Le RC Lens a soulevé une Coupe de France qui manquait à son palmarès depuis plus de vingt ans. Les visages offensifs de cette saison s’ajoutent désormais à la longue liste des buteurs sang et or. Leur production chiffrée reste pourtant très loin du record établi par Ahmed Oudjani.
Abdallah Sima serre le trophée contre lui en quittant la pelouse du Stade de France. Autour de lui, les joueurs du RC Lens saluent les tribunes où les drapeaux sang et or ne se sont pas arrêtés de bouger depuis le coup d’envoi. Le club vient de remporter la Coupe de France 2025‑2026, principale coupe nationale organisée par la Fédération française, face à Marseille. L’attaquant sénégalais termine la compétition avec cinq buts, dont deux inscrits avant les quarts de finale, ce qui fait de lui le meilleur buteur lensois de cette édition devant ses coéquipiers. Il ne figure pas en tête du classement général des buteurs de la Coupe, dominé par deux joueurs issus de clubs amateurs évoluant en divisions inférieures, mais ses réalisations ont accompagné chaque marche vers la finale et la victoire.
Ce soir‑là, le RC Lens est porté par un buteur de coupe dont le nom n’apparaît pas dans les grandes listes de la Ligue 1, le championnat de première division française. Sima n’est pas le visage statistique du football français de la saison, mais il est celui du trophée que le club ajoute à sa vitrine. Son total de cinq buts dans la compétition se compare aux 22 buts de Mason Greenwood sur la seule année civile 2025 en championnat, soit plus de quatre fois plus, mais il suffit pour inscrire son nom dans l’histoire récente des Sang et Or. En l’espace de quelques semaines, les supporters lensois voient défiler plusieurs visages offensifs : Sima en Coupe, Wesley Saïd et Odsonne Édouard en Ligue 1, Florian Thauvin en renfort au fil de la saison. La question qui s’ouvre n’est pas celle du héros isolé, mais celle d’un club dont les buteurs se succèdent sans approcher les chiffres d’un record d’un autre âge.
Les buteurs lensois de 2025, des chiffres sans domination
Fin décembre 2025, un site d’actualité locale, Horizon Actu, publie un bilan des buteurs du RC Lens sur l’année civile. Wesley Saïd y apparaît en tête avec huit buts toutes compétitions confondues, devant Odsonne Édouard et Neil El Aynaoui à sept buts, Florian Thauvin à cinq, Rayan Fofana à trois. Dans le même temps, aucun Lensois ne figure dans le top 10 des meilleurs buteurs de Ligue 1 en 2025, classement où Mason Greenwood termine premier avec 22 buts sous le maillot de Marseille. Le meilleur buteur lensois de l’année marque ainsi presque trois fois moins que le leader du championnat, et le club voit ses buts se répartir sur plusieurs profils plutôt qu’être concentrés sur une seule pointe. Ce bilan chiffré montre une attaque efficace à l’échelle du club, mais sans joueur en situation de dépasser durablement la dizaine de buts par saison.
Les statistiques de la saison 2025‑2026 en Ligue 1 prolongent ce tableau. Un site de données, Classementlaliga, calcule la performance globale des Sang et Or : nombre de buts, « expected goals » (xG, estimation du nombre de buts attendus à partir des occasions créées), possession, clean sheets, c’est‑à‑dire les matches sans but encaissé. Le club inscrit un total de buts cohérent avec une équipe du haut de tableau, mais les réalisations se partagent entre Saïd, Édouard, Thauvin et d’autres, sans qu’un attaquant lensois se détache au‑delà d’une quinzaine de buts sur l’exercice. Dans les listes de buteurs et de passeurs de la Ligue 1, où la Ligue de football professionnel recense les joueurs qui marquent et ceux qui délivrent des passes décisives, les noms lensois apparaissent plutôt dans la partie médiane des classements. Les chiffres de 2025 et de la saison 2025‑2026 posent une base : à Lens, le poids des buts est partagé, et les buteurs d’aujourd’hui s’inscrivent sur des volumes modestes comparés aux grandes références nationales.
Florian Sotoca, record offensif du XXIe siècle
Le 28 octobre 2023, Florian Sotoca inscrit un doublé contre Nantes lors d’une victoire 4‑0 du RC Lens en Ligue 1. Ce soir‑là, la presse régionale et nationale note qu’il devient le meilleur buteur lensois en championnat au XXIe siècle, avec 31 réalisations en Ligue 1 et Ligue 2, devant les attaquants passés depuis les années 2000. La Voix du Nord rappelle le lendemain qu’à 33 ans, l’ancien Narbonnais est désormais l’attaquant le plus prolifique du club depuis le début du siècle, lui qui a rejoint Lens en 2019 et enchaîné les saisons dans le système à deux pointes, c’est‑à‑dire avec deux attaquants axiaux. Le site officiel du RC Lens insiste sur son impact lors de la saison 2022‑2023 : dix buts et sept passes décisives en Ligue 1, un total qui l’avait déjà placé parmi les joueurs les plus décisifs du championnat. En quatre ans, Sotoca a trouvé le chemin des filets à un rythme qui le place dans une catégorie à part pour Lens, sans toutefois approcher les leaders nationaux du même moment.
Ces chiffres lui donnent un statut particulier au sein du club. À l’automne 2023, la presse locale le décrit comme « indispensable », en soulignant son volume de courses et son rôle de relais entre le milieu et l’attaque. Il ne se distingue pas seulement par ses buts mais par la somme de ses actions, qu’une partie des données avancées mesure à travers le nombre d’occasions créées et de passes décisives, ces dernières étant la dernière passe avant un but. Sotoca présente donc le profil d’un attaquant moderne dont le rendement ne se juge pas uniquement au total de buts, même lorsque ce total le situe en tête des buteurs lensois de l’ère récente. Son cas pose une question implicite : comment comparer le rôle d’un joueur dont la valeur s’étend à la passe et au pressing à celui d’un avant‑centre des années 1960, jugé presque uniquement à ses buts ?
Ahmed Oudjani, un record établi sur 124 buts
Dans les archives du RC Lens, une page consacrée aux buteurs historiques mentionne Ahmed Oudjani. Le club lui attribue 124 buts en 201 matches, toutes compétitions confondues, dont 94 en première division, pour deux périodes : de 1958 à 1965 puis de 1970 à 1972. Ce total en fait le meilleur buteur de l’histoire du RC Lens, devant tous les autres attaquants recensés par le club, qu’ils aient joué avant la professionnalisation complète de la Ligue 1 ou dans l’ère télévisée, marquée par la diffusion régulière des matches à partir des années 1980. Des sites consacrés à l’histoire du club et à ses légendes reprennent ce chiffre de 124 buts et le nomment en tête de leurs listes, parfois avec de légères variations selon l’intégration des matches de coupe ou des rencontres non officielles, ces dernières n’étant pas toujours comptabilisées dans les statistiques officielles. Les sources qui diffèrent sur le détail se rejoignent sur l’essentiel : aucun autre joueur lensois n’a inscrit autant de buts officiels que lui sous le même maillot.
Ce record se compare aux volumes des attaquants contemporains. Avec ses 31 à 32 buts en championnat au XXIe siècle, Florian Sotoca se situe à un quart du total en Ligue 1 d’Oudjani, malgré une présence prolongée au club. Les huit buts de Wesley Saïd sur l’année 2025 ne représentent qu’une petite fraction du record historique, dans un football où le nombre de matches joués par saison est pourtant supérieur à celui des années 1960, du fait de l’augmentation du nombre de compétitions. En Coupe de France 2025‑2026, les cinq buts d’Abdallah Sima pèsent dans l’obtention du trophée mais restent très loin des 124 marques du recordman, même en ajoutant les buts de championnat sur la même période. À l’échelle du club, le record d’Oudjani apparaît comme un sommet statistique difficile à atteindre, même pour des buteurs présents plusieurs saisons dans l’effectif.
Des carrières plus mobiles et des buts plus dispersés
Les bases statistiques de Ligue 1 montrent une forte mobilité des buteurs sur les dernières saisons. Mason Greenwood a marqué 22 buts pour Marseille sur la seule année civile 2025, alors qu’il avait débuté en Ligue 1 avec un autre club, ce qui illustre le mouvement régulier des joueurs entre équipes. D’autres attaquants comme Mohamed Bayo ou Thijs Dallinga changent de maillot ou voient leur temps de jeu évoluer sensiblement d’une saison à l’autre, ce qui limite la possibilité de cumuler des totaux très élevés dans un même club. Le RC Lens n’échappe pas à cette dynamique, avec des joueurs offensifs qui arrivent en provenance d’autres championnats, signent pour quelques saisons et repartent vers de nouvelles destinations, parfois à l’étranger. Dans ce système, le nombre de buts inscrits dans un club donné dépend autant de la durée de contrat que du talent, ce qui constitue un facteur simple pour expliquer la rareté des records dépassant les 100 buts.
Les chiffres internes lensois renforcent ce constat. Sur la saison 2025‑2026, les statistiques agrégées du club montrent une répartition des buts entre attaquants, milieux et pistons, ces derniers désignant les joueurs de couloir dans les schémas à trois défenseurs, autour de valeurs qui tournent entre cinq et dix buts pour les joueurs les plus décisifs. Les créateurs d’occasions ne se résument pas aux avants, et certains joueurs, comme les latéraux offensifs, participent pour partie à la production de buts, ce que reflètent les tableaux de passes décisives publiés par la Ligue. À l’inverse, un buteur comme Ahmed Oudjani évoluait dans un football où le jeu se construisait fortement autour de l’avant‑centre, lui permettant d’atteindre des totaux de buts concentrés sur une seule position et un seul joueur. Les différences de durée de carrière au club, de rotation d’effectif et de rôle tactique expliquent en partie pourquoi les attaquants lensois d’aujourd’hui peuvent gagner des trophées sans approcher les records chiffrés de leurs prédécesseurs.
Une identité offensive entre mémoire et présent
Au stade Bollaert‑Delelis, les portraits des anciens joueurs rappellent le lien entre le club et ses buteurs. Les supporters citent souvent les noms de Maryan Wisniewski, de Roger Lemerre ou d’Ahmed Oudjani lorsqu’ils évoquent les années 1950 et 1960, période où le RC Lens se construit une place en première division à partir d’un jeu porté vers l’attaque. Les articles consacrés aux « plus grands joueurs » du club retiennent volontiers des profils offensifs parmi leurs dix noms, en mêlant buteurs des années 1960 et figures du titre de 1998, comme Tony Vairelles ou Vladimir Smicer. Dans les années 2020, les bilans de saison et les portraits publiés sur les sites spécialisés mettent davantage en avant les joueurs polyvalents, capables de défendre et d’attaquer, mais les buts continuent d’occuper une place centrale dans la manière dont le club raconte ses réussites. La scène du Stade de France en mai 2026 s’ajoute à cette série d’images où un buteur, même temporaire, devient le visage d’un moment que le club range ensuite parmi ses références.
Quelques jours après la finale, Abdallah Sima pose avec la Coupe de France sur la pelouse d’entraînement du RC Lens. Autour de lui, les jeunes de l’académie viennent chercher une photo et une signature sur leurs maillots, où figurent parfois le nom de Sotoca plutôt que le sien. Les chiffres de ces deux joueurs restent éloignés des 124 buts d’Ahmed Oudjani, mais leurs actions de 2023 et 2026 entrent dans la galerie des moments que le club met en avant dans ses communications et dans ses espaces consacrés à son histoire. Sur une banderole déployée à Bollaert, un groupe de supporters inscrit les dates 1998 et 2026 côte à côte, pour relier le titre de champion et la Coupe de France dans une même ligne de temps. Au milieu de ces chiffres et de ces images, le record de 124 buts reste inscrit sur les murs, et les buteurs d’aujourd’hui posent avec leurs propres totaux, bien plus bas mais associés à un trophée qui vient d’entrer dans le palmarès.