Marseille siffle Paris par principe. Mais Marseille est d’abord une ville de football, la plus grande de France. Et une ville de football ne peut pas rester insensible au jeu le plus abouti d’Europe. Ce jeu-là porte aujourd’hui un maillot rouge et bleu.
Commençons par une évidence que personne ne conteste. Aucun public français ne vit le football comme celui du Vélodrome. Plus de 64 000 spectateurs de moyenne en Ligue 1, le meilleur chiffre du pays, et une enceinte classée juste derrière l’Inter dans le top 10 mondial des affluences en 2025. À Marseille, le football n’est pas un loisir. C’est une langue maternelle.
Or cette langue a une grammaire. Marseille n’aime pas seulement gagner, elle aime le beau jeu. Elle l’a prouvé avec Marcelo Bielsa, dont l’arrivée avait suffi à rallumer le Vélodrome. Elle l’a redit en allant chercher Roberto De Zerbi, recruté pour sa patte offensive autant que pour ses résultats. Un public qui s’enflamme pour une idée de jeu ne peut pas fermer les yeux quand l’idée la plus brillante du continent se joue à 750 kilomètres de chez lui.
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Ce que joue Paris
Car il faut le dire sans détour : le PSG de Luis Enrique pratique le football dont Marseille rêve. Un pressing collectif étouffant, des milieux qui pensent plus vite que leurs adversaires, des attaquants qui défendent, un Dembélé replacé en pointe et devenu Ballon d’Or. Le 5-0 infligé à l’Inter en finale 2025. La demi-finale aller contre le Bayern, gagnée 5-4 au printemps dernier, l’une des plus folles de l’histoire de la compétition. Puis Budapest, Arsenal, et une deuxième Ligue des champions d’affilée, une première pour un club français.
Ce n’est pas du football de comptable. C’est du football de stade, de ceux qui font lever un virage. Exactement ce que le Vélodrome réclame chaque week-end à son propre club.
L’aveu de l’entraîneur marseillais
Le premier à l’avoir compris, c’est l’OM lui-même. En mars 2025, à la veille d’un Classique, Roberto De Zerbi confiait vouloir s’inspirer de Luis Enrique pour imposer sa patte à Marseille. Le coach olympien prenait le PSG pour modèle. Le lendemain, battu au Parc, il assurait que ce match n’était « pas un classique », faute de budgets comparables. Les deux phrases disent la même chose : on ne combat plus Paris, on l’étudie.
22 septembre 2025, la nuit des deux couronnes
Une soirée résume tout. Ce lundi-là, l’OM bat le PSG 1-0 au Vélodrome, sa première victoire à domicile en championnat face à Paris depuis 2011. Au même moment, au Théâtre du Châtelet, Ousmane Dembélé reçoit le Ballon d’Or et Luis Enrique est sacré meilleur entraîneur de la saison, absent de la cérémonie parce qu’il dirigeait son équipe… à Marseille.
Le Vélodrome a fêté une victoire. Le monde, lui, célébrait le jeu parisien. Et le lendemain, la LFP attribuait le but marseillais à Marquinhos, contre son camp. Même la plus belle nuit olympienne depuis quatorze ans portait une signature parisienne.
Budapest, le goût plus fort que le maillot
À la veille de la finale contre Arsenal, Sud Radio est allé sur la Canebière. Un supporter de l’OM y a lâché que « Paris mériterait de gagner », en invoquant le spectacle et ce 5-0 contre l’Inter qu’on ne pouvait, selon lui, pas trouver laid. Un autre refusait de regarder, tout en reconnaissant que le sacre serait mérité. Voilà l’aveu. Le cœur dit OM. L’œil, lui, a déjà choisi.
Ce n’est pas de la trahison. C’est de la culture footballistique. Un amateur de jazz peut détester un label et adorer le disque.
Siffler par principe, admirer par goût
Les sifflets resteront. Les arrêtés préfectoraux, les déplacements interdits, le « À jamais les premiers » brandi comme un bouclier, tout cela fait partie du folklore et personne ne demande à Marseille d’y renoncer. Mais le folklore n’efface pas le regard. Une ville qui connaît le football par cœur sait reconnaître le meilleur quand elle le voit. Elle le reconnaît, elle le guette, elle le dissèque. C’est la définition même de l’amour.
Rendez-vous le 7 février
Le prochain Classique se jouera au Parc des Princes le 7 février 2027. Les Marseillais le regarderont depuis le Vieux-Port, en maudissant chaque passe parisienne. Et en se surprenant, peut-être, à applaudir intérieurement la plus belle d’entre elles.
C’est le paradoxe des grandes villes de football : elles ne détestent jamais vraiment ce qui est beau.