Équipe de France : ce que Zidane emprunte au PSG de Luis Enrique

05/10/2026

Pressing haut, possession, Dembélé en pointe : Zidane installe chez les Bleus les principes du PSG de Luis Enrique. Reste à les rendre plus décisifs.

La question lui a été posée dimanche 4 octobre, à la veille de France-Belgique, que les Bleus disputent ce lundi à 20 h 45 pour clore le premier rassemblement de son mandat, ces quelques jours pendant lesquels un sélectionneur réunit ses joueurs. Le jeu du Paris Saint-Germain l’inspire-t-il ? Zinédine Zidane, sélectionneur de l’équipe de France, n’a pas esquivé. « Ah oui, il y a beaucoup de principes de jeu que j’apprécie. C’est une équipe qui entreprend, va chercher très haut son adversaire, joue quand elle a le ballon », a-t-il répondu, avant de prolonger : « Elle ne veut pas courir derrière le ballon. C’est tout ce que j’aime. Ce sont mes principes de jeu. J’étais meneur de jeu et je n’aimais pas courir derrière le ballon. »

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La dernière phrase déplace le propos. En invoquant son passé de meneur de jeu, le joueur chargé d’organiser les attaques, Zidane rattache l’équipe de Luis Enrique, l’entraîneur espagnol du PSG, à sa propre culture de footballeur. Il retrouve au Parc des Princes des principes qu’il appliquait balle au pied bien avant de s’asseoir sur un banc. Le sélectionneur se garde d’ailleurs de promettre une équipe de France calquée sur le club parisien. Il fixe une ambition : presser haut, c’est-à-dire harceler le porteur du ballon dès la moitié de terrain adverse, récupérer vite et garder ensuite le ballon pour dicter le rythme.

Cette ambition a déjà laissé une trace chiffrée. À Bruxelles, lors de la victoire 1-0 en Belgique, deuxième match du rassemblement, les Bleus ont réussi 92,8 % de leurs passes dans le camp adverse, selon les données d’Opta, société spécialisée dans les statistiques sportives, citées par Eurosport. Le site présente ce taux comme le meilleur de l’équipe de France sur les vingt dernières années.

Un taux de passes réussies mesure une intention de jeu. Pour en aligner autant près du but adverse, une équipe doit s’installer dans la moitié de terrain de l’adversaire et y rester, ce qui suppose de reprendre le ballon dans les secondes qui suivent sa perte. Les Bleus ont donc pratiqué à Bruxelles le football que leur sélectionneur décrivait dimanche.

Entre la confidence de l’ancien meneur de jeu et le relevé d’Opta, quelques jours seulement se sont écoulés. Zidane a transmis aux Bleus, dès son premier rassemblement, un principe qu’il défendait comme joueur et que Luis Enrique fait appliquer chaque semaine à Paris. Sur le terrain, ce principe passe d’abord par un homme.

Dembélé, capitaine sans poste fixe

Cet homme, Zidane l’a placé au centre de son attaque lors du troisième match, contre l’Italie au Stade de France : Ousmane Dembélé, attaquant du PSG et Ballon d’Or 2025, encadré par Michael Olise et Désiré Doué. Dembélé portait le brassard de capitaine au coup d’envoi, pour sa 70e sélection (son 70e match avec l’équipe de France). Le sélectionneur a confié le cœur de son projet au joueur le plus identifié à celui de Luis Enrique.

Zidane l’a installé en pointe, à la position la plus avancée, sans l’y fixer. Dembélé décroche, c’est-à-dire recule pour toucher le ballon, se glisse entre les lignes, dans l’espace qui sépare la défense et le milieu adverses, et quitte sa zone pour en ouvrir d’autres à ses partenaires. Le joueur assure que le sélectionneur lui accorde une grande liberté et que ces changements de position font partie du projet. Dembélé « bouge beaucoup », a salué Zidane après le nul face à l’Italie, en relevant qu’il sortait souvent de sa position, conformément au rôle voulu.

Le rendement n’a pas suivi. Dans la zone de vérité, ces vingt derniers mètres où se décident les matchs, L’Équipe a relevé plusieurs mauvais choix de Dembélé et une occasion importante détournée par Gianluigi Donnarumma, le gardien italien. Son influence est restée en deçà de celle qu’il exerce habituellement à Paris.

Cet écart tient à la mécanique du rôle. Les déplacements de Dembélé ne produisent d’effet que si les milieux, les ailiers et les latéraux, ces défenseurs postés sur les côtés, attaquent les espaces qu’il libère. Au PSG, ces courses se répètent à l’entraînement tous les jours ; Zidane doit les installer en quelques séances. Il a donc soigné le choix de ceux qui doivent alimenter son attaquant.

Au milieu, le pari Da Cunha

Pour ces joueurs-là, Zidane part d’un 4-3-3 : quatre défenseurs, trois milieux, trois attaquants. Contre l’Italie, il a aligné au milieu Lucas Da Cunha, Rayan Cherki et Adrien Rabiot, la composition officielle plaçant Da Cunha au cœur du trio. Le milieu de Côme, club italien, compte parmi les nouveautés de ce premier rassemblement.

Son profil éclaire le choix du sélectionneur. Disponible pour recevoir, juste dans la première passe, habile à s’orienter vers l’avant, Da Cunha répond aux besoins d’une équipe qui veut ressortir le ballon de sa moitié de terrain malgré la pression adverse, puis s’installer dans le camp opposé. À Bruxelles, il avait trouvé le poteau, juste avant le but de la victoire signé Olise.

Rien n’indique une hiérarchie figée, notamment à l’égard d’Aurélien Tchouaméni. En titularisant Da Cunha, Zidane a néanmoins fait passer le profil avant l’ancienneté : l’idée de jeu empruntée à Paris dicte déjà une partie des noms alignés. Elle dicte aussi, pour l’instant, des scores très serrés.

Sept points, trois buts

Ces scores tiennent en une ligne : victoire en Turquie (1-0), victoire en Belgique (1-0), nul contre l’Italie (1-1). Kylian Mbappé a inscrit le seul but en Turquie, avant de quitter le rassemblement. Michael Olise a pris le relais : entré en jeu à Bruxelles, il a marqué à la 88e minute, puis ouvert le score contre l’Italie avant l’égalisation d’Alessandro Bastoni.

Trois buts en trois matchs, donc. Le soir de leur record de passes réussies dans le camp belge, les Bleus n’ont fait la différence qu’à deux minutes de la fin. Contre l’Italie, ils ont de nouveau occupé la moitié de terrain adverse et enchaîné les séquences de possession, sans parvenir à trancher dans les derniers mètres.

Zidane a posé lui-même le diagnostic. « On doit encore travailler et ne pas avoir seulement une possession stérile. Sur les 30-40 derniers mètres, il faut cette accélération et trouver certaines failles qui nous permettent d’être plus dangereux », a prévenu le sélectionneur dimanche.

Les Bleus ont repris au PSG la confiscation du ballon. Il leur manque encore la vitesse qui transforme ce contrôle en décalages, ces situations où un attaquant se retrouve libre de son marquage, puis en occasions nettes. C’est à ce stade que le modèle parisien se heurte aux contraintes d’une sélection.

Le pressing haut face au calendrier

La première de ces contraintes est le temps. Luis Enrique voit ses joueurs chaque jour. Zidane ne les réunit que pendant les fenêtres internationales, ces périodes de quelques jours réservées aux sélections entre deux séquences de championnat. Il a lui-même fait du PSG une référence de méthode, sans promettre d’en reproduire le plan.

Ce calendrier pèse d’abord sur le principe que les Bleus ont le plus emprunté à Paris. Presser haut impose une ligne défensive avancée et des latéraux engagés dans la construction des attaques, si bien que l’espace dans le dos des défenseurs s’ouvre à chaque perte de balle. Le dispositif tient à trois conditions : un pressing déclenché ensemble, des milieux qui couvrent, une réaction immédiate après la perte. Ces automatismes s’acquièrent à force de répétitions, ce dont un sélectionneur dispose le moins.

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Lucas Chambert, passé par But et France Football, arpente les pelouses des stades français depuis 15 ans.

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