Son trophée de l’US Open vendu aux enchères, interdit de Wimbledon, poursuivi par son ex-femme : Boris Becker parle toujours de tennis, mais depuis l’exil.
Son trophée de l’US Open 1989 vient d’être vendu aux enchères pour 357 000 dollars, saisi lors de sa faillite, il ne lui appartient plus depuis des années. Boris Becker commente toujours le tennis depuis Milan, interdit de séjour au Royaume-Uni pour dix ans, poursuivi en justice par son ex-femme pour pension alimentaire impayée. Quarante ans après sa première victoire sur le Central de Wimbledon, le plus jeune champion de l’histoire du Grand Chelem masculin continue d’exister, mais depuis l’extérieur.
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Le trophée qu’il ne possède plus
En avril 2026, une maison de vente aux enchères spécialisée met en vente un objet d’une rareté absolue : un trophée de Grand Chelem masculin de l’ère Open. Il est gravé « Boris Becker / 1989 » par Tiffany & Co. Le marteau tombe à 357 456 dollars. C’est le deuxième objet de tennis le plus cher jamais vendu aux enchères, derrière la raquette avec laquelle Novak Djokovic avait remporté l’Open d’Australie 2012, adjugée 540 000 dollars en janvier 2026. À l’époque, la prime de vainqueur de l’US Open s’élevait à 300 000 dollars. Le trophée vaut donc, en 2026, plus que ce que Becker avait gagné en le remportant.
Il ne l’a pas vendu. Il ne peut pas le vendre : il ne lui appartient plus. Le trophée avait été saisi lors de sa procédure de faillite, remis au Hall of Fame de Newport, qui l’a mis en vente. Boris Becker n’était pas présent lors de la vente. Il ne pouvait pas l’être : il est interdit de séjour au Royaume-Uni depuis décembre 2022, pour une durée de dix ans.
C’est cette image, plus que toute autre, qui dit où en est Boris Becker en ce printemps 2026 : un homme dont les traces physiques ont été liquidées, et qui reconstruit pourtant une existence publique depuis l’autre rive.
Madrid, un micro, un litige
Le 20 avril 2026, Boris Becker est à Madrid pour les Laureus World Sports Awards. Il est membre de l’Académie Laureus, et sa présence à la cérémonie est documentée par les agences de presse internationales. Douze jours plus tard, il commente en direct la finale du Masters de Madrid, aux côtés d’Andrea Petkovic. Jannik Sinner bat Alexander Zverev 6-1, 6-2 en 57 minutes.
Le 2 mai, avant la finale, Becker poste sa préview sur les réseaux : « L’Italien part favori, mais Sascha apprécie l’altitude et les courts de Madrid, où il s’est déjà imposé à deux reprises… Tout dépendra du premier set. » Le match dure moins d’une heure. Le 5 mai, dans un épisode de son podcast Becker Petkovic, il délivre un diagnostic sur l’état mental des challengers de Sinner. Il vise directement Zverev : « Tous, y compris Zverev, s’inclinent face à Sinner relativement tôt. Les gars entrent dans le match bridés, presque apeurés. » Il appelle à « un peu plus d’esprit combatif, un peu plus d’agressivité ».
Trois jours plus tôt, le 4 mai, son ex-femme Lilly Becker l’accuse devant la justice de ne plus verser une pension alimentaire mensuelle de 8 000 livres sterling fixée par un tribunal britannique, et ce depuis 2022. La somme était destinée à leur fils Amadeus, 16 ans. Selon Lilly Becker, son compagnon Thorsten Weck, agent sportif, couvre désormais les dépenses courantes du garçon. Becker a contesté en Allemagne l’exécution forcée de la décision britannique, recours qu’il a perdu, et déposé une caution de 26 000 euros dans le cadre du litige. Lilly Becker a indiqué que cet argent « aurait dû aller à leur fils ».
Actif sur les plateaux, convoqué devant les tribunaux : la semaine de Boris Becker en mai 2026 tient en deux lignes.
Trois titres à Wimbledon, visa refusé
Le verrou le plus dur n’est pas judiciaire. C’est géographique.
Boris Becker a remporté Wimbledon en 1985, 1986 et 1989. Il est l’un des trois joueurs de l’ère Open à avoir gagné le tournoi trois fois. Depuis décembre 2022, il ne peut pas fouler le sol britannique. Son autorisation d’entrée est refusée pour dix ans, à compter de sa déportation. Au printemps 2025, deux grandes chaînes sportives britanniques ont décliné de le réintégrer dans leurs équipes de commentateurs pour le tournoi. En mai 2026, il a déclaré travailler « en étroite collaboration avec le Home Office et le ministère de la Justice » pour obtenir son retour : « J’aime Londres, j’aime Wimbledon. Une fois que j’y serai autorisé, je parlerai aux responsables du tournoi. Mais le vrai problème, c’est d’abord qu’on me laisse rentrer dans le pays. »
Depuis sa libération, il s’est installé à Milan. Il commente les tournois sur sol continental. Wimbledon reste, pour l’instant, de l’autre côté d’un refus administratif d’une décennie.
Un micro, un podcast, un contrat Eurosport
Pour comprendre ce que Boris Becker fait concrètement de ses journées, il faut revenir à la structure de son activité depuis 2023.
Il opère principalement pour Eurosport, dont il est l’expert phare pour les Grands Chelems et les Masters sur la zone germanophone, avec une émission régulière intitulée Matchball Becker. En 2025, il faisait partie de l’équipe internationale Eurosport pour Roland-Garros, aux côtés d’Andre Agassi, John McEnroe, Chris Evert et Mats Wilander. En juin 2024, Eurosport a annoncé le renforcement de sa collaboration avec lui.
En janvier 2025, il lance avec Andrea Petkovic, ancienne 9e mondiale retraitée en 2022, le podcast Becker Petkovic. L’émission couvre toutes les grandes semaines du circuit ATP et WTA et connaît une audience significative dans les pays germanophones. Le 5 mai 2026, l’épisode consacré à Madrid était en ligne le lendemain de la finale.
Il y a eu aussi une parenthèse coaching, brève mais documentée. En octobre 2023, moins d’un an après sa sortie de prison, il rejoignait l’équipe d’Holger Rune, alors 6e mondial, pour la fin de saison. Le Danois se qualifiait pour les ATP Finals. Becker confirmait la collaboration pour 2024 : « Je suis très enthousiaste. Nous construisons une équipe autour de Holger pour tirer le meilleur de lui-même, sur et hors du court. » Le 6 février 2024, il annonçait sa démission : « Pour que ce soit un succès, je devrais être disponible pour Holger beaucoup plus que je ne peux l’être. En raison de responsabilités professionnelles et privées, je ne peux pas lui donner ce dont il a besoin maintenant. »
Trois mois et demi. Pas de résultat négatif, pas de rupture publique : une sortie propre, formulée en une phrase.
Wandsworth, 231 jours
Le 29 avril 2022, la Southwark Crown Court condamne Boris Becker à deux ans et six mois de prison pour avoir dissimulé plus de 2,5 millions de livres d’actifs dans le cadre de sa procédure de faillite. Quatre chefs d’inculpation : transferts frauduleux, non-déclaration de propriétés, dissimulation d’une dette de 825 000 euros, et soustraction de trophées, dont le trophée de l’US Open 1989. Il est incarcéré à Wandsworth, l’une des prisons les plus surpeuplées du Royaume-Uni, puis transféré dans un autre établissement de haute sécurité. Il purge 231 jours.
En septembre 2025, il publie Inside : Winning. Losing. Starting Again. chez HarperCollins. Le livre entre en tête des ventes dès la première semaine. Il y décrit les premiers jours de détention : une perte de sept kilos en quatre semaines, le froid de la cellule, les nuits en survêtement avec deux vestes superposées. Il raconte une scène précise : des détenus se présentent dans sa cellule et réclament 500 livres sterling, dette accumulée lors de parties de poker. Un ami à l’extérieur règle la somme par virement. « Sans lui, a-t-il déclaré, je ne serais peut-être pas là pour en parler. »
Dans une interview accordée en septembre 2025, il a indiqué : « Tu ne te débarrasses jamais vraiment de la prison. Ce passage m’a changé pour toujours. » Il a déclaré par ailleurs avoir « eu deux fois peur de mourir » pendant sa détention.
Le 15 décembre 2022, libéré avant terme en raison de la surpopulation carcérale britannique, il est immédiatement déporté vers l’Allemagne.
L’appel à 3h du matin
Avant la prison, avant la faillite, Boris Becker avait déjà vécu un second chapitre sportif : celui de l’entraîneur.
En décembre 2013, le téléphone sonne. C’est le manager de Novak Djokovic. Le message est direct, tel que Becker l’a raconté lui-même fin 2025 : « Il n’est plus numéro 1, il a perdu tous les tournois du Grand Chelem face à Rafa Nadal. Pourriez-vous vous imaginer devenir son entraîneur ? » Becker accepte.
La collaboration dure trois ans. Entre 2014 et 2016, Djokovic remporte six titres du Grand Chelem, dont son premier Roland-Garros en 2016, ce qui lui permet de détenir simultanément les quatre titres majeurs. Andrea Petkovic a rapporté une anecdote sur le fonctionnement du tandem : « Djokovic appelait Boris à trois heures du matin pour lui dire : ‘Boris, je pense que nous devrions travailler sur cet aspect demain.’ Et puis Boris devait y aller la nuit, entre trois et huit heures du matin, pour arriver à l’entraînement avec une proposition. »
En décembre 2016, après un second semestre difficile, élimination au troisième tour de Wimbledon par Sam Querrey et sortie au premier tour des Jeux olympiques de Rio, les deux hommes se séparent à l’amiable.
Leimen, une cour, un court
Boris Franz Becker naît le 22 novembre 1967 à Leimen, Bade-Wurtemberg, à quelques kilomètres de Heidelberg. Son père, Karl-Heinz Becker, architecte, fait construire un court de tennis dans l’arrière-cour de la maison familiale. C’est là que commence l’apprentissage. À 12 ans, Boris intègre un programme d’entraînement structuré avec Günther Bosch. À 15 ans, Ion Tiriac le repère.
Tiriac est un ancien joueur roumain reconverti en manager. Il voit en Becker une capacité de compétition rare et décide de l’emmener sur le circuit. En 1984, Becker passe professionnel à 16 ans. Un an plus tard, il est à Wimbledon.
Le 7 juillet 1985, Boris Becker, 17 ans et 7 mois, non-tête de série et 20e mondial, bat l’Américain Kevin Curren en finale, 6-3, 6-7, 7-6, 6-4. Aucun joueur non-tête de série n’avait jamais remporté le tournoi. Aucun Allemand non plus. Et aucun joueur aussi jeune, dans toute l’histoire du Grand Chelem masculin. Ce record tient toujours en 2026.
L’année suivante, il défend son titre et bat Ivan Lendl en finale, 6-4, 6-3, 7-5. En 1989, il remporte Wimbledon une troisième fois contre Stefan Edberg, 6-0, 7-6, 6-4, puis l’US Open face à Lendl, 7-6, 1-6, 6-3, 7-6. Il apporte également à l’Allemagne la Coupe Davis cette année-là. Il atteint le numéro 1 mondial le 28 janvier 1991, après avoir remporté l’Open d’Australie.
Son bilan de carrière : 49 titres en simple, 6 Grands Chelems, numéro 1 mondial en 1991, trois victoires aux Masters (1988, 1992, 1995), deux Coupes Davis. Il n’a jamais remporté Roland-Garros. Il prend sa retraite en 1999.
En septembre 2025, il a déclaré : « Je regrette d’avoir gagné Wimbledon à 17 ans. Je n’étais pas armé pour faire face à la gloire et aux attentes nées de cet exploit. C’est la recette d’un désastre. »
La relation avec Tiriac durera dix ans professionnellement. En 2023, Becker a indiqué : « Il a été une figure paternelle pour moi depuis le début. J’ai perdu mon père en 1999. Même si nous ne travaillons plus ensemble, j’ai toujours eu le sentiment de pouvoir l’appeler pour lui dire ‘père’. »
Portofino, Milan, Zoë Vittoria
Le 14 septembre 2024, Boris Becker épouse Lilian de Carvalho Monteiro à Portofino, en Ligurie. C’est son troisième mariage. La cérémonie dure trois jours. Lilian de Carvalho Monteiro est analyste du risque, originaire de São Tomé-et-Príncipe.
Le 22 novembre 2025, jour de ses 58 ans, Boris Becker annonce la naissance de sa cinquième enfant, une fille prénommée Zoë Vittoria Becker.
Il vit à Milan. Il commente le tennis depuis l’Italie ou les plateaux européens d’Eurosport. Il ne peut pas entrer au Royaume-Uni avant 2032. Son ex-femme le poursuit en justice à Londres. Son trophée de l’US Open 1989 appartient désormais à un acheteur anonyme qui a déboursé 357 456 dollars.
Le 5 mai 2026, depuis son podcast, il demandait aux joueurs du circuit plus de combativité face à Sinner. Il employait le mot « apeurés ». Il parlait des autres.