Dembélé dans le viseur de Luis Enrique

06/10/2026

Transparent avec les Bleus pendant la trêve, toujours muet en Ligue 1, sorti à la pause dès la première journée : le Ballon d’Or traverse un automne inquiétant.

Vendredi soir au Stade de France, l’équipe de France a concédé le nul face à l’Italie (1-1). Aligné dans l’axe, brassard au bras, Ousmane Dembélé n’a quasiment pas existé. Le constat a été si net qu’Eurosport estimait à l’issue de la rencontre que « se pose la question de son utilité en équipe de France ». Ce n’était pas un accident isolé. Titulaire en Turquie, entré en jeu en Belgique, le capitaine de Zinédine Zidane a enchaîné pendant toute la trêve des prestations sans relief, à la pointe d’une attaque qu’il n’a jamais su animer.

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Ces soirées ternes en bleu prolongent un début de saison parisien tout aussi décevant. Après quatre matchs de Ligue 1, Dembélé n’a toujours pas marqué. Ses deux seuls buts de l’exercice sont tombés lors du 6-1 contre le Slovan Bratislava en Ligue des champions. Deux entraîneurs, deux systèmes, une même impression : un joueur qui court, touche le ballon, mais ne fait plus basculer les matchs. Le problème ne tient donc ni à un poste ni à une consigne. Il tient à un niveau de forme et d’exigence qu’il doit retrouver.

Dans ce contexte, une décision prise il y a six semaines prend tout son sens. Et elle donne raison à Luis Enrique.

Rennes, la mi-temps qui annonçait tout

Le 23 août à Roazhon Park, l’entraîneur parisien avait sorti son Ballon d’Or dès la pause lors du nul entre Rennes et le PSG (2-2), en clôture de la première journée. Son remplaçant, Ferran Torres, avait inscrit un doublé pour arracher le point du match nul. Après la rencontre, Luis Enrique avait résumé sa doctrine en une phrase sèche : à ses yeux, « il n’y a pas de crédit ».

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Beaucoup y avaient vu un manque d’égards envers le meilleur joueur du monde. Avec le recul de ce début d’automne, c’était surtout un diagnostic précoce. Traiter Dembélé comme n’importe quel joueur de l’effectif, c’est le respecter en tant que joueur plutôt que le ménager en tant que statue.

Une exigence qui ne vise pas un homme

Il faut d’ailleurs rappeler ce qui s’était réellement passé dans le vestiaire breton. Selon L’Équipe, Luis Enrique avait invectivé tous ses joueurs à la mi-temps, Dembélé compris, en leur reprochant leur manque d’investissement. Khvicha Kvaratskhelia était sorti en même temps que lui. Il ne s’agissait pas d’un règlement de comptes, mais d’un électrochoc collectif dont le Ballon d’Or avait été le visage le plus visible.

La suite n’avait rien eu d’une humiliation. Le joueur et son entraîneur s’étaient reparlé au Campus, en présence de Luis Campos, pour acter une décision commune : une semaine de repos, qui l’avait privé du match face à Lille. Dembélé, lui, n’avait pas compris cette fermeté si tôt dans la saison. Il avait fait valoir qu’il avait repris l’entraînement individuel plus tôt que prévu, preuve à ses yeux de son engagement total. L’argument était sincère. Il était aussi révélateur : l’effort fourni en dehors du terrain ne remplace pas ce qui se voit dessus.

Ceux qui crient à l’acharnement oublient que le même Luis Enrique sait protéger ses joueurs quand ils sont attaqués. Quand Désiré Doué était accablé de critiques l’hiver dernier, il a pris publiquement sa défense. Après la démonstration de Dembélé face à l’OM en février, il l’a couvert d’éloges. L’Asturien n’est ni tendre ni cruel. Il est cohérent.

Le précédent de 2024 devrait rassurer Paris

Cette scène, le PSG l’a déjà vécue. À l’automne 2024, Dembélé avait été écarté du déplacement à Arsenal sur décision technique de l’entraîneur, après un échange musclé consécutif à une victoire contre Rennes, où Luis Enrique s’était agacé de le voir privilégier l’option individuelle. À l’époque, on annonçait déjà la rupture.

On connaît la suite. Quelques mois plus tard, L’Équipe se demandait si Dembélé n’était pas tout simplement le meilleur joueur du monde. Il a ensuite remporté la Ligue des champions et le Ballon d’Or. La mise au point de 2024 n’a pas cassé le joueur, elle l’a recentré. Rien ne garantit que l’histoire se répétera à l’identique. Mais tout indique que le cadre imposé par son entraîneur lui réussit mieux que l’indulgence.

Ferran Torres rend la règle crédible

Une exigence sans alternative n’est qu’une posture. Cet été, Paris s’est donné les moyens de la sienne. Au Vélodrome, Torres est entré juste avant l’heure de jeu et a ouvert le score de la tête, portant son total à sept buts en six apparitions depuis son arrivée de Barcelone. Le Classique a été gagné sans que Dembélé y pèse.

Le contexte collectif ne laisse pas le luxe d’attendre. Avant ce succès à Marseille, Paris restait sur deux matchs nuls, une défaite et une courte victoire à Brest (1-0). Le club n’est aujourd’hui que sixième, à cinq points du leader monégasque. Un entraîneur qui maintiendrait coûte que coûte un attaquant en panne au nom de son palmarès commettrait une faute de management. Luis Enrique fait ce que le classement exige.

La seule protection contre la légende

Le vrai danger pour Dembélé n’est pas son entraîneur. C’est son propre statut. À 29 ans, avec un Ballon d’Or sur l’étagère, la tentation de vivre sur ses acquis est humaine. La trêve l’a d’ailleurs exposé à l’excès inverse : joueur de champ le plus utilisé par Zidane, il a disputé 202 minutes sur 270 possibles, presque autant que ses 211 minutes en quatre matchs de Ligue 1. Entre une sélection qui le sollicite à outrance malgré des prestations ternes et une légende qui le dispense de tout, Luis Enrique reste le seul à lui demander des comptes.

Cette exigence donne aussi un sens à la prolongation annoncée. Selon L’Équipe, Dembélé s’est entendu avec le club pour prolonger jusqu’en juin 2030, sans que la direction dépasse les limites de sa nouvelle politique salariale. Un tel engagement n’a de valeur que si le joueur reste soumis à la même règle que les autres. Signer jusqu’à 33 ans un attaquant intouchable serait une rente. Signer un attaquant qui doit regagner sa place chaque semaine est un investissement.

Dembélé lui-même semble le savoir. Interrogé par France Football, il a reconnu qu’un Ballon d’Or dont l’entraîneur, le directeur sportif et le président ne veulent plus finit par partir. C’est précisément la lucidité que Luis Enrique attend de lui.

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Gabriel Robert anime la rubrique Les notes du match de QuatreTroisTrois depuis 2022, aux côtés de Thomas Lefebvre. Ancien journaliste du magazine Le Foot, il suit la Ligue 1, la Ligue 2, la Liga et la Ligue des champions, au stade comme devant son écran. À l’issue de chaque rencontre, il attribue aux joueurs une note de 1 à 10. Passionné de longue date, il est, selon la formule de la rédaction, marié avec le football. Pour le joindre : redaction@quatretroistrois.fr.

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