Roger Federer : que devient-il ?

06/10/2026

À 44 ans, Roger Federer rejoue en exhibition, refuse le coaching, devient milliardaire et finance des écoles en Afrique australe. Son après-carrière se construit à sa main.

Melbourne, janvier 2026. Roger Federer est revenu à l’Open d’Australie pour un match d’exhibition, quatre ans après l’annonce de sa retraite sportive. Le tournoi a construit sa première cérémonie d’ouverture autour de lui, preuve qu’à 44 ans, le Suisse reste un centre de gravité du tennis mondial. Hors du circuit, il a refusé le coaching à temps plein, consolidé un empire économique qui lui a valu d’entrer dans la liste Forbes des milliardaires en 2026, et poursuivi le développement de sa fondation éducative en Afrique australe. Que devient Roger Federer aujourd’hui ? Un ancien joueur qui choisit ses apparitions, contrôle son calendrier et organise lui-même la distance entre sa légende et son présent.

A LIRE
Que devient Ivan Lendl ?

Ken Rosewall Arena, 17 janvier 2026

À Melbourne Park, la soirée d’ouverture de l’Open d’Australie 2026 a été pensée autour d’un intitulé simple « Battle of the World No. 1s ». Roger Federer y a joué un match d’exhibition avec Andre Agassi face à Lleyton Hewitt et Patrick Rafter, dans une programmation conçue comme un adieu australien différé. Le court annoncé par les organisateurs et les médias de référence était la Ken Rosewall Arena, non la Rod Laver Arena.

Le dernier match officiel de Federer à Melbourne remontait à l’édition 2020, conclue par une demi-finale perdue contre Novak Djokovic. Ensuite sont venues les opérations au genou, puis la retraite officialisée en septembre 2022. L’Open d’Australie 2026 a ainsi servi de scène de rattrapage le tournoi a offert au public local une séquence de départ que la fin de carrière n’avait pas permis d’organiser sur place.

Ce retour avait été préparé et annoncé. En novembre 2025, dans un entretien accordé au Tages Anzeiger et repris par plusieurs médias, Federer expliquait que son genou allait mieux, qu’il rejouait avec ses enfants et avec l’ancien professionnel suisse Ivo Heuberger, et qu’il se lançait dans une « mini-préparation » afin de disputer quelques exhibitions en 2026. Il ne parlait pas de reprise de carrière, mais de plaisir retrouvé et de rythme choisi.

Dans les jours précédant l’exhibition, plusieurs titres spécialisés ont relayé des séquences d’entraînement à Melbourne, dont un tie break gagné contre Casper Ruud. Le fait a nourri la conversation sans changer la nature de l’événement Federer revenait pour une exhibition validée par les organisateurs, pas pour une réinscription au circuit ATP.

Ce qu’il refuse

La même séquence d’interviews a fixé une autre frontière, plus importante encore que le retour sur le court Federer ne veut pas d’un second plein temps dans le tennis. Interrogé sur la possibilité de devenir coach, capitaine ou consultant régulier, il a répondu « Peu importe qui me le demanderait, je refuserais. Je n’ai pas le temps. » Il a expliqué que la priorité allait à ses quatre enfants et à une période familiale qu’il jugeait intéressante et importante avant le départ des enfants de la maison.

Dans le même échange, il a ajouté qu’il restait ouvert à des conseils ponctuels, à du mentorat informel ou à quelques séances partagées, notamment à Dubaï en fin d’année. La nuance est nette disponibilité privée, pas engagement structuré ; aide ponctuelle, pas place officielle dans une équipe ou un média.

Depuis sa retraite, rien ne montre qu’il ait infléchi cette ligne. Il continue d’apparaître à la Laver Cup, qu’il a cofondée, ainsi que dans certaines tribunes de tournois majeurs, mais sans poste exécutif annoncé ni contrat audiovisuel de long terme. La rareté est devenue une méthode.

Newport au bout de l’été

L’autre date sûre de son calendrier 2026 se situe à Newport, dans le Rhode Island. L’International Tennis Hall of Fame a annoncé son intronisation dans la Class of 2026, avec Mary Carillo dans la catégorie contributeurs. Le programme prévoit un week-end d’induction en août 2026 et un match d’exhibition en double dans le cadre des célébrations.

Federer a réagi avec sobriété. « J’attends avec impatience de visiter Newport le mois d’août prochain pour célébrer ce moment spécial avec la communauté du tennis. » a-t-il déclaré dans la communication officielle du Hall of Fame. Là encore, la logique est claire deux apparitions sportives fortes en 2026, Melbourne en janvier et Newport en août, adossées à deux institutions du tennis mondial.

Il faut donc corriger une tentation apparue dans certains commentaires rien ne permet d’écrire comme un fait établi qu’il dispute déjà une tournée mondiale régulière d’exhibitions, ni qu’il rejouera deux ou trois fois par semaine de manière installée. Les faits avérés, à ce stade, sont Melbourne et Newport.

1,1 milliard, selon Forbes

En mars 2026, Roger Federer est apparu dans la liste mondiale des milliardaires publiée par Forbes, avec une fortune estimée à 1,1 milliard de dollars. L’information a été relayée par Blick, Le Figaro et plusieurs titres économiques. Pour un article rigoureux, c’est ce chiffre qu’il faut retenir, plutôt qu’une estimation plus haute attribuée à d’autres sources moins stabilisées.

La clé principale de cette bascule financière ne vient pas des prize money. Sur le circuit, Federer a cumulé un peu plus de 130 millions de dollars de gains en carrière ; l’essentiel de sa richesse provient de ses contrats publicitaires et de sa participation dans la marque suisse On. Forbes a précisément lié son entrée dans le club des milliardaires à la montée en puissance de cet investissement réalisé en 2019.

Sur On, il faut également rester précis. Plusieurs analyses publiées en 2025 et 2026 estiment que Federer détient autour de 3% de la société, et que cette participation vaut aujourd’hui plusieurs centaines de millions de dollars. En revanche, ni Federer ni On n’ont publié dans le détail le montant exact de son investissement initial ni la valeur actuelle exacte de sa part. La formulation la plus sûre consiste donc à écrire qu’il possède une participation estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, devenue l’un des piliers de sa fortune.

Autour de ce noyau, son portefeuille de partenaires reste l’un des plus solides du sport mondial. Uniqlo, Rolex, Mercedes Benz, Wilson, Barilla, Lindt, Jura, NetJets ou Suisse Tourisme figurent parmi les marques associées à son image depuis des années. En 2022 déjà, Blick le décrivait comme un géant de la publicité, et cette lecture n’a pas été démentie par sa retraite sportive.

Sa société Tenro AG a aussi élargi la protection du logo RF à la classe 9 de la classification de Nice, qui couvre notamment les produits électroniques, les instruments optiques et les lunettes. Le fait est établi par la presse économique suisse et par les registres de propriété intellectuelle. Ce qu’il faut éviter, en revanche, c’est d’en déduire trop vite une gamme déjà lancée la protection existe, les développements commerciaux futurs ne sont pas encore tous publics.

Douze millions d’euros pour 80 écoles

La Roger Federer Foundation constitue l’autre grand axe de son après carrière. Le site officiel de la fondation présente un travail mené en Afrique australe et en Suisse, centré sur l’éducation de la petite enfance. Les pays mentionnés dans les documents officiels incluent l’Afrique du Sud, la Namibie, le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe, auxquels s’ajoutent selon les programmes la Suisse et d’autres partenaires régionaux.

En novembre 2025, l’Agence Ecofin a rapporté que la fondation avait engagé 12 millions d’euros pour la construction de 80 écoles en Afrique. Le média citait Roger Federer « Depuis quinze ans, ma Fondation s’est engagée à veiller à ce que ces enfants obtiennent une chance d’avoir une bonne éducation. Notre travail ne fait que commencer. Jusqu’à aujourd’hui nous avons atteint un million d’enfants. » Cette donnée récente renforce le poids concret de la fondation dans son activité publique actuelle.

Les canaux officiels de la fondation montrent aussi des visites de terrain, notamment en Afrique du Sud, avec un accent sur la formation des enseignants et les natural playgrounds. Pour un papier d’actualité, la formulation la plus solide consiste à décrire ces visites comme documentées par la fondation elle-même, sans surcharger le texte de détails de localisation non confirmés par des sources extérieures.

Federer n’a pas choisi le terrain politique. Il a choisi un terrain éducatif, visible, international, et très encadré dans sa communication publique. Ses opérations de marque s’y connectent souvent en 2025, une opération avec Moët & Chandon a associé image de prestige et reversement au profit de la fondation.

Centre Court, 6 juillet 2003

Le 6 juillet 2003, Roger Federer bat Mark Philippoussis en finale de Wimbledon, 7 6, 6 2, 7 6, et remporte son premier titre du Grand Chelem à 21 ans. La phrase qu’il prononce ensuite sur le Centre Court reste l’une des plus utiles pour lire son parcours « Je n’aurais jamais cru que cela était possible de remporter un Grand Chelem. » Le fait est brut ; le recul viendra plus tard.

Philippoussis arrivait à cette finale avec une vraie confiance. Dans un retour publié plus tard, il expliquait qu’il se sentait favori, notamment parce qu’il avait battu Federer quelques mois auparavant à Hambourg. L’écart entre cette perception et le résultat final dit quelque chose du moment Federer n’était pas encore une institution, seulement un joueur au talent immense qui venait de trouver, sur gazon, son premier territoire de domination.

Ce titre de 2003 ouvre une série qui portera Federer à 20 titres du Grand Chelem, 103 titres ATP et 310 semaines au rang de numéro un mondial, dont 237 consécutives. Ces chiffres sont confirmés par l’ATP et par le Hall of Fame.

Melbourne, 29 janvier 2017

Le 29 janvier 2017, Federer revient d’une absence de six mois liée à une opération du genou gauche et remporte l’Open d’Australie face à Rafael Nadal, 6 4, 3 6, 6 1, 3 6, 6 3. Il est alors 17e mondial ; Nadal est 9e. La finale referme un morceau du passé et ouvre, contre toute attente, une dernière phase de carrière très riche.

Au moment de recevoir le trophée, Federer déclare « Je n’étais pas sûr d’être là, mais me voilà. J’aurais été heureux de perdre aussi, à vrai dire. Le retour était parfait tel quel. » Cette phrase donne la tonalité du moment le retour a compté autant que le titre.

La suite est connue et doit être rappelée sans emphase Wimbledon 2017, l’Open d’Australie 2018, puis un retour à la place de numéro un mondial en 2018 à 36 ans. Rien, dans cette séquence, n’avait été écrit d’avance après l’opération de 2016.

O2 Arena, 23 septembre 2022

Le dernier match de Roger Federer a lieu à Londres, lors de la Laver Cup 2022. Il dispute un double aux côtés de Rafael Nadal face à Jack Sock et Frances Tiafoe, qui l’emportent 4 6, 7 6, 11 9. Le score appartient à la fiche du match ; l’image appartient déjà à l’histoire du sport.

Après la balle de match, Federer et Nadal s’assoient côte à côte sur le banc et pleurent. Nadal déclare ensuite « Roger qui quitte le circuit, c’est une partie de moi qui s’en est allée avec lui. » Federer, lui, dit « C’est des visages et de l’émotion dont je me rappellerai dans plusieurs années, en pensant à cette soirée. »

La retraite officielle avait été annoncée neuf jours plus tôt, à la suite d’une longue série de problèmes au genou droit et d’un constat médical défavorable. Depuis cette soirée, Federer n’a plus rejoué en compétition officielle.

Bâle, seize ans, puis le reste

Roger Federer est né à Bâle en 1981. Sa mère, Lynette, est originaire d’Afrique du Sud, un élément biographique qui aide à comprendre la géographie de sa fondation, sans qu’il soit besoin de surinterpréter ce lien. Enfant, il a été ramasseur de balles au tournoi de Bâle avant d’y devenir l’une des attractions majeures du circuit ATP.

Les récits sur ses débuts rappellent un trait longtemps oublié l’adolescent Federer pouvait casser des raquettes et perdre la maîtrise de ses nerfs. Dans son entretien de 2025 autour du Hall of Fame, il revient sur la décision de quitter l’école à 16 ans pour se consacrer au tennis et formule son ambition d’alors de manière très simple il ne rêvait pas encore de Wimbledon, il voulait surtout vérifier qu’il ne s’était pas trompé de route.

Le thème du rebond traverse aussi ses prises de parole plus anciennes. En 2010, après une défaite contre Andy Murray à Shanghai, il déclarait à 20 Minuten « Je n’ai pas de frustration. J’ai toujours su réagir. » Cette phrase ne résume pas toute une carrière ; elle donne un repère utile pour relire les retours, les blessures et les réorganisations de calendrier.

Nadal, Djokovic, puis les autres

Dans l’entretien accordé au Tages Anzeiger en 2025, Federer parle encore de Nadal et Djokovic comme d’hommes avec lesquels la rivalité a produit des liens durables. « Ce genre de rivalité crée des liens très forts » a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il serait partant pour les retrouver afin d’« évoquer le bon vieux temps », tout en notant qu’un épisode pouvait rester dans la mémoire d’un joueur et sortir de celle d’un autre.

La Laver Cup 2022 avait déjà donné à voir cette proximité nouvelle entre anciens rivaux. Depuis, des projets communs comme une campagne Louis Vuitton avec Rafael Nadal ont prolongé cette relation hors du terrain strict de la compétition. Dans le tennis de 2026, Federer n’est plus un joueur classé ; il reste pourtant une référence permanente dans les conversations sur la longévité, l’esthétique du jeu et la sortie de carrière.

Une présence intermittente

Le fait le plus sûr, aujourd’hui, tient en quelques dates et quelques refus. Federer a rejoué en exhibition à Melbourne en janvier 2026. Il doit être célébré et rejouer à Newport en août 2026. Il a refusé les fonctions de coach ou de consultant permanent. Il est entré dans la liste Forbes des milliardaires en mars 2026 avec une fortune estimée à 1,1 milliard de dollars. Sa fondation poursuit des projets éducatifs dotés de montants très concrets, dont 12 millions d’euros pour 80 écoles annoncés fin 2025.

Le reste relève moins du programme que de la méthode. Federer choisit peu d’apparitions, mais chacune d’elles est arrimée à un lieu, une institution ou un projet précis. En 2026, il n’est ni revenu sur le circuit ni sorti du paysage. Il a simplement déplacé le centre de sa carrière.

Image placeholder

Laisser un commentaire