparables en ont enrôlé sept en moyenne.
L’intégration à venir de Carlos Baleba pourrait relever l’intensité et pousser l’équipe plus haut sur le terrain. Un piston recruté en janvier apporterait peut-être davantage d’amplitude. L’effectif reste une part du problème.
De l’intérim à la titularisation, une pression d’une autre nature
Comme Ole Gunnar Solskjaer à la mi-2019, Carrick vit presque l’inverse de ses premiers mois sur le banc. Tout lui réussissait alors. En démêlant le système de Ruben Amorim, il avait apporté une clarté attendue, renforcée par un calendrier aéré. Ses joueurs, enfin revigorés, disposaient de temps pour préparer des rencontres face à des équipes irrégulières. Son statut d’intérimaire le protégeait.
Son travail sur l’état d’esprit du groupe a pesé lourd dans sa nomination. Carrick est crédité d’avoir assaini une culture toxique, et ce chantier serait l’un des points forts du club aujourd’hui. Le vestiaire compte de nombreux joueurs de caractère. Mais aucune personnalité ne résiste indéfiniment à l’effet des mauvais résultats, et les joueurs paraissaient déjà tendus avant la rencontre.
Une spirale négative que le but de Cunha ne suffit pas à enrayer
Une dynamique négative s’est installée. Le but décisif d’Erling Haaland pour Manchester City, la nouvelle blessure de Benjamin Sesko, puis le but contre son camp de Lisandro Martinez à Craven Cottage : tout tourne contre United.
La frappe déviée de Cunha fait figure de rare coup de chance. La direction pourrait y voir un moment psychologiquement décisif, puisqu’elle apaise les esprits avant une trêve de trois semaines qui aurait pu faire monter la tension. L’embellie risque toutefois d’être passagère.
Après cinq matches, un scénario se dessine déjà. Sous la pression du statut d’entraîneur titulaire, United continue d’enchaîner les prestations incertaines, jusqu’à ce qu’un nouveau changement devienne inévitable. Le poste a changé de nature, et Carrick devra changer bien davantage pour échapper à ce cycle.