Sébastien Loeb domine le rallye-raid mondial mais son programme s’arrête en novembre 2026. L’Alsacien cherche un volant pour tenter enfin de gagner le Dakar.
En ce mardi 26 mai 2026, Sébastien Loeb disputait en Argentine la troisième manche du championnat du monde de rallye-raid. À 52 ans, l’Alsacien aux neuf titres mondiaux n’a toujours pas gagné le Dakar, son obsession depuis dix ans. Mais dans quatre mois, son volant disparaîtra : son équipe Dacia s’arrête brutalement. Loeb cherche une nouvelle monture pour 2027, et rien n’est acquis.
Que devient Boris Becker ?
Leader en sursis
Première étape du rallye argentin, vendredi 24 mai, quelque part entre Mendoza et San Rafael. Sébastien Loeb et son coéquipier Nasser Al-Attiyah ouvrent la piste au volant de leurs buggys Dacia Sandrider. Les deux hommes, qui se disputent le titre mondial, paient leur position d’ouvreurs. Loeb crève à deux reprises. L’écart se creuse avec les poursuivants.
Avant le départ de ce Desafio Ruta 40, disputé du 24 au 29 mai, l’Alsacien dominait le championnat du monde de rallye-raid, une compétition organisée autour de cinq manches : Dakar, Portugal, Argentine, Maroc, Émirats arabes unis. Avec 87 points, il comptait sept longueurs d’avance sur Al-Attiyah. Deux hommes se détachaient alors nettement dans la lutte pour le titre.
Ce leadership s’explique d’abord par sa victoire au Portugal, en mars. Sur 2 175 kilomètres dont 1 320 chronométrés, Loeb et son copilote Édouard Boulanger ont pris la tête dès la deuxième étape et l’ont conservée jusqu’à l’arrivée. Avance finale sur Seth Quintero, pilote Toyota : 2 minutes et 46 secondes. Il s’agissait de sa troisième victoire dans ce championnat.
Mais cette place de numéro un est suspendue à une autre réalité. En février 2026, le groupe Renault a annoncé l’arrêt de tous ses programmes compétition à la fin de l’année. Dacia Sandriders, l’écurie de rallye-raid qu’il a rejointe fin 2024, disparaîtra en novembre. Loeb n’aura plus de volant pour 2027. Il l’a dit lui-même : « l’arrêt de Dacia ne signifie pas l’arrêt de sa carrière ». Mais aucune solution n’est encore sécurisée.
Renault ferme la porte
L’annonce est tombée le 12 février 2026. Renault a décidé de mettre fin à tous ses programmes compétition à l’issue de la saison. Dacia en rallye-raid s’arrête donc fin 2026. Pour Loeb, qui avait rejoint ce projet après des passages chez Bahrain Raid Xtreme puis Hunter, le couperet est direct. Dans quatre mois, il sera sans programme officiel.
Le pilote alsacien savait que plusieurs scénarios existaient en interne, y compris celui d’un arrêt immédiat après le Dakar. Il a depuis entamé des discussions avec Toyota et Ford. Jean-Marc Fortin, côté Toyota, et Malcolm Wilson, chez M-Sport Ford, font partie des interlocuteurs identifiés. Mais les échanges n’ont pas encore débouché sur un projet concret.
Le problème est simple : le marché est étroit. Toyota pèse lourd dans la discipline. Ford revient avec des ambitions fortes. Quelques structures privées complètent le plateau. Il y a peu de constructeurs, peu de places, et Loeb le sait. À 52 ans, même avec l’un des plus grands palmarès de l’histoire du sport automobile, il n’avance pas avec la certitude de retrouver un baquet.
Le Dakar lui résiste
Le Dakar reste le grand angle mort de sa carrière. Depuis 2016, Sébastien Loeb a pris dix départs dans l’épreuve. Il n’a jamais gagné. Son bilan compte cinq podiums et trois abandons.
L’un des épisodes les plus durs remonte à janvier 2025. Lors de la troisième étape, au kilomètre 12, son Dacia Sandrider part plusieurs fois en tonneaux après avoir heurté une cassure de terrain. L’arceau de sécurité est jugé trop endommagé pour l’autoriser à repartir. La course s’arrête là. C’est alors son troisième abandon sur le Dakar.
En janvier 2026, il termine quatrième du rallye, à 15 minutes et 10 secondes du vainqueur Nasser Al-Attiyah. Il ne gagne aucune étape. Il ne mène jamais le classement général. Longtemps repoussé au second plan, il remonte pourtant jusqu’au pied du podium. Sur la dernière journée, il échoue à 37 secondes de la troisième place occupée par Mattias Ekström. À l’arrivée, il le répète : « son envie est toujours de piloter et de gagner enfin ce Dakar ».
Le retour de Monte-Carlo
Pour comprendre pourquoi Loeb continue, il faut revenir au 23 janvier 2022. Ce soir-là, au Rallye Monte-Carlo, il décroche sa 80e victoire en championnat du monde des rallyes. Engagé ponctuellement avec M-Sport Ford dans la nouvelle génération hybride, il renverse la course dans l’avant-dernière spéciale. Sébastien Ogier, qui le précédait, crève au moment décisif. Loeb passe devant.
Cette victoire a un poids particulier. À 47 ans, il devient le plus vieux vainqueur de l’histoire du WRC. Il devient aussi le seul pilote à avoir gagné dans trois décennies différentes. À ses côtés, Isabelle Galmiche, institutrice de profession, remporte pour sa première apparition au plus haut niveau une victoire historique.
À la fin de l’année 2025, lorsque Sébastien Ogier égale son total de neuf titres mondiaux, la question d’un retour plus régulier en WRC revient naturellement. Loeb n’exclut pas totalement l’idée. Il explique alors qu’un programme restait incompatible avec son engagement chez Dacia. Mais il prend soin de ne pas fermer la porte.
Neuf titres de suite
Entre 2004 et 2012, Sébastien Loeb remporte neuf championnats du monde consécutifs en WRC. Le chiffre suffit à le situer. Aucun autre pilote de rallye n’a dominé sa discipline avec une telle continuité.
Le détail du palmarès donne l’échelle : 80 victoires, 120 podiums en 184 départs, 935 meilleurs temps en spéciale. Son premier titre mondial arrive en 2004 avec six victoires, dont un succès en Suède, où il devient le premier non-Scandinave à gagner. Le neuvième est décroché le 6 octobre 2012 lors du Rallye de France-Alsace, à Haguenau, sa ville natale.
Mais la séquence n’a rien d’un long fleuve calme. En 2003, il perd le titre pour un seul point face à Petter Solberg. En 2002, il croit tenir sa première victoire mondiale au Monte-Carlo avant d’être déclassé après une erreur de son équipe sur les pneus. Quelques mois plus tard, il gagne officiellement en Allemagne. Les fondations de sa carrière se bâtissent là, entre frustration immédiate et réponse rapide sur la route.
Le duo avec Daniel Elena
Daniel Elena s’assoit à la droite de Sébastien Loeb pour la première fois en 1998. Le copilote monégasque y reste vingt-trois ans. Ensemble, ils gagnent neuf titres mondiaux et 79 rallyes WRC. Dans ce sport, les duos durent rarement aussi longtemps.
La séparation intervient en mars 2021. À ce moment-là, Loeb court en rallye-raid avec Bahrain Raid Xtreme. Elena est écartée du programme après plusieurs critiques sur la navigation. L’épisode est douloureux parce qu’il rompt une fidélité presque unique dans le sport automobile moderne.
Leur association avait dépassé la simple efficacité sportive. Elle était devenue un repère. Sa fin ferme un chapitre entier de la carrière de Loeb, avant même que celui-ci ne se réinvente encore dans d’autres disciplines.
L’électricien aux 100 francs
L’histoire commence loin des paddocks mondiaux. En 1995, Sébastien Loeb rassemble 100 francs pour s’inscrire à l’opération « Rallye Jeunes ». Il remporte d’abord la sélection régionale, puis la finale au Castellet. Cette séquence change sa vie.
Né le 26 février 1974 à Haguenau, Loeb grandit dans une famille d’enseignants. Avant l’automobile, il pratique la gymnastique pendant douze ans. Il décroche quatre titres de champion d’Alsace et une cinquième place au championnat de France. Son père a lui-même été champion dans cette discipline. Le pilotage viendra plus tard.
Il quitte le lycée en classe de première, obtient un BEP d’électricien en bâtiment et travaille quelque temps. Puis il dépense ses économies dans une Supercinq GT Turbo. La rencontre avec Dominique Heintz, entre 1996 et 1997, accélère tout. Heintz lui donne sa chance sur Peugeot 106. En 1998, Daniel Elena embarque à ses côtés. Le duo est lancé.
Après le WRC
En 2013, après neuf titres mondiaux de suite, Loeb décide de changer de terrain. Il explique alors qu’il a tout gagné en rallye et qu’il ne veut pas attendre 50 ans pour découvrir autre chose. Il a 39 ans.
Entre 2014 et 2015, il court en championnat du monde des voitures de tourisme avec Citroën. Il remporte six courses et termine troisième du classement général à deux reprises. En 2016, il découvre le Dakar avec Peugeot. Pour une première participation, il finit neuvième et gagne quatre étapes. Le rendez-vous est pris.
En 2018, il revient brièvement en WRC et gagne le Rallye de Catalogne à 44 ans, plus de six ans après sa victoire précédente. En 2022, il ajoute un autre titre à son parcours en remportant l’Extreme E avec Cristina Gutiérrez au sein de l’équipe de Lewis Hamilton. Entre-temps, il s’est aussi essayé au rallycross mondial et a créé sa propre structure, Sébastien Loeb Racing, fondée en 2011 puis quittée en 2025.
Il lui manque encore une course
Ce mardi 26 mai 2026, Sébastien Loeb est donc en Argentine pour la troisième manche du championnat du monde de rallye-raid. Avant le départ, il menait le classement général avec 87 points, sept de plus qu’Al-Attiyah. Le duel était lancé.
Dans le même temps, son programme s’arrête à la fin de l’année. Les discussions avec Toyota et Ford existent, mais elles n’offrent aucune certitude. Pour la première fois depuis longtemps, Loeb avance sans calendrier clair au-delà de novembre.
Le reste, lui, ne change pas. À 52 ans, il court encore avec une idée fixe : gagner le Dakar. Dix départs, cinq podiums, trois abandons, aucune victoire. Son palmarès est déjà hors de portée pour presque tous les pilotes de sa génération. Mais il lui manque encore cette ligne-là. Et c’est elle, aujourd’hui, qui tient tout le récit.