Salaire des éducateurs de football : convention collective, niveau de jeu et temps de travail fixent la paie. Décryptage des règles en vigueur.
L’Insee ne publie aucun salaire moyen des éducateurs de football, car ses données ne distinguent pas cette discipline des autres sports. Il reste des minima. Le statut que la Fédération française de football (FFF) a mis en ligne le 29 juin fixe à 2 013,06 euros brut mensuels la paie plancher de l’entraîneur principal d’un club de Régional 1, le plus haut championnat régional. La Charte du football professionnel porte ce plancher à 17 920 euros en Ligue 1. Sous ces seuils se tiennent les temps partiels, les apprentis et les milliers de bénévoles qui encadrent sans être payés.
Le Smic a changé de place dans le sport amateur. Depuis le 1er juin 2026, le salaire minimum s’établit à 12,31 euros brut de l’heure, soit 1 867,02 euros par mois pour 35 heures hebdomadaires.
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Ce relèvement fait passer le premier échelon de la convention collective nationale du sport (CCNS) sous le minimum légal. La CCNS est le texte qui fixe les salaires plancher des associations et des clubs sportifs, et elle classe les salariés en groupes numérotés. Son groupe 1, arrêté à 1 848,42 euros, se retrouve dépassé de 18,60 euros, si bien qu’un club qui rémunère un salarié à ce niveau lui doit désormais le Smic. Le groupe 2, fixé à 1 885,14 euros, ne conserve plus que 18,12 euros d’avance.
Une annonce diffusée par France Travail (ex-Pôle emploi) avant la revalorisation montre ce que ce changement signifie sur le terrain. L’employeur y offrait entre 1 848,42 et 1 997,87 euros brut par mois pour un poste à 35 heures de responsable d’école de football, la section qui accueille les plus jeunes joueurs du club. Ces deux bornes correspondaient au groupe 1 et au groupe 3 de la convention. Depuis juin, la borne basse ne pourrait plus s’appliquer telle quelle à un salarié majeur employé à temps plein.
Pour un éducateur qualifié, le repère se situe au-dessus de ce groupe 1. Les syndicats et les employeurs de la branche ont signé le 3 avril 2025 l’avenant salarial n° 210, un accord qui révise les salaires de la convention. Le ministère du travail l’a ensuite étendu par un arrêté du 24 juin 2025, ce qui le rend obligatoire pour tous les employeurs de son champ. Depuis le 1er janvier 2026, cette grille impose 1 997,87 euros brut mensuels au groupe 3 et 2 099,37 euros au groupe 4. Sur une année, un éducateur payé à ces niveaux perçoit donc entre 24 000 et 25 200 euros brut environ, hors primes.
La convention prévoit en outre une grille réservée aux entraîneurs, divisée en classes désignées par des lettres. À temps plein, elle fixe le minimum à 2 008,07 euros en classe A, 2 218,72 euros en classe B et 2 296,25 euros en classe C. Du groupe 3 à la classe C, les planchers tiennent dans un intervalle d’à peine 300 euros.
Les recruteurs s’alignent sur ces seuils. À Brest, une offre d’éducateur sportif en CDI publiée sur France Travail affichait 2 048 euros brut pour 35 heures, avec des interventions régulières en soirée et le samedi. Ce montant se situe 50 euros au-dessus du groupe 3 et 51 euros sous le groupe 4. Quant aux horaires, ce sont ceux où les licenciés, les joueurs inscrits au club, s’entraînent et disputent leurs matchs.
Un éducateur de football salarié à temps plein dans un club amateur touche ainsi, le plus souvent, entre 2 000 et 2 300 euros brut par mois, soit de 130 à 430 euros de plus que le Smic. Sa position dans cette fourchette se joue sur une ligne de son contrat : la classification, c’est-à-dire le groupe ou la classe qui lui est attribué.
La fiche de poste, premier levier du salaire
Pour attribuer ce groupe, les signataires de la CCNS ont retenu les fonctions que le salarié exerce réellement : son autonomie, sa technicité et l’étendue de ses responsabilités. Le diplôme obtenu et l’intitulé inscrit sur le contrat ne suffisent pas à le fixer. Un éducateur qui anime des séances selon un programme écrit par d’autres ne relève donc pas forcément du même échelon qu’un responsable d’école de football. Ce dernier conçoit le projet sportif, coordonne les autres éducateurs et rend compte directement aux dirigeants.
L’écart grandit à mesure que les responsabilités s’élargissent. En haut de la grille des entraîneurs, la classe D, réservée aux cadres, impose un salaire annuel brut d’au moins 43 308,35 euros, soit environ 3 609 euros par mois sur douze mois. Entre la classe A et la classe D, le plancher progresse de 80 %. Sans sortir de la convention collective, un club peut presque doubler le minimum dû à son technicien en lui confiant la direction de son projet.
Dire d’un éducateur qualifié qu’il est payé au Smic suppose donc d’avoir lu sa fiche de poste. Pour la plupart des emplois qualifiés, la référence commence au groupe 3 ou dans la grille des entraîneurs.
Du brut au net, le calcul de l’Urssaf
Sur la fiche de paie, ces minima bruts fondent d’environ un cinquième une fois les cotisations prélevées. Une rémunération de 2 000 à 2 300 euros brut mensuels donne en général un net avant prélèvement à la source compris entre 1 580 et 1 820 euros. Cette conversion reste indicative et ne correspond à aucun barème officiel. Le statut cadre ou non-cadre, la nature du contrat, le temps de travail et les avantages en nature déplacent le résultat.
L’Urssaf recommande de passer par son simulateur, mis à jour, pour convertir un brut en net selon la situation exacte du salarié. Le net imposable et la somme virée après prélèvement à la source forment encore deux chiffres distincts. Au minimum conventionnel, un éducateur à temps plein reçoit ainsi moins de 1 900 euros par mois sur son compte.
Le saut du National 1 et de la Ligue 3
À partir d’un certain niveau de compétition, la FFF fixe elle-même le salaire plancher de l’entraîneur principal, celui qui dirige l’équipe première du club. Le Statut des éducateurs et entraîneurs du football pour la saison 2026-2027, mis en ligne le 29 juin, réorganise les montants pour faire place à la Ligue 3, une nouvelle division placée au-dessus du National 1.
L’entraîneur principal doit y percevoir au moins 3 736,35 euros brut par mois. Le minimum s’établit ensuite à 2 638,33 euros en National 1 et 2 165,56 euros en National 2, les deux championnats nationaux situés au-dessus des ligues régionales, puis à 2 013,06 euros en Régional 1. En première division de futsal, le football en salle à cinq joueurs, la fédération renvoie au Smic ou au minimum de la CCNS, selon le plus favorable des deux.
Moins de 5 euros séparent le plancher d’un entraîneur principal de Régional 1 de celui de la classe A de la convention du sport. En National 2, le minimum fédéral reste même sous la classe B. Jusqu’à ce niveau, le championnat n’ajoute presque rien à ce que la convention collective garantit déjà. Le saut se produit plus haut : 473 euros de plus en National 1 qu’en National 2, puis 1 098 euros supplémentaires en Ligue 3. Le minimum de la Ligue 3 atteint ainsi près du double de celui de la Régional 1.
Ces minima ne visent que l’entraîneur principal. Dans un même club, l’entraîneur des seniors, le responsable de l’école de football, l’éducateur des moins de 13 ans et un intervenant venu quelques heures par semaine peuvent toucher des sommes très différentes. Les montants fédéraux s’entendent en outre pour 35 heures hebdomadaires et se réduisent au prorata en cas de temps partiel, dans la limite des durées minimales de travail.
Le niveau de compétition commande aussi le diplôme exigé sur le banc. La FFF demande le brevet d’entraîneur de football (BEF, équivalent de la licence A délivrée par l’Union des associations européennes de football, l’UEFA) en Régional 1. En National 2 et en National 1, elle exige le diplôme d’État supérieur (DES) ou l’ancien brevet d’État d’éducateur sportif du deuxième degré (BEES 2). De la Ligue 3 à la Ligue 1, elle impose le brevet d’entraîneur professionnel de football (BEPF, équivalent de la licence UEFA Pro). Le diplôme ouvre l’accès au poste. La paie se fixe ensuite selon les fonctions, le volume horaire, l’expérience et la trésorerie du club.
Primes, logement, voiture
Ce plancher fédéral n’a pas à être versé intégralement en salaire fixe. Pour les entraîneurs principaux à temps plein, de la Régional 1 à la Ligue 3, la FFF autorise une rémunération composée d’un fixe, de primes liées aux résultats sportifs et d’avantages en nature, ces biens fournis par l’employeur et comptés dans la paie. Le fixe doit atteindre au moins 85 % de la rémunération de référence.
L’employeur ne peut pas s’en tenir à ces 85 % : l’ensemble des éléments doit atteindre le minimum applicable. Les primes figurent dans le contrat, et celles qui récompensent les résultats sont versées au plus tard à la fin de la saison. Un logement ou un véhicule est évalué et inscrit à la fois au contrat et sur le bulletin de paie. Le remboursement de frais professionnels réels, lui, n’entre pas dans le salaire.
Pour un entraîneur principal de National 1, jusqu’à 396 euros par mois peuvent ainsi prendre la forme d’un appartement, d’une voiture de fonction ou d’une prime de résultats.
Onze heures par semaine
Tous ces montants supposent un temps plein, que beaucoup de clubs amateurs n’offrent pas. Ils emploient leurs éducateurs quelques heures seulement, pour les entraînements, les matchs, les stages des vacances scolaires et une part des tâches administratives. Une offre récente publiée sur France Travail portait sur un contrat de 11 heures hebdomadaires, rémunéré 12,60 euros brut de l’heure.
Ce taux dépasse le Smic horaire de 29 centimes. Rapporté au mois, pourtant, le contrat rapporte environ 600 euros brut. C’est le volume d’heures qui ramène le montant perçu très en dessous du repère des 2 000 euros.
L’apprentissage élargit encore l’écart. En Île-de-France, une offre d’éducateur football-futsal en alternance, publiée en 2026 sur France Travail, annonçait de 950 à 2 150 euros brut mensuels, en précisant que le montant varierait selon l’âge du candidat. Le salaire d’un apprenti suit en effet des règles propres, fondées sur son âge et sur l’année du contrat. L’alternance sert de porte d’entrée dans le métier, notamment pour préparer le brevet de moniteur de football (BMF, équivalent de la licence UEFA B), premier diplôme de la filière fédérale. Mêlée aux emplois permanents dans un calcul, elle fait baisser les moyennes.
Ces temps partiels se retrouvent dans la dernière étude de l’Insee sur les trajectoires des éducateurs sportifs salariés. L’institut y décrit des volumes de travail variables, des parcours discontinus et des éducateurs qui cumulent souvent plusieurs emplois, sans isoler le football. Ses données ne croisent pas non plus la discipline, le diplôme, le championnat, la durée de travail et le type de contrat. Les offres d’emploi ne comblent pas ce manque, puisque les clubs, les ligues régionales et les réseaux locaux recrutent aussi sans passer par une annonce. Le salaire moyen d’un éducateur de football que l’on voit parfois avancé ne repose donc sur aucune base statistique.
Les bénévoles, hors de toute grille
Sous les temps partiels, une large part de l’encadrement, au niveau départemental surtout, est assurée par des bénévoles. Un bénévole ne reçoit aucun salaire, même s’il dirige plusieurs séances par semaine et accompagne son équipe tous les week-ends. Le club peut seulement lui rembourser ses frais réels sur justificatifs, en particulier les déplacements effectués pour l’association.
Ces remboursements ont une limite juridique. Dès qu’une somme rétribue de façon régulière un travail accompli sous l’autorité du club, un juge peut requalifier la relation en contrat de travail. Le Code du sport encadre par ailleurs strictement le passage à la rémunération. Pour enseigner, animer, encadrer une activité sportive ou entraîner des pratiquants contre de l’argent, l’éducateur doit détenir un diplôme, un titre à finalité professionnelle ou un certificat de qualification reconnu, qui garantisse la sécurité des pratiquants. Il doit aussi déclarer son activité pour obtenir une carte professionnelle. L’administration vérifie à cette occasion ses qualifications et son honorabilité, c’est-à-dire l’absence de condamnations qui interdisent d’encadrer. Les personnes en cours de formation peuvent exercer dans les conditions que fixe le règlement de leur certification.
Or une partie des attestations délivrées par la fédération pour l’encadrement bénévole ne suffit pas, à elle seule, à exercer contre rémunération. Deux éducateurs qui dirigent la même séance, sur le même terrain, peuvent donc toucher l’un un salaire et l’autre rien, selon la certification qu’ils détiennent. Avant toute embauche, le club doit vérifier ce que le diplôme du candidat l’autorise à faire. Entre zéro et 2 000 euros, la barrière tient à une qualification reconnue par l’État.
En Ligue 1, un plancher neuf fois plus élevé
À l’autre bout de l’échelle, les clubs professionnels appliquent leur propre grille. La Charte du football professionnel, qui leur tient lieu de convention collective, fixe dans sa version 2026-2027, à jour au 1er juillet, un salaire de base minimum de 17 920 euros brut par mois. Il s’applique au titulaire du BEPF chargé de l’organisation technique et de la direction de l’équipe professionnelle d’un club de Ligue 1. En Ligue 2, le minimum de la même fonction tombe à 8 750 euros. Le responsable d’un centre de formation masculin agréé, l’académie où le club forme ses futurs joueurs professionnels, doit percevoir au moins 5 900 euros en Ligue 1 et 3 900 euros en Ligue 2.
Le plancher de la Ligue 1 représente près de neuf fois le minimum d’un éducateur classé au groupe 3 de la convention du sport, et le double de celui de la Ligue 2. En Ligue 2, le directeur d’un centre de formation gagne au minimum 164 euros de plus que l’entraîneur principal d’un club de Ligue 3. Au-delà de ce palier, les planchers conventionnels ne disent plus grand-chose des salaires effectivement versés.
Le quotidien sportif L’Équipe évaluait, dans son enquête annuelle sur la saison 2025-2026 reprise par Le Figaro, la rémunération mensuelle brute de Luis Enrique, l’entraîneur du Paris Saint-Germain, à environ un million d’euros. Cette estimation équivaut à cinq cents fois le minimum d’un éducateur de club amateur classé au groupe 3.